Modification des loges de l’Opéra de Paris : que s’est-il passé ?

Trois cloisons des loges du Palais Garnier ont subi des modifications cet été, sans autorisation officielle de travaux de la part de la direction régionale des affaires culturelles.

Modification des loges de l’Opéra de Paris : que s’est-il passé ?
L'Opéra Garnier vu de l'intérieur avec toutes ses anciennes loges ©NathalieDarbellay/Maxppp

Pas touche au Palais Garnier. Fin octobre, la revue Connaissance des arts publie un article intitulé: «Transformation scandaleuse des loges de l’Opéra Garnier» avançant que les travaux effectués cet été n’auraient pas été validés par la direction des affaires culturelles, la Drac, institution sous tutelle du Ministère de la Culture et de la communication, qui veille à la conservation des monuments historiques.

Ces modifications concernent trois cloisons du Palais Garnier, devenues amovibles grâce à des rails installés au plafond. « En déplaçant les cloisons, ils peuvent augmenter le nombre de places », explique Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques, chargé de suivre ce projet. Un principe assumé par le directeur adjoint de l’Opéra de Paris, Jean-Philippe Thiellay : « Dans un contexte où les subventions baissent, il faut maximiser les recettes des billetteries. »

C’est donc en connaissance de cause qu’un accord de principe sur une installation future de cloisons amovibles a été validé en 2014 entre l’Opéra National de Paris, la Drac et l’architecte Pascal Prunet.

«L’Opéra est allé plus vite que prévu»

Néanmoins, entre accord de principe et autorisation de travaux, la frontière est fine pour l’Opéra de Paris qui décide de commencer les travaux cet été sans l’autorisation officielle de la Drac. Pour Dominique Cerclet, conservateur régional des monuments historiques à la Drac, « l’Opéra de Paris est allé un peu plus vite que prévu, ils ont pris de l’avance mais je ne peux nier qu’il existait un accord de principe. »

Dans une note sur la restauration des monuments historiques écrite par la Drac de Champagne-Ardenne, il est pourtant bien précisé que «l’approbation du programme par l’administration (ici la Drac ndlr) ne constitue pas une autorisation définitive. Celle-ci ne sera donnée qu’après examen de la demande d’autorisation de travaux sur monument classé.»

Or cette autorisation des travaux n’est pas signée, même si la Drac prévoit de le faire avec quelques réserves : « Nous donnerons un accord pour les travaux mais il faut prendre en compte l’habillage des rails par exemple et il faut que l’Opéra respecte de remettre les cloisons en journée », rappelle Dominique Cerclet.

Même son de cloche du côté de l’architecte en charge du Palais Garnier : « Les rails de suspentes forment une sorte de retombée: il faut qu’ils soient intégrés dans le plafond pour que ce soit plus discret. »Pascal Prunet s’est senti écarté du projet et ne reconnaît plus le diagnostic initial qui avait été fait pour améliorer ces cloisons. « On avait dessiné un projet plus réglé et modeste, avance l’architecte, la réalisation est partie un peu vite et un certain nombre de calages et de finitions doivent être réalisés.»

Un prototype très avancé

Un sentiment de non fini parfaitement normal pour l’Opéra de Paris qui se défend derrière un terme: prototype. « Nous en sommes au stade de prototype installé, lâche Jean-Philippe Thiellay, les travaux ne sont donc pas terminés. »

Pas terminés mais pourtant bel et bien commencés, et c’est là où le bât blesse. Sans autorisation de travaux définitive de la Drac, l’Opéra de Paris n’aurait pas dû installer ces premières cloisons amovibles, même à l’état de prototype. Et les premières installations doivent être supervisées par l’architecte en chef des monuments historiques, ce qui ne semble pas être le cas. Pascal Prunet confie : « A l’issue du diagnostic, on (la Drac et lui-même ndlr) a perdu la main en restant en arrière plan. »

Or, si l’on suit les règles établies, le diagnostic est la première étape pour effectuer la moindre modification dans un monument historique. Une fois ce diagnostic étudié, l’architecte peut alors commencer à réaliser sa mission et penser aux travaux (avec l’autorisation de la Drac).

Problème : l’Opéra de Paris avait déjà vendu ses places dégagées grâce aux nouvelles cloisons amovibles. « Une fois que l’on a l’accord de principe et la validation du prototype, il n’y a pas de retour en arrière », assure Jean-Philippe Thiellay. Il n'y a donc pas de retour en arrière possible : le projet des cloisons amovibles - qui semblaient faire l’unanimité de tous les côtés - reste à l’ordre du jour. Seules les finitions, les ajustements et autres habillages peuvent encore être soumis aux expertises de la Drac et de l’architecte Pascal Prunet. L’Opéra de Paris reste ouvert aux propositions : « Le service de la Drac peut dire de refaire des choses » selon Jean-Philippe Thiellay. L’architecte confirme : « Elle n’est pas opposée fondamentalement au projet, mais elle veut que ce soit bien intégré. » C’est à dire conforme au Palais Garnier, classé monument historique.

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