Licht, opéra monde de Karlheinz Stockhausen à l’Opéra Comique

Pour la première fois au monde, l’intégrale de Licht, cycle de sept opéras de Karlheinz Stockhausen, est montée par l’orchestre Le Balcon. Le premier volet se déroule sur la scène de l'Opéra Comique à Paris avec Donnerstag.

Licht, opéra monde de Karlheinz Stockhausen à l’Opéra Comique
Donnerstag aus Licht, © Meng Phu

C’est un événement à plus d’un titre. Pour la première fois au monde, Licht sera donné intégralement en France, et monté par la même équipe artistique. Ce cycle monumental de Karlheinz Stockhausen, son œuvre ultime qu’il composa entre 1978 et 2003, n’avait été produit que de façon indépendante. 

Sept opéras pour les sept jours de la semaine, 29 heures de musique, et dont certaines parties n’ont toujours pas été mises en scène. Ce projet titanesque a été rendu possible par Le Balcon, orchestre amplifié à géométrie variable, dirigé et cofondé par Maxime Pascal. Ce samedi 17 novembre 2018, Le Balcon célèbre ses 10 ans d’existence, et cela ne pouvait se faire autrement qu’avec Stockhausen.

Dès les débuts de la compagnie, le compositeur allemand a toujours été présent. C’est ainsi que Maxime Pascal doit sa rencontre avec Licht : Die Sieben Tage der Woche (Lumière : les Sept jours de la semaine). « Cet opéra est conçu comme un cycle mais il est également prévu pour que chaque partie puisse être jouée indépendamment. Très rapidement après la création du Balcon, nous avions joué des extraits de Donnerstag aus Licht, le premier volet de Licht ». 

Avec cette Création, au sens biblique du terme, Stockhausen nous plonge dans la genèse de son monde. Et cela commence par Donnerstag – le jeudi. L’histoire de Licht est celle de Michael, un ange qui s’incarne parmi les hommes et qui va tomber amoureux de la Terre et des humains. Pour Benjamin Lazar, qui signe la mise en scène de Donnerstag, cet opéra nous plonge dans la vie de Stockhausen. 

« C’est un opéra monde, un opéra vie. Stockhausen y décrit avec précision ses souvenirs d’enfance, de la guerre, du destin tragique de ses parents, de sa découverte de la musique. Il y met toutes les influences musicales rencontrées depuis son enfance ». 

Inspiré par la gestuelle du théâtre Nô japonais, Licht est une sorte d’encyclopédie musicale, recensant tous les genres d’art qui ont marqué la vie du compositeur allemand. « Licht est en fait une grande déclaration d’amour à l’Art créé par les humains » explique Benjamin Lazar. 

La particularité de Licht, c’est le degré de précision de la partition et de son livret. Stockhausen a absolument tout écrit. La musique, bien sûr, le livret, les actions, les chorégraphies, la gestuelle, jusqu’à des indications sur les costumes. Les trois personnages principaux sont à chaque fois décliné sous trois formes : chanteur, instrumentiste et danseur. Au total, 200 personnes sont présentes dans cette production de l’Opéra Comique. 15 solistes, trois orchestres, un chœur, des ingénieurs vidéo et son. Une équipe monumentale pour un opéra monumental.

Donnerstag, ce premier volet de Licht, dure près de cinq heures, entractes compris. Un challenge physique pour les solistes vocaux, comme l’explique Damien Pass. Chanteur basse australien, il tient le rôle de Luzifer, le père du personnage principal. « Pendant le premier acte qui dure une heure, je suis constamment sur scène. La musique passe sans cesse du grave à l’aigu, et surtout l’œuvre demande un investissement émotionnel très fort. Le personnage dans un état de colère contenu, qui passe par des pianissimos. C’est cela qui me coûte beaucoup d’un point de vue physique. Heureusement, nous avons énormément travaillé en amont, et c’est comme les muscles, j’ai intégré cette musique et ce rôle en moi, et je cela me paraît naturel désormais ». 

Donnerstag aus Licht
Donnerstag aus Licht, © Stéfan Brion

Donnerstag aus Licht de Karlheinz Stockhausen, sur la scène de l’Opéra Comique à Paris, ce samedi 17 et lundi 19 novembre à 18h30. A raison d’un opéra – jour de la semaine monté par an, Le Balcon donnera l’intégralité du cycle de Licht jusqu’en 2024. En janvier 2019, ce Donnerstag sera également donné à l’Opéra national de Bordeaux qui coproduit ce premier volet. Le Balcon le présentera au Southbank Center de Londres en avril prochain.