Les intermittents du spectacle maintiennent la pression

Alors que se terminent aujourd'hui les négociations sur l'assurance-chômage, les intermittents tentent de peser contre une possible baisse de leurs droits. Après avoir occupé cette nuit le Palais Garnier à Paris, quelque 150 militants ont investi le Carreau du Temple.

Les intermittents du spectacle maintiennent la pression
Tambours intermittents

Environ 75 intermittents du spectacle ont passé la nuit à l'intérieur du Palais Garnier. Une occupation autorisée par la direction de l'Opéra de Paris et qui visait à démontrer la mobilisation des acteurs du spectacle vivant alors que se tient le dernier volet des négociations sur l'assurance-chômage. Selon Angeline Barth, de la CGT spectacle, les militants s'étaient engagés à quitter les lieux suite à l'assemblée générale qui s'est tenue ce matin à 11h à laquelle 200 personnes ont assisté. "Cette assemblée générale avait pour but d'informer les militants et de réfléchir à d'autres modes d'actions ", a-t-elle précisé. La presse n'a pas été autorisée à entrer à l'intérieur de l'Opéra Garnier.

Tous sont partis aux alentours de midi avec comme détermination de continuer les actions symboliques. Actuellement, environ 150 intermittents ont investi le Carreau du Temple, un lieu de la ville de Paris en cours d'aménagement, où ils comptent rester plusieurs jours pour "pouvoir peser sur la suite des négociations ", indique Fabien André. Selon Angeline Barth, "le Medef a reculé sur le retrait des annexes 8 et 10 mais il demande à présent que l'Etat se mette à la table des négociations avant la fin de l'année 2014 " (ce qui signifierait une sortie de la négociation paritaire, uniquement entre partenaires sociaux). "Il est hors de question qu'on sorte du régime interprofessionnel pour négocier un régime purement professionnel ", a-t-elle souligné.

Angeline Barth, de la CGT spectacle, devant l'Opéra Garnier. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Angeline Barth, de la CGT spectacle, devant l'Opéra Garnier. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

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Après avoir ajourné les discussions en début de soirée, les syndicats ont repris vendredi matin leurs discussions avec le patronat sur l'avenir de l'assurance-chômage, dans un climat tendu. Ils doivent tenter de trouver un compromis sur les règles d'indemnisation de 2,2 millions de chômeurs.

Le régime spécifique des intermittents ne représente qu'une petite partie de la négociation. Le déficit de ce régime, qui concerne 112.000 personnes indemnisées, s'élève à 1 milliard d'euros et son surcoût par rapport au régime général est évalué à 320 millions d'euros. Mais, depuis la réforme drastique de 2003 et les annulations de festivals qui en avaient résulté, il a un poids symbolique et médiatique particulièrement important.

Jeudi, le patronat a abandonné son idée choc de supprimer ce régime spécifique et de réintégrer les intermittents dans le régime général, moins favorable. Mais il a proposé plusieurs mesures d'économies touchant les intermittents les mieux indemnisés. Il réclame un plafonnement immédiat de l'allocation maximale et du cumul allocation-salaire à 3.129 euros brut mensuels, qui permettrait de réaliser 150
millions d'euros d'économies, ainsi qu'une hausse des cotisations des salariés et employeurs du secteur.

Les intermittents ont déployé une banderole sur le balcon de l'Opéra Garnier. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Les intermittents ont déployé une banderole sur le balcon de l'Opéra Garnier. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Dans son projet, le Medef exige également l'ouverture de discussions avec l'Etat avant la fin de l'année en vue d'une réforme de plus grande ampleur sur les "moyens de lutter contre la précarité " dans le secteur et "le financement de la politique culturelle ". Sommé de mettre la main à la poche, le ministre du Travail Michel Sapin ne s'est pas prononcé sur cette demande, se contentant de rappeler de manière plus globale que l'assurance-chômage était de la "responsabilité " des partenaires sociaux. L'intermittence, "c'est 300 millions de surcoût (...). S'apercevoir aujourd'hui que les gens qui sont en grande fragilité sont ceux qui touchent le plus d'indemnisation du chômage, c'est quand même une évidence ", a-t-il déclaré vendredi sur i-TELE. De leur côté, certains artistes commencent à donner de la voix.

Dans une tribune publiée vendredi par la Guilde des artistes de la musique (GAM), le chanteur d'Indochine Nicola Sirkis défend le régime qui permet aux techniciens engagés sur les tournées du groupe de "tenir ", alors qu'ils travaillent "souvent douze heures par jour, le samedi et le dimanche, mais par intermittence ". "Ils ne seraient pas ou plus disponibles pour nous aujourd'hui, nous serions obligés de travailler avec des techniciens anglais, belges ou autres. Est-ce vraiment le moment? " demande-t-il.

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