Les 5 mises en scène d’opéra les plus sulfureuses

Mis à jour le mardi 02 août 2016 à 10h08

Scandaleuses pour certains, géniales pour d’autres… France Musique vous propose une sélection de 5 mises en scène d'opéra qui ont fait beaucoup parler d'elles.

Les 5 mises en scène d’opéra les plus sulfureuses
Turandot de Puccini dans la mise en scène de Calixto Bieito © PASCAL PAVANI / AFP

Cette année, c’est par le Cosi Fan Tutte de Mozartmis en scène par Christophe Honoré, que le scandale est arrivé. Programmé au festival d'Aix-en-Provence puis fin août au festival international d'Édimbourg, la direction de ce dernier a proposé au public de rembourser les places du spectacle jugé trop «provocant et sexuel» avant même qu'il ne soit joué en Ecosse. L’occasion pour nous de revenir sur une sélection – non exhaustive - des mises en scène d’opéra les plus sulfureuses.

La Traviata de Verdi, mise en scène d'Andrea Breth à Bruxelles, 2012

Andrea Breth, grande figure du théâtre avant-gardiste allemand, voulait retranscrire l’hypocrisie et le cynisme des classes dirigeantes que dénonce Verdi dans son opéra à notre époque. Et, sur scène, c’est à grand coup de soirées mondaines décadentes, d’alcool et de sadomasochisme, dans un décor noir et blanc glacial qu’elle a renouvelé cette critique sociale. Avec, dans l’acte III, un passage qui a profondément choqué le public et la critique où une enfant assouvit les désirs sexuels d’un homme, bien plus âgé. Face au scandale, le directeur de la maison a dû intervenir pour calmer le public, et les metteurs en scène Castellucci, Warlikowski, Joosten et Py ont volé au secours d’Andrea Breth, au nom de la liberté artistique.

Tannhäuser de Wagner, mise en scène de Burkhard Kosminski à Düsseldorf, 2013

L’opéra en trois actes Tannhäuser a très souvent suscité l’émotion. Mais c’est avec la mise en scène de Burkhard Kosminski que le malaise a été le plus vif. En transposant le drame sous le régime nazi, le metteur en scène a profondément indigné le public de Düsseldorf, à tel point que dans la salle, malaises et demandes d’assistance médicale se sont joints aux huées et aux agitations. Dès l’ouverture, Bukhard Kosminski s’était voulu extrêmement provocateur : des chanteurs enfermés dans un bloc de verre étaient peu à peu asphyxiés d’un gaz blanc. S’ensuivaient ensuite des scènes de viol, de violence, des croix gammées et l’exécution d’une famille juive dont les membres avaient préalablement été rasés à blanc. Résultat, une seule représentation de ce Tannhaüser a été donnée avant d'être transformée de force en version concert par l’Opéra de Düsseldorf.

Guillaume Tell de Rossini, mise en scène de Damiano Michieletto à Londres, 2015

« Inexcusablement horrible », « voyeuriste ». C’est avec ces termes que la presse britannique a décrit et décrié la scène de viol collectif présente dans ce Guillaume Tell mis en scène par Damiano Michieletto, et transposée dans la Bosnie des années 90. Dans un IIIe acte remanié, une femme est traînée à terre, déshabillée et violée par une vingtaine de soldats, pendant cinq longues minutes. Cette scène crue et insoutenable a provoqué les sifflets du public, et le bruit de la salle a contraint les musiciens de l’orchestre à s’arrêter de jouer pendant un bref instant. Le directeur du Royal Opera House a cependant tenu à défendre Damiano Michieletto en déclarant que « cette production inclut une scène qui met en lumière la brutale réalité des femmes qui sont victimes d’abus pendant les guerres et de la violence sexuelle qui est un fait tragique de la guerre ».

Turandot de Puccini, mise en scène de Calixto Bieito, à Nuremberg, Belfast et Toulouse, 2014

Impossible d’écrire un article sur les mises en scène d’opéra les plus controversées sans mentionner Calixto Bieito, maître en la matière. Son Bal masqué de Verdi avait marqué les esprits en 2002, et plus précisément sa scène d’ouverture qui offrait au public un alignement d’hommes d’affaires aux toilettes. En 2014, son Turandot semblait rassembler tous les éléments qui composent son univers sulfureux. A la place de la Chine médiévale imaginée par Puccini, une usine chinoise de fabrication de poupées dirigée par une Turandot tyrannique et sadique, et des ouvriers torturés au fouet et maltraités sexuellement. Sur scène tout poussait au malaise, des poupées démembrées, aux femmes enveloppées de film plastiques, en passant par une autre forcée de se caresser alors qu’elle portait une couche ensanglantée. Cette critique de l’oppression des masses populaires et du capitalisme sauvage livrée par Bieito n’a, une fois de plus, pas laissé le public indifférent.

L’enlèvement au Sérail de Mozart, mise en scène de Martin Kušej à d’Aix-en-Provence, 2015

« Ce n’est pas de la censure, c’est de la maturité ». En 2015, Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence demandait au metteur en scène Martin Kušej de modifier sa mise en scène de L’Enlèvement au Sérail. Transposée dans un camp djihadiste habité par des hommes armés de kalachnikov, cette dernière faisait trop violemment référence à une actualité douloureuse, celle des attentats et de la montée de l'organisation Etat Islamique. Ainsi, et parce qu’elles « devenaient insupportables » pour le directeur du festival, deux images ont été corrigées dans le spectacle : le drapeau noir de Daesh a été dépouillé de ses inscriptions, et la scène finale où des têtes de prisonniers étaient présentées sur des plateaux dans des sacs plastiques, a été supprimée. Mais, malgré ces modifications, et si officiellement l'action de cette production se déroulait dans les années 20, le spectateur pouvait comprendre que c’est notre époque que le metteur en scène visait, notamment avec certains passages où sur scène les otages étaient filmés, ligotés.

"L'Enlèvement au Sérail" ©Pascal Victor/ArtcomArt
"L'Enlèvement au Sérail" ©Pascal Victor/ArtcomArt

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