Les 5 histoires de familles les plus tordues de l’opéra

Amour, gloire et petits meurtres en famille. Sur une scène d’opéra, tout semble possible : le meilleur comme le pire.

Les 5 histoires de familles les plus tordues de l’opéra
Les Noces de Figaro de Mozart, une mise en scène par David McVicar au Royal Opera de Londres, en 2012. , © Getty / Robbie Jack

Ah, les histoires de famille... Parents et enfants qui s’adorent puis se déchirent, frères et sœurs qui s’affrontent ou se retrouvent : il n’aura pas fallu attendre le cinéma ou les séries télévisées, la célèbre réplique « Je suis ton père » de Star Wars ou les affres des familles Stark et Lannister, pour que le public se délecte des drames les plus intimes.

Figaro, des parents tombés de nulle part

Les Noces de Figaro, Wolfgang Amadeus Mozart, 1786

Seul et unique happy ending de notre palmarès : celui de Figaro et de ses parents tombés du ciel. Alors que le Comte Almaviva s’apprête à célébrer son mariage avec la vieille Marcellina, cette dernière découvre avec stupeur que Figaro n’est autre que son fils naturel. 

FIGARO
[...] Ces marques tatouées sur mon bras.

MARCELLINA
Une spatule sur le bras droit ? 

FIGARO
Qui vous l’a dit ? 

MARCELLINA
Mon Dieu ! C’est lui. 

Tout est bien qui finit bien, donc, pour Figaro. Il peut épouser celle qu’il aime, Susanna, et mieux encore : le voilà héritier ! En un clin d'œil, celui que l’on croyait simple valet se transforme en fils de bonne famille, et les titres de noblesse se trouvent totalement ridiculisés… 

C’est bien l’esprit des Lumières que l’on retrouve dans l’opéra de Mozart, créé en 1786 d'après la pièce née quelques années plus tôt sous la plume de Beaumarchais, à Paris. « Figaro a tué la noblesse ! » aurait ainsi déclaré Danton, figure majeure de la Révolution française. 

Carlos, amoureux de sa belle-mère

Don Carlos, Giuseppe Verdi, 1867

Cette histoire là est tragique. Alors qu’un accord de paix vient d’être signé entre l’Espagne et la France, les deux royaumes songent à unir leurs héritiers, le beau Don Carlos et la princesse Elisabeth. 

Par un heureux (ou malheureux) hasard, les deux fiancés se rencontrent avant leurs noces et tombent éperdument amoureux. Sauf que c’est finalement Philippe II, roi d’Espagne et père de Carlos, qui décide de prendre la jeune Elisabeth pour épouse. Voilà Don Carlos épris de la reine, sa belle-mère.  

Info ou intox ? L’opéra de Verdi s’inspire bel et bien de l’une des plus noires légendes de l’histoire, celle du roi Philippe II. Le souverain espagnol était dépeint par ses contemporains - et ennemis - comme particulièrement cruel, tyrannique, capable d’emprisonner et peut-être même d’empoisonner son propre fils, Carlos. 

Ce dernier n’avait cependant rien du charmant jeune homme mis en scène par Verdi. Bien au contraire, le véritable Don Carlos était bègue, peu flatté par la nature, et surtout très instable psychologiquement, en proie à de terribles crises de violence. 

Lucrèce, sous le charme de son propre fils 

Lucrezia Borgia, Gaetano Donizetti, 1833

Littérature, théâtre, cinéma, série télé et même jeux vidéos : les aventures décadentes de la famille Borgia ont largement inspiré et se retrouvent aux quatre coins du globe. 

C’est Victor Hugo qui, en 1833, ouvre le bal. Avec sa pièce Lucrèce Borgia, il fait voir une femme cruelle et meurtrière, dernière représentante de la lignée Borgia. Comme si cela ne suffisait pas, la belle est aussi incestueuse et tombe sous le charme de son propre fils (illégitime, bien sûr). L’affaire finit mal, puisque Lucrèce empoisonne par mégarde son bel héritier et se suicide à ses pieds.

Il faut croire que cet amour incestueux doublé d’un infanticide plut beaucoup au compositeur Gaetano Donizetti. Il s’empressa de mettre Lucrèce Borgia en musique, seulement quelques mois après la création de la pièce éponyme à Paris. Un enthousiasme qui lui valut un fâcheux procès avec Victor Hugo.

Salomé, des parents meurtriers

Salomé, Richard Strauss, 1905

Dans l’épisode précédent, Hérodiade a tué son premier mari pour épouser le roi Hérode. Elle vit désormais à ses côtés, dans le palais royal, avec sa fille Salomé. 

Salomé est terriblement belle. Elle fait tourner toutes les têtes, même celle de son beau-père. Seul un homme résiste à ses attraits : c’est Iokanaan, le prophète, davantage sensible à la vertu et au pouvoir de la vérité qu’aux charmes sensuels de Salomé.

L’affront est trop insupportable pour la jeune princesse, et lorsque son beau-père la supplie de danser pour lui, elle n’accepte qu’à une seule condition : il devra lui servir en retour la tête de Iokanaan sur un plateau d’argent. Le roi s’exécute mais, horrifié devant le baiser donné par Salomé aux lèvres du mort, il finit par faire exécuter sa belle-fille. 

Une charmante histoire de famille à retrouver (en version simplifiée) dans la Bible. Quant à sa version longue et détaillée, elle a été écrite en 1891 par l'irrévérencieux Oscar Wilde, auteur d’une pièce en un acte, Salomé, dont s’inspire largement l’opéra de Strauss

Iphigénie, le comble de l’horreur 

Iphigénie en Tauride, Christoph Willibald Gluck, 1779

Le roi Agamemnon et la reine Clytemnestre ont un fils, Oreste, et une fille, Iphigénie. Clytemnestre tue Agamemnon et, pour venger son père, Oreste assassine Clytemnestre, sa mère. 

Puis le fils matricide prend la fuite et échoue sur la presqu’île de Tauride, où vit sa soeur Iphigénie. Or, en tant que prêtresse et gardienne de Tauride, Iphigénie est supposée condamner à mort tous ceux qui osent s’aventurer sur ses terres... 

Ces péripéties sont celles mises en scène par l’opéra de Gluck, mais pour bien comprendre l’origine de ce drame familial, il faut se pencher sur la mythologie grecque et plus précisément sur l’épisode de la Guerre de Troie. Agamemnon fait partie de l'expédition chargée de délivrer la Belle Hélène, mais il constate avant son départ que ses troupes sont en proie à la fureur d'une déesse, Diane. 

Le roi offre alors à Diane sa fille Iphigénie, et ce sacrifice ne lui sera jamais pardonné par sa femme Clytemnestre. A son retour de la Guerre de Troie, elle exécute son mari Agamemnon, et initie cette succession d'épisodes meurtriers.

Lucrèce, Salomé, Clytemnestre… Des femmes cruelles, injustes et meurtrières. Mais rassurez-vous, il existe dans l’opéra des portraits féminins bien plus flatteurs !