Le salarié fantôme de l'Opéra de Paris

Après la facture téléphonique exorbitante d'un délégué FSU, les révélations sur un syndicaliste CGT "fantôme" rémunéré par l'Opéra de Paris témoignent d'un climat exacerbé à l'approche des élections professionnelles prévues en février prochain.

Le salarié fantôme de l'Opéra de Paris
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Ces derniers temps, l'Opéra de Paris enchaîne les polémiques à une vitesse incroyable. Après le taureau de la mise en scène de Moïse et Aaron de Schoenberg qui a déclenché la colère des défenseurs des animaux, après la facture téléphonique au montant exorbitant d'un délégué syndical qui utilisait son téléphone professionnel lors de ses vacances à l'étranger, après la polémique sur les travaux réalisés sur des cloisons du Palais Garnier, voici le nouvel épisode qui touche l'Opéra de Paris.

Et c'est le quotidien Le Parisien qui l'a révélé ce lundi 9 novembre. On y apprend que la maison lyrique versait 40.000 euros par an au syndicat Synptac-CGT pour indemniser un syndicaliste inconnu de l'établissement public. "C'est vrai que je ne connais pas ce monsieur, mais son indemnisation ressort d'un cadre légal ", a expliqué le directeur général adjoint de l'Opéra, Jean-Philippe Thiellay.

Un accord de 2010 signé par trois syndicats (CGT, CFDT, FO) prévoit l'octroi de moyens aux syndicats en fonction de leur représentativité, chaque syndicat étant libre de son affectation. "Cette dotation est versée à la confédération, qui l'attribue à quelqu'un que je ne connais pas ", a expliqué M. Thiellay. "J'ai demandé une analyse juridique qui a conclu à la légalité de l'accord ", a-t-il précisé.

"Il n'y a aucun salarié fantôme ou emploi fictif ", a précisé la direction de l'Opéra, ajoutant toutefois que "cet accord sera renégocié " après les prochaines élections de février.Toutefois selon Le Parisien, l'accord en vigueur stipule que "l'action de ce salarié mandaté devra être réalisée dans l'intérêt du personnel de l'Opéra national de Paris".

Pourtant personne ne semble savoir quel était le poste de ce monsieur, un certain Patrice M., secrétaire général du Synptac. Pas même le premier intéressé qui n'a pas souhaité répondre aux questions du quotidien.

Guerre syndicale

"On est en pleine campagne électorale ", a rappelé le directeur général adjoint de l'Opéra, évoquant la tenue de ces élections professionnelles. "Une compétition féroce est en cours ", a reconnu le secrétaire général du syndicat FSU national, Frédéric Maguet, dont un délégué à l'Opéra a été mis en cause il y a une dizaine de jours pour une facture de portable de 52.000 euros à l'étranger en juillet et août.

Ces révélations sont autant de coups portés dans la guerre que se livrent les syndicats de l'Opéra, qui représentent des catégories de personnel "très cloisonnées " (orchestre, choeurs, techniciens, cadres, etc.), a expliqué un représentant syndical.

L'annulation de plusieurs spectacles à la rentrée à la suite d'une grève des techniciens de l'Opéra, à l'appel de la FSU a "pu nourrir le ressentiment d'autres catégories de personnel ", a estimé ce représentant syndical. C'est dans ce climat qu'est sortie l'affaire de la facture de téléphone portable professionnel du syndicaliste FSU, qui doit être entendu lundi prochain en entretien préalable par la direction.

"Ce type de dotation en équipement à usage syndical se pratique couramment au sein des ministères et des établissements publics, mais elle est en général très encadrée ", a souligné la FSU, qui condamne "sans réserve toute négligence sur ce point ", qu'elle "considère comme une dérive individuelle incacceptable ".

Avec AFP

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