Le chant lyrique, un sport de haut niveau

Exercices, adrénaline, efforts physiques intenses… Comme des sportifs de haut niveau, les chanteurs lyriques se préparent ardemment à la scène. Sonya Yoncheva, soprano, et Benjamin Bernheim, ténor, reviennent sur les défis physiques qu’ils rencontrent dans leur métier.

Le chant lyrique, un sport de haut niveau
Benjamin Bernheim et Sonya Yoncheva reviennent sur les difficultés d'être chanteur lyrique., © Getty

« On ne forme pas un muscle en y allant doucement, on forme un muscle en se faisant mal. Et c'est ce que certains de mes collègues américains disent : ‘Si tu ne sens pas le goût du sang dans ta bouche, c'est que tu ne donnes pas assez.’ », résume ainsi Benjamin Bernheim, sur les difficultés d'entretenir sa voix lorsqu'on est chanteur lyrique. Le ténor, qui a déjà interprété Faust, Alfredo dans La Traviata ou Rodolfo dans La Bohème, compare cette préparation physique et son métier, à celle des athlètes de haut niveau. 

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Les entraînements réguliers et le travail profond sur la voix et la gorge, ne sont pas sans risques pour les chanteurs. « La voix du ténor demande une grande patience et de la force parce que ce n'est pas en restant dans une zone de confort qu'on se forme. C'est justement en sortant de sa zone de confort, et en allant vers la crampe : la crampe physique, la crampe dans la gorge, les deux jours qui suivent un cours de chant où on se dit : 'Je n'ai plus voix : Qu'est-ce qu’il se passe ?' »

Comme un pilote de Formule 1 ou un skieur alpin, le chanteur lyrique retrouve un terrain connu, avec des rôles maintes fois joués, mais des difficultés toujours imprévisibles... « Les partitions, pour moi, sont comme des circuits, on les connaît. On sait exactement quelles sont les courbes qu'on va prendre. Ce qu'on ne sait pas, c'est comment on va les prendre : c’est un saut dans le vide. »

« Je ne bois pas, je ne fume pas, je dors 12 heures »

Face à un orchestre avec des dizaines de musiciens, le chanteur doit faire passer sa voix au-dessus de cette puissance musicale. « On est alors quasiment seul contre un orchestre. Et ça, c'est un challenge incroyable, même si on a un chef avec nous », explique le ténor. La soprano Sonya Yoncheva, qui a déjà interprété les grands rôles de Luisa Miller, Violetta, et Mimi, rejoint le ténor sur ce sujet. « Chaque air d'opéra est un moment difficile parce que nous sommes surexposés dans le sens où il y a l'orchestre et le chanteur. Nous sommes seuls. » L’une des plus grandes difficultés, d’après l'artiste, est de ne pas faire transparaître au public tous les efforts fournis lors de ces moments décisifs. « Le vrai métier d'un chanteur, c'est surtout de faire croire aux gens que tout ce qu'on fait, le chant, le jeu sur scène, c'est quelque chose de naturel qui vient sans effort. », explique-t-elle.

Afin d’être à la hauteur des attentes du public, les chanteurs lyriques s’imposent un rythme de vie sévère, à l’image des athlètes professionnels. « Chanteur d'opéra, c'est la discipline absolue », souligne Sonya Yoncheva. « Alors qu'un chanteur de rock peut fumer des cigarettes et peut vivre dangereusement, nous non. J'ai souvent entendu parler mes collègues dans le passé qui me disaient : 'Moi chanteuse d'opéra, je suis une nonne, je me couche à 8h30, je ne bois pas, je ne fume pas, je dors douze heures, si je peux'. Donc il y a certains sacrifices. Être chanteuse d'opéra, ce n'est pas toujours OK avec notre personnalité. »

La voix et l'âge : « le combat du ténor »

Autre défi important, ces artistes doivent, avec l’âge, accompagner une voix qui évolue dans le temps et nécessite un nouvel apprentissage, voire de livrer une véritable bataille. « J'ai 35 ans, donc je commence une autre partie de ma carrière où la voix commence à mûrir », annonce Benjamin Bernheim. « Il y a beaucoup de choses très positives, beaucoup de couleurs qui arrivent, mais aussi un besoin de tonicité. Je ne veux pas que ma voix commence à vibrer trop, à avoir un vibrato trop grand, trop large. Donc je dois me battre physiologiquement contre ça. Mais aussi psychologiquement. Quand on entend sa voix et qu'elle ne fait pas exactement ce qu'on veut, c'est un combat, le combat du ténor. »

Ce travail au corps, poussif, tout au long de la carrière, peut engendrer des complications. La perte de voix notamment, lors d'un concert. « Je crois qu'il y a un grand tabou autour de la perte de voix dans le monde de l'opéra. Et pourtant, est-ce qu'un joueur de football qui, à la 60e minute, va avoir un claquage et s'arrête de jouer est un mauvais footballeur ? Non. Nos instruments et nos corps ont des limites », assure le ténor, qui souhaite d'ailleurs rassurer les jeunes chanteurs sur ce point :  « Vous n'êtes pas des machines et vous avez un corps qui ne sort pas d'une usine. Vous avez un corps avec des limites vocales. J'en ai. Nous en avons tous. À partir du moment où on accepte ça, on est capable de gérer vocalement nos limites et de savoir quand demander à nos voix et à nos corps de les repousser et d'aller plus loin. »