Le Centre français de promotion lyrique se lance dans l'opéra contemporain

Le Centre français de promotion lyrique vient de présenter son nouveau projet : L'Ombre de Venceslao, un opéra contemporain tiré d'une pièce de Copi et composé par Martin Matalon. Onze maisons lyriques de France, du Chili et d'Argentine se sont associées à l'appel du CFPL afin de promouvoir les jeunes chanteurs français mais aussi pour défendre la création.

Le Centre français de promotion lyrique (CFPL) avait débuté ce projet de coproduction en 2008 avec Le Voyage à Reims de Rossini, puis en 2014, avec Les Caprices de Marianne de Sauguet. Pour cette troisième édition, le CFPL a décidé de se lancer dans la création : L'Ombre de Venceslao est issu de la pièce du même nom de Copi. L'histoire du dramaturge argentin se passe dans la pampa chez les gauchos et raconte l'éclatement d'une famille sur fond d'allusions au coup d'État de 1955, celui qui renversa le régime de Juan Péron.

Le franco-argentin Jorge Lavelli, détenteur des droits de la pièce et fin connaisseur de Copi assurera la mise en scène. A la partition, Martin Matalon, lui aussi argentin et établi en France depuis plus de 20 ans. Un défi pour le compositeur, puisqu'il s'agit de son premier opéra et qu'il a tenu à ne pas se laisser influencer par l'histoire écrasante de ce genre musical. Il avoue lui-même n'avoir jamais été un grand fan de l'opéra.

"J'ai toujours trouvé que cela pouvait être très ennuyeux, notamment à cause de la banalisation du chant. Au bout de deux heures de musique chantée, l'écoute de l'auditeur s'affaiblit. Je voulais absolument trouver un moyen de renouveler l'écoute. Le livret de Copi s'y prête à merveille. Il est très nerveux, très vivant, c'est une histoire qui jaillit comme dans une bande-dessinée. Dans L'Ombre de Venceslao, l'instant a une importance incroyable. C'est une histoire tragique mais qui peut aussi être très drôle. Grâce à tous ces ingrédients, j'ai essayé du mieux que j'ai pu d'en faire quelque chose de dynamique et de non-conventionnel " explique Martin Matalon.

L'Ombre de Venceslao est découpé en 34 vignettes dont chacune possède un style qui lui est propre. Un orchestre, un dispositif électronique, un quatuor de bandonéons, l'effectif instrumental sera à géométrie variable. L'adaptation lyrique de la pièce de Copi a constitué un véritable défi pour le compositeur mais aussi pour les jeunes chanteurs. Cinq ont été sélectionnés par le biais d'une grande audition nationale. Il s'agit de rôles extrêmement difficiles puisque les jeunes chanteurs ne sont pas - ou peu - habitués au répertoire contemporain. L'oeuvre étant une création, ils ne peuvent s'appuyer sur aucun enregistrement. Mais cela peut aussi être considéré comme une chance, comme l'analyse Thibault Desplantes, 29 ans, qui chantera le rôle principal, celui du Gaucho Venceslao :

"Evidemment, chanter un opéra contemporain encore jamais créé est un défi parce que c'est une écriture que je ne connais pas. Mais bizarrement je ressens moins de pression à chanter ce premier rôle plutôt qu’un marquis dans La Traviata. Ici, je ne peux pas être terrorisé par les références parce que je serai la référence ! C’est un luxe car je ne pourrai pas etre compatré et cela m'enlève beaucoup de pression ".

Autre confort indéniable pour les jeunes chanteurs : le fait que le compositeur soit vivant. Thibault Desplantes s'amuse à imaginer pouvoir joindre par téléphone Verdi ou Puccini pour leur poser de nombreuses questions d'interprétation. "Dans ce projet, j'ai le compositeur sous la main. C'est une chance inestimable ! Nous nous sommes souvent appelés, nous nous sommes envoyés plein de mails. Cela rend le travail passionnant et plus simple ".

C'est l'une des grandes forces du Centre français de promotion lyrique, réussir à fédérer un grand nombre d'acteurs pour à la fois donner une belle exposition à la musique contemporaine tout en limitant les risques pour les maisons d'opéras. Raymond Duffaut, le président du CFPL, explique qu'il s'agit principalement d'une "mutualisation artistique plus qu'une mutualisation des coûts. Les décors et les accessoires sont confectionnés à l'Opéra de Bordeaux, les costumes à Toulouse. Et tout est fait dans un seul but : soutenir la création et les jeunes chanteurs français ".

Afin d'aider le plus possible ces jeunes chanteurs, l'Opéra de Rennes met à disposition sa scène et ses équipes pendant 1 mois et demi à partir de septembre 2016, un temps de répétition bien plus long que la normale. La première de L'Ombre de Venceslao se tiendrale 12 octobre prochain à Rennes avant de partir tournée un peu partout en France : Avignon, Toulouse, Reims, Bordeaux, etc. Puis en 2019 à Santiago du Chili et à Buenos Aires en Argentine.