La Scala de Milan : une histoire de scandales…

Prestigieuse institution italienne, la Scala de Milan, inaugurée en août 1778, a connu de nombreux scandales au fil des siècles. Retour sur quelques unes des grandes histoires qui ont fait du bruit entre et hors des murs de ce théâtre mythique.

La Scala de Milan : une histoire de scandales…
L'intérieur de la Scala, partiellement détruite en 1943 après des bombardements liés à la Seconde Guerre mondiale, © Getty / Keystone Features

Le dernier scandale date de quelques semaines à peine… Pour l’ouverture de la saison 2018-2019, le 7 décembre, la Scala de Milan propose une production d’Attila, opéra de Verdi. Mais la mise en scène ne passe pas, plus précisément un passage où l’on voit une femme jeter la statue de la Vierge Marie à terre. Un maire italien réclame la suppression de cette scène, signée Davide Livermore… 

Verdi VS Wagner

Ce n’est pas le premier scandale liée à la soirée d’ouverture de saison. En 2012, la Scala choisit de programmer Lohengrin, opéra de Wagner pour cette grande cérémonie, très suivie. La justification ? L’année 2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand. Sauf qu’on fête cette même année un autre bicentenaire : celui du compositeur italien Verdi

Le choix de Wagner a heurté de nombreux Italiens, dont le célèbre chef d’orchestre Riccardo Muti qui s’est exclamé : « C'est comme si Bayreuth ouvrait l'année wagnérienne avec La Traviata ou Nabucco ! Vous imaginez les réactions ? ». Plus nuancé, le chef d’orchestre Daniel Barenboim s’est aussi exprimé sur l’affaire : « Quelle différence cela peut faire d’inaugurer la saison avec l’un ou l’autre quand on sait que leurs oeuvres à tous les deux vont être jouées ? ». En effet, cette saison-là, la Scala programmait huit œuvres de Verdi contre six de Wagner. 

Alagna : un sifflet et puis s’en va

Encore une soirée d’ouverture qui tourne au scandale… Le 10 décembre 2006, l’opéra de VerdiAida est donné à la Scala de Milan. Dans le rôle de Ramadès, on retrouve le ténor franco-italien Roberto Alagna, habitué à cette salle de théâtre. Mais à la fin du premier acte, après avoir chanté l’air Celeste Aïda, des sifflets retentissent. Le public de la Scala est réputé comme étant l'un des plus exigeants au monde. Cette réaction négative vexe le chanteur, qui arrache son costume et quitte la scène. 

En jean et chemise, Antonello Palombi remplace le ténor quelques instants plus tard et sera applaudi pendant près d’une dizaine de minutes à la fin de la représentation. Quant à Roberto Alagna, il déclare : « Face au public de ce soir, j’avais l’impression d’être hors du monde ». La veille, le chanteur avait déclaré à la presse italienne son souhait de ne plus revenir à la Scala. De l’huile sur le feu qui s’est embrasée ce soir-là, au point que le chanteur a finalement tenu sa promesse plus tôt que prévu. 

Katia Ricciarelli : « Que Dieu vous maudisse » 

La chanteuse lyrique italienne Katia Ricciarelli a connu, elle aussi, des frasques avec le public milanais mais aussi avec la direction de la Scala. En 1989, après quelques années loin de la plus célèbre scène de Milan, la cantatrice revient chanter Luisa Miller, de Verdi. Lors de la première, avant même qu’elle se mette à chanter, quelques sifflets fusent dans la salle. Un mécontentement sonore destiné surtout à critiquer l’époux de la chanteuse : le présentateur de télévision Pippo Baudo, proche de Silvio Berlusconi…

Pendant la deuxième représentation, une partie du public, hostile à la chanteuse, a recommencé à la siffler au bout du troisième acte. Ce à quoi Katia Ricciarelli a répondu à voix basse mais assez fort pour que le poulailler entende : « Que Dieu vous maudisse ». Et la chanteuse n’a pas souhaité venir saluer. Après ces représentations, elle s’est plaint à la direction du théâtre de leur absence de soutien et s’est fait remplacer pour les suivantes. 

Les réformes de Toscanini

Arturo Toscanini prend la direction musicale de la Scala en 1898, à 31 ans. Le chef d’orchestre italien entame une série de réformes qui vont longtemps rester comme des règles sacrées au sein de l’institution milanaise. Mais son audace va aussi lui créer de nombreux ennemis qui voient d’un mauvais œil ce jeune chef imposer de nouvelles traditions dans ce temple sacré de la musique italienne.

Ces lois dictées par le nouveau directeur vont de la simple interdiction des chapeaux pour les dames à la création d’une fosse pour l’orchestre. Le théâtre de la Scala est désormais plongé dans le noir pendant les représentations, il exclut toute coupure dans les œuvres, et la pratique du bis est bannie. 

Et le bis ?

La règle du bis a été brisée par Riccardo Muti le 7 décembre 1986. Le chef d’orchestre dirige Nabucco de Verdi pour sa première saison à la Scala. Après le choeur des esclaves Va pensiero, il prend la liberté de faire durer la dernière note un peu plus longtemps. Dans ses Mémoires il écrit : « Il y eut un silence, puis un cri général monta du public »

Face à cet engouement le chef hésite : respecter les conventions sacrées dictées par Toscanini au risque de froisser les Italiens ou suivre le public qui crie des “bis” dans la salle ? Il opte pour la seconde option. « Ce fut un moment magique. Une soirée triomphale jusqu’au bout », écrit le chef. Et il refera la même chose en 2011, toujours à la Scala, pour le 150e anniversaire de l’Etat italien, en prenant la parole pour dénoncer les coupes du budget de la Culture en Italie.