L’Opéra national du Rhin organise son premier festival de métal

Les murs de l’Opéra national du Rhin s’apprêtent à trembler. Samedi 29 avril, la maison lyrique organise Metal Opér’art, son premier festival de métal. Une proposition inédite en France qui vise à s’affranchir des barrières et à décloisonner les publics.

L’Opéra national du Rhin organise son premier festival de métal
La grande salle de l'Opéra national du Rhin à Strasbourg, écrin insolite d'un festival de métal, © Opéra national du Rhin

Il a fallu relire deux fois le dossier de presse envoyé par l’Opéra national du Rhin à Strasbourg pour être certain d’avoir bien lu. Pour la première fois en France, une maison lyrique organise un festival de métal entre ses murs. Samedi 29 avril, le festival Metal Opér’art présentera cinq concerts, cinq groupes d’un style de musique qu’on pourrait imaginer être aux antipodes de ce qui est proposé habituellement. Mais il fallait bien que ceux qui ont décidé de se lancer dans ce projet original aient une idée derrière la tête. Emmanuel Didierjean, co-programmateur du festival et membre de Alca Culture, explique : « Nous discutions depuis un certain temps avec les membres de l’association de la possibilité d’organiser un festival de métal à Strasbourg. Il se trouve que notre association gère le café de l’opéra et le lien s’est rapidement fait ».

Arte Concerts retransmet l'événement en livestreaming depuis l'Opéra national du Rhin, samedi 29 avril à partir de 17h55

L’association est allée convaincre Alain Fontanel, premier adjoint au maire et président de l’Opéra national du Rhin, qui a rapidement été séduit. Idem du côté de l’Opéra où après un petit temps de réflexion, la direction a dit oui. « Une fois passé l’étonnement d’une telle proposition, j’ai été emballé, se souvient Bertrand Rossi, directeur adjoint de la maison lyrique. C’est quelque chose de totalement inédit pour nous, ainsi que pour le monde de l’opéra en France ». Et ce qui a contribué à séduire la direction et la ville de Strasbourg, ce sont les liens, bien plus forts que prévus, entre la musique classique et le métal. « De nombreux musiciens de ce style de musique ont bénéficié d’un apprentissage classique. Ils sont marqués par leur éducation et cela se ressent dans les processus de composition du métal » explique Bertrand Rossi. L’inverse est également vrai. Une partie des musiciens classiques a été biberonné au rock et au métal. « Toute une génération ayant entre 20 et 50 ans a appris à s’ouvrir aux autres musiques » enchérit Emmanuel Didierjean.

On ne peut s’empêcher de noter les similitudes entre le métal et des compositeurs comme Wagner ou Berlioz. Metalleux et wagnériens ont en commun l’amour de la puissance, voire de la lourdeur, de la musique. Selon le co-programmateur de Metal Opér’art, le compositeur de Bayreuth a eu une « grande influence sur une bonne partie de la scène métal, notamment pour le métal extrême, le death métal ou le black métal ». Emmanuel Didierjean insiste néanmoins à ne pas confondre avec le métal symphonique, un courant beaucoup plus traditionnel et souvent lyrique. L’Opéra du Rhin a décidé de ne programmer que des groupes se situant à l’avant-garde du métal. « Un courant qui pourrait être au métal aujourd’hui ce que King Crimson a été au rock dans les années 1970 : un groupe aux influences multiples qui a sans cesse repoussé les barrières », appuie le programmateur.

Métal, métal progressif, métal à tendance folk ou lorgnant vers la musique électronique, les cinq groupes présents se démarquent du courant traditionnel du métal : Empyrium, groupe allemand et tête d’affiche et les formations françaises d’Igorrr, de Psygnosis, de Grorr et Laenakia. Des groupes peu connus du grand public mais qui peuvent compter sur une communauté de fans très actifs. Et ce n’est pas un hasard si la tête d’affiche, Empyrium, est allemande. La proximité de notre voisin avec Strasbourg est évidemment mise en avant dans l’organisation du festival. « Il y a certainement une communauté de fans de métal plus nombreux dans l’est de la France, et notamment à Strasbourg, tout simplement parce que nous sommes proches de l’Allemagne, analyse Emmanuel Didierjean. En Allemagne, le métal est beaucoup moins clivant. Les gens ont tendance à être aussi à l’aise avec la variété, la pop et le métal. Par exemple, le groupe allemand Rammstein jouit d’une réputation assez sulfureuse en France, alors que chez nos voisins ils ont la même réputation que Coldplay ou U2. »

L’opéra de Strasbourg qui compte déjà des spectateurs allemands pour sa saison habituelle, espère donc attirer des métalleux d’outre-rhin pour cette première édition. Le but étant précisément d’attirer un public qui n’a jamais franchi les portes d’une salle de concert classique ou d’un opéra. « Nous sommes parfois un peu dans notre tour d’ivoire, confesse Bertrand Rossi, le directeur adjoint. Notre premier souci est de donner envie à ceux qui ne sont jamais venus. Ce genre d’initiative va donc totalement dans ce sens. Nous devons nous ouvrir, nous adapter au monde qui change ». Et le pari est déjà en partie réussi puisque les retombées médiatiques de l’événement sont qualifiées « d’exceptionnelles » par le directeur adjoint.

L’Opéra a décidé de ne pas changer grand chose à son mode de fonctionnement habituel pour offrir une nouvelle expérience au public. Les groupes auront d’ailleurs la chance d’évoluer au milieu des décors de l’opéra La Calisto de Francesco Cavalli dont les représentations auront lieu la veille et le lendemain de la soirée. Le public ne pourra pas consommer de boissons pendant les concerts. « Ils devront attendre les entractes entre chaque groupe, comme lors d’une soirée habituelle et ils seront accueillis et placés par les ouvreurs officiels de l’opéra » précise Emmanuel Didierjean qui ne pense pas que le public restera assis bien longtemps.

Ceux qui ont déjà assisté à un concert de métal ou simplement vu des vidéos de concerts savent que le public du métal aime manifester son amour pour la musique d’une manière assez démonstrative. Headbanging (faire tourner sa tête en rythme), pogo (se jeter les uns sur les autres en rythme si possible), slam (se faire porter par le public, pas de sens du rythme requis) ou wall of death (séparer le public en deux et les faire se jeter les uns contre les autres, généralement au signal du chanteur) sont autant de codes que l’on retrouve habituellement lors des concerts. Allez voir des vidéos captées lors du Hellfest, plus grand festival métal de France, pour en avoir un aperçu. Mais l’organisation du festival estime qu’il n’y aura aucun débordement.

Pour des raisons de sécurité, la direction retirera donc certains fauteuils afin de faciliter les déplacements et une partie de la salle ne sera pas accessible. Lorsqu’on demande à Bertrand Rossi s’il n’a pas peur pour ses fauteuils, il répond cette phrase qu’on attribue à Jacky Lee, guitariste d’Ozzy Osbourne dans les années 1980 : « les métalleux ne sont pas des gens violents, ce sont des personnes physiquement enthousiastes ». Il précise tout de même que ses fauteuils sont assez mal en point et attendent une restauration qui tarde à venir. A bon entendeur ?

Festival Metal Opér’art, Opéra national du Rhin, Strasbourg, samedi 29 avril, 18h, tarifs de 40 à 50 euros.