L'Opéra de Paris fait son cinéma sur la "3e scène"

Bastille, Garnier et la "3e scène", c'est cela aujourd'hui l'Opéra national de Paris. Un an et demi après le lancement de sa plateforme de création 100% numérique, quel bilan tirer de ce projet ? Y a-t-il vraiment une "3e scène" de l'Opéra de Paris ?

L'Opéra de Paris fait son cinéma sur la "3e scène"
Capture d'écran ©Opéra de Paris, © ©Opéra de Paris

"On a près d'1 800 000 vues donc pour un démarrage ça s'est bien passé". Stéphane Lissner, le directeur de l'Opéra de Paris est plus qu'enthousiaste quand on l'interroge sur le projet de 3e scène. Sans doute parce que c'est lui qui en a eu l'idée : "avant l'opéra communiquait par des newsletters, des campagnes de communication, des vieux supports" dit-il alors même qu'internet offre la possibilité de s'adresser au public d'une manière complètement différente. "Par exemple, si on prend Benvenuto Cellini de Berlioz qui n'est pas son opéra le plus connu, quand on montre des images du spectacle de Terry Gilliam sur internet, on a une relation complètement différente avec le public et tout d'un coup cela devient le deuxième spectacle le plus vendu cette saison". La puissance de frappe potentielle d'internet, c'est cela qui fascine Stéphane Lissner, il y voit une "révolution". Et voilà pourquoi il a voulu cette "3e scène" qui n'est ni plus ni moins qu'une plateforme de vidéos en ligne.

Le spectacle vivant dans une scène virtuelle

Capture d'écran youtube du film Nephtali de Glen Kean
Capture d'écran youtube du film Nephtali de Glen Kean, © ©Glen Kean / Opéra de Paris

Depuis septembre 2015, une trentaine de films ont été mis ligne. Ils sont tous disponibles gratuitement sur le site, sur youtube, accessibles via la page facebook de "3e scène", sur téléphone portable grâce à l'application. Et en effet, si on fait les comptes, "3e scène" a eu, toutes vidéos cumulées, plus d'un million et demi de spectateurs. Le plus grand succès étant le film Nephtali réalisé par Glen Kean, un des dessinateurs des studios Disney qui comptabilise à lui seul plus de 600 000 vues. Plusieurs autres frôlent ou dépassent les 100 000 vues. Beaucoup n'en comptent que quelques milliers. C'est aussi cela internet : la réalité froide des statistiques. Ou pour le dire comme Fanny Ardant : "une bouteille à la mer".

Une déclaration d'amour à l'opéra

Actrice, réalisatrice et metteur en scène, Fanny Ardant signe elle aussi son film, Magie Noire, pour la "3e scène". Sa mise en ligne est prévue le 26 avril prochain. C'est le directeur artistique du projet, Philippe Martin, qui est allé la chercher. Elle y a vu l'opportunité de "faire une déclaration d'amour à l'opéra".

Celle qui a elle-même mis en scène une comédie musicale : Passion de Stephen Sondheim au théâtre du Châtelet (2016) et avant cela un opéra : Véronique d'André Messager au même théâtre du Châtelet (2008) ne se sent pas investie de la mission de faire venir de nouveaux publics à Bastille ou au Palais Garnier : "je n'ai pas le sens de la pédagogie" dit-elle. Ce film, c'est une occasion de "parler de ce qu'elle aime" et de l'offrir comme une "bouteille à la mer" à qui voudra bien la récupérer sans qu'on sache vraiment qui le fera : "Vous ne trouvez pas que c'est bien ?" sourit-elle. C'est aussi cela internet : les rencontres fortuites au coin d'un lien hypertexte.

Amalric, Abd al Malik, Bonello, Baye...

Cela dit, la réalité des chiffres et du "trafic" reste importante. Sinon où est la visibilité ? Stéphane Lissner l'a bien compris et c'est la raison pour laquelle il a demandé en septembre dernier à Philippe Martin, le directeur et producteur des Films Pélléas de reprendre la direction artistique de "3e scène". Ce n'est pas un choix anodin pour le directeur de l'Opéra de Paris. Il veut de la véritable création cinématographique, moins de témoignages sur l'opéra, plus d'histoires autour de l'opéra. De fait, les films les plus récents et à venir sont signés : Mathieu Amalric, Bertrand Bonello, Fanny Ardant, Mikael Buch (qui fait jouer Nathalie Baye et Vincent Dedienne) et le rappeur Abd al Malik. Autant de personnalités dont le nom - connu - n'est pas accolé naturellement à l'opéra et qui lui permettent d'interpeller beaucoup plus largement., espère-t-il.

Un financement au trois quart privé

Tout cela a évidemment un coût. "Aujourd'hui trois quart de ce budget est financé par des mécènes privés" assure Stéphane Lissner. "Cela représente environ 450 000 euros à 500 000 euros pour un budget annuel autour de 700 000 euros. Il n'était pas question que l'Opéra financeseulcette opération parce que ce n'est pas sa vocation première de faire des films" explique-t-il. En moyenne, le budget alloué à un film tourne autour des 30 000 euros, pas question de dépenser trop mais il y a des partenariats qui peuvent se créer autour des productions. "Par exemple, pour le film de Bret Easton Ellis, Figaro, nous avons investit 30 000 ou 35 000 euros et l'écrivain américain, lui, en a mis plus du double ! On est rarement seul" conclut-il. Des télévisions commenceraient même à s'y intéresser, à vouloir les diffuser mais ce n'est pas d'actualité. L'adresse de la "3e scène" c'est operadeparis.fr, nulle part ailleurs.