L'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux condamnée à 3 ans de prison ferme

Reconnue coupable d'avoir détourné 2,3 millions d'euros des caisses de l'Opéra de Bordeaux, l'ex-régisseuse de la maison lyrique a été condamnée à 3 ans de prison ferme.

L'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux condamnée à 3 ans de prison ferme
Corinne Auguin, l'ex-régisseuse de l'Opéra de Bordeaux et son mari Philippe à leur arrivée au tribunal correctionnel de Bordeaux, © Maxppp /

L'Opéra de Bordeaux exprime sa " satisfaction que la sévérité de la peine soit à la mesure de la gravité des faits ". C'est ainsi que la maison lyrique réagit à la condamnation de son ancienne régisseuse à 5 ans de prison dont 3 ans ferme, reconnue coupable de détournement.

En 10 ans, Corinne Auguin, 54 ans, a méthodiquement prélevé des caisses de l'opéra 2,3 millions d'euros. Des sommes qu'elle et son mari, également condamné, affectaient à leur train de vie. Le tribunal correctionnel de Bordeaux, qui l'avait jugée début décembre pour détournements de biens d'un dépôt public et faux en écriture a rendu son verdict jeudi 7 janvier. Le tribunal a quasiment suivi les réquisitions, qui portaient sur cinq ans de prison dont quatre ferme.

Son époux Philippe, 55 ans, a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis, mais le tribunal a demandé un aménagement de peine compatible avec l'emploi du condamné. Les époux étant absents à l'énoncé du délibéré, le tribunal à d'abord délivré un mandat d'arrêt, avant que l'avocate de la défense ne parvienne à les contacter et à les faire venir au palais de justice. L'ex-régisseuse a été placée en détention à l'issue de l'audience.

Les époux ont été condamnés solidairement à verser 2,2 M EUR de dommages et intérêts à la Régie de l'opéra, partie civile, au titre du préjudice matériel, et l'ex-régisseuse à 5.000 euros, au titre du préjudice moral, à une collègue dont elle avait imité la signature. Le tribunal a aussi ordonné la confiscation de leur maison, construite et luxueusement équipée (piscine, spa) pendant les années de détournements de fonds.

Le tribunal a justifié la peine par " la gravité, l'importance de l'infraction, l'impossibilité de réparer le dommage causé, ainsi que la personnalité de la prévenue qui, en onze ans, n'a manifesté aucun remords ". Il a justifié le mandat de dépôt notamment pour " garantir la sécurité personnelle " de la condamnée, sous diverses médications dont des anxiolytiques. Et il a requis un " examen médical urgent ".

L'affaire de la régisseuse, dont l'ampleur avait secoué l'Opéra, véritable institution bordelaise, avait éclaté en avril 2012 après l'alerte lancée par deux collègues, tombés fortuitement sur un chèque suspicieux. L'enquête, puis les aveux progressifs, avaient mis au jour des détournements méthodiques, depuis 10 ans, mêlant chèques et liquides, via des reconstitutions de trésorerie, une comptabilité double dont la régisseuse tenait jalousement les rênes. D'autant moins soupçonnée qu'elle était elle-même intransigeante sur les frais et notes, un véritable " _chien de garde des dépense_s ".

Le procès n'a toutefois pas permis d'expliquer les motivations de l'accusée, hormis l'appât du gain, pas plus que l'improbable série de "défaillance de contrôles " au sein de l'Opéra, qui ont rendu possible ces détournements. La régisseuse avait même réussi à duper en 2010 un contrôle de la Cour régionale des Comptes. Des failles si étonnantes que la défense en fit presque un argument d'incitation au détournement.

L'avocate des époux Auguin a indiqué qu'elle consulterait ses clients sur un éventuel appel.

Avec AFP

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