Giacomo Puccini : 10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur le compositeur

Ses œuvres (Tosca, La Bohème, Madame Butterfly) sont immensément connues, mais sa vie et sa personnalité beaucoup moins. Voici 10 (petites) choses à savoir sur Giacomo Puccini.

Giacomo Puccini : 10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur le compositeur
Giacomo Puccini (22 décembre 1858 - 29 novembre 1924)., © Getty / Museo Villa Puccini / De Agostini

Prononcez le nom de Puccini et celui-ci évoque aussitôt trois des plus grandes œuvres du répertoire lyrique : La Bohème (1896), Tosca (1900) et Madame Butterfly (1904). Trois opéras immensément dramatiques, trois références pour qui s’intéresse à l’histoire du genre.

Que sait-on de leur compositeur ? Peu de choses, finalement… Et ce, peut-être, parce que son histoire se révèle (heureusement pour lui) bien plus calme que celles de ses personnages d’opéra. Mais elle ne manque pas pour autant de détails surprenants ou romanesques. 

En voici au moins 10, des (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l’homme qui arbora l’une des plus belles moustaches de l’histoire de la musique…  

Portrait photographique de Giacomo Puccini.
Portrait photographique de Giacomo Puccini. , © Getty / Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Un jeune chef de famille 

Giacomo Puccini naît le 22 décembre 1858 à Lucques (Toscane), digne héritier d’une lignée de musiciens. Son père, son grand-père et son arrière-grand-père étaient en effet d’importants compositeurs à l’échelle locale et très vite, la mère de Giacomo constate que son fiston fait preuve, lui aussi, d’évidentes dispositions pour la musique.

Le petit Puccini commence très tôt son activité musicale, en jouant notamment de l’orgue dans les églises. En 1864, Michele Puccini meurt prématurément et le petit Giacomo se retrouve ainsi dernier représentant de la lignée des Puccini musiciens, avec de nombreuses attentes familiales qui pèsent sur ses épaules… 

Piano et partitions exposés dans la maison natale de Puccini, à Lucques (Toscane, Italie).
Piano et partitions exposés dans la maison natale de Puccini, à Lucques (Toscane, Italie). , © Getty / DeAgostini

Un (poil) paresseux 

Sauf que le Giacomo Puccini (enfant) n’est pas du genre à se tuer à la tâche, bien au contraire… A l’école comme à l’Instituto musicale, il se montre même paresseux. Plus il grandit, plus il trouve d’ailleurs son compte dans les divers lieux de plaisirs que lui offre sa ville natale, Lucques. 

Paresseux mais pas moins brillant pour autant : depuis qu’il a entendu l’Aïda de Verdi en 1876 à Pise, Giacomo Puccini sait qu’il veut devenir compositeur. Quatre ans plus tard, il décroche une bourse et part étudier à Milan, au conservatoire. Là, il se trouve parmi les meilleurs élèves, mais son professeur Amilcare Ponchielli écrit néanmoins à son sujet : « J’en serais totalement satisfait s’il se montrait plus régulier dans l’effort. »  

Portrait de Giacomo Puccini, pris en 1892 à Milan.
Portrait de Giacomo Puccini, pris en 1892 à Milan. , © Getty / Fine Art Images/Heritage Images

Un Bohémien à Milan 

Non, l’étudiant Puccini ne se baladait pas dans les rues de Milan la chemise entrouverte et les cheveux en bataille. S’il est scapigliato (que l’on peut traduire par ébouriffé) c’est au sens figuré, intellectuel : il a en effet rejoint le mouvement de La Scapigliatura

La Scapigliatura italienne se veut l’équivalent de la Vie de Bohème à la française, du moins telle qu’elle est racontée et décrite dans le roman éponyme d’Henry Murger. Ses membres rejettent le conservatisme de la bourgeoisie et cherchent à renverser les codes de la création artistique.

Si les Scènes de la Vie de Bohème de Murger inspireront l’un des plus grands opéras de Puccini, La Scapigliatura, elle, permettra au compositeur de rencontrer quelques amis et soutiens, parmi lesquels le compositeur Arrigo Boito, qui lui permet en 1884 de créer son tout premier opéra (Le Villi, à Milan). 

Don Giacomo, le séducteur  

Toute sa vie durant, Giacomo Puccini multiplie les conquêtes. Et ce Don Juan toscan n’a pas attendu la gloire pour conquérir les coeurs : dans les années 1880, la vingtaine tout juste passée, il fait la connaissance d’une femme mariée et mère de deux enfants, Elvira, avec qui il s’enfuit bientôt .  

En 1884, tous deux s’installent loin de la ville et des commérages, à Torre del Lago. C’est là qu’ils passeront la plus grande partie de leur existence et patientent une petite dizaine d’années avant de pouvoir se marier (c’est-à-dire avant que ne meurt le premier époux d’Elvira). Leur vie conjugale, cependant, est loin d’être de tout repos : Madame est connue pour son fort tempérament, sa jalousie, quant à Monsieur, lui, ne peut pas s’empêcher de batifoler… 

Photographie d'Elvira Puccini à Torre Del Lago.
Photographie d'Elvira Puccini à Torre Del Lago., © Getty / De Agostini

La vie d'ermite

Torre del Lago, justement. Petit village toscan situé entre la mer Méditerranée et le lac de Massaciuccoli, c’est là que Giacomo Puccini choisit de poser (durablement) ses valises. Pourquoi un tel retrait de la vie urbaine ? On dit Puccini un peu orso (ours), mal à l’aise en bonne société, angoissé. Et puis il y a l’argument financier : avant le succès de Manon Lescaut en 1893, le compositeur doit faire face à une relative précarité. 

Quand bien même arrive la reconnaissance et la richesse avec Manon Lescaut (1893) puis La Bohème (1896), Tosca (1900) et Madame Butterfly (1904), Puccini n’abandonne pas pour autant sa vie d’ermite. A Torre del Lago, il peut composer sereinement et accueillir à bras ouverts (quand il le faut) les quelques journalistes venus découvrir son environnement. 

Puccini sur son bateau à moteur.
Puccini sur son bateau à moteur. , © Getty / Bettmann

Une résistance à toute épreuve 

« Vous verrez que j’ai raison » écrit Puccini en 1904 après la désastreuse première de Madame Butterfly. Sifflé, hué par les spectateurs de la Scala de Milan, l’opéra n’en est pas moins une fierté pour son compositeur, et il aura raison de parier sur son succès puisque l’oeuvre est aujourd’hui célébrée à travers le monde. 

Quatre ans auparavant, Tosca a été violemment critiqué par la presse romaine, et un peu plus tôt, La Bohème a lui aussi fait l’objet des plus durs jugements. Mais, à chaque fois, les oeuvres de Puccini finissent par trouver leur public, en Italie comme à l’étranger, et la pugnacité du compositeur paye, ses opéras faisant de lui le nouvel ambassadeur de la musique italienne, après Verdi.  

Puccini, côté obscur 

S’il arbore une allure fière et élégante, Puccini n’en est pas moins traversé par de profonds et douloureux questionnements. « J’ai tellement besoin d’un ami mais je n’en ai aucun. [...] Je suis le seul à me comprendre et cela me fait énormément souffrir », écrit-il ainsi à son librettiste Luigi Illica, en 1903. 

Malgré le succès grandissant et la reconnaissance internationale acquise grâce à ses opéras, le temps apporte aussi à Puccini son lot d’angoisses et de peurs. Aussi lorsqu’en 1921, un journal romain rapporte son décès par erreur (c’est en fait le poète Fucini qui vient de s’éteindre), le compositeur en ressort terrifié, d’autant plus hanté par la mort. 

Photographie de Giacomo Puccini en janvier 1924
Photographie de Giacomo Puccini en janvier 1924, © Getty / De Agostini

Pas un grand lecteur 

Manon Lescaut (1893) d’après le roman éponyme de l’abbé Prévost, La Bohème d’après l’oeuvre littéraire d’Henry Murger… Ces deux grandes références du répertoire lyrique pourraient laisser croire que leur compositeur était un fin connaisseur de littérature. 

Et pourtant Giacomo Puccini lit peu, voire pas du tout. Il se trouve souvent en panne d'inspiration, à la recherche de sujets. Ses idées lui viennent d’ailleurs plutôt de la scène, du spectacle vivant, comme en témoigne le reste de ses oeuvres : Tosca (1900), Madame Butterfly (1904), La Fanciulla del West (1910), Turandot (création posthume en 1926), toutes composées d’après des pièces de théâtre. 

Rosina Storchio, première interprète de Cio-Cio-San dans Madame Butterfly à La Scala de Milan, en février 1904.
Rosina Storchio, première interprète de Cio-Cio-San dans Madame Butterfly à La Scala de Milan, en février 1904., © Getty / De Agostini

Pas un mot sur la politique

Né en 1858, mort en 1924, Giacomo Puccini a traversé maintes crises politiques, à commencer par la fin de l’Unification italienne, l’avènement du Royaume d’Italie, jusqu’à la montée du fascisme et la marche sur Rome de Benito Mussolini. 

Mais au sujet des crises que traverse son pays, Puccini ne dit rien. Même la plus politique de ses oeuvres, Tosca - qui met en scène les abus de pouvoir de Scarpia, chef de la police - a vu son livret épuré et réduit à l’essentiel, à sa dimension la plus romantico-dramatique. Et si l’opéra critique bien la monarchie absolue, il répond surtout à un souci vériste, c'est-à-dire celui du réalisme, d’une juste (mais souvent cruelle) représentation de la réalité. 

Affaires personnelles de Puccini exposées dans sa maison de Torre del Lago, aujourd'hui transformée en musée.
Affaires personnelles de Puccini exposées dans sa maison de Torre del Lago, aujourd'hui transformée en musée. , © Getty / De Agostini

Turandot, os de volaille et maux de gorge

1920. Giacomo Puccini est célébré à travers le monde. Il a voyagé et pu entendre ses oeuvres acclamées à Paris, Londres, New York, Buenos Aires… Mais voilà qu’il peine à composer son prochain grand opéra, Turandot. « Je crains que Turandot ne soit jamais terminé », écrit-il dans une lettre à son éditeur Adami, une lettre tristement prémonitoire.

1922. En voyage en Allemagne, Puccini avale par mégarde un os de volaille. Une opération chirurgicale est nécessaire pour le lui retirer. Si l’anecdote paraît sans intérêt, elle est pour certains l'élément déclencheur du mal qui l’emportera, deux ans plus tard. 

1923. Puccini est en proie à une toux constante et douloureuse. Une première visite chez le médecin, puis une deuxième, une troisième… On finit par lui diagnostiquer un cancer de la gorge, et c’est auprès de grands spécialistes qu’il part se faire soigner à Bruxelles. Il y meurt quelques mois plus tard, le 29 Novembre 1924, son Turandot inachevé. 

Référence bibliographique :

MARNAT Marcel, Giacomo Puccini, Fayard, 2005.