Gerard Mortier regrette les occasions manquées

Dans une interview accordée au quotidien américain le « New York Times », le directeur de l’Opéra de Madrid, qui a annoncé être atteint d’un cancer en septembre 2013, revient sur sa carrière.

Gerard Mortier regrette les occasions manquées
Gérard Mortier

C’est un Gerard Mortier affaibli qui a accordé une grande interview au New York Times, publiée le 2 février dernier. Affaibli, et très amaigri par son traitement contre le cancer, le conseiller artistique du Teatro Real de Madrid revient sur sa carrière, et plus particulièrement sur ses démêlés avec le New York City Opera.

Gerard Mortier ne donne que très peu d’interviews, et s’il a accepté la demande du New York Times, c’est avant tout pour exprimer sa tristesse face à la fermeture, en septembre dernier, de l’institution new-yorkaise : « Je dois dire que je souffre énormément. Je pense que New York, ville si vaste, a besoin de deux compagnies ».

L’opéra Brokeback Mountain, composé par Charles Wuorinen d’après la nouvelle d’Annie Poulx, et dont la première a eu lieu jeudi dernier à Madrid, avait justement été commandé pour le City Opera en 2008. A cette époque, Gerard Mortier est encore directeur de l’Opéra national de Paris (son mandat ne prend fin qu’en 2009), mais a déjà été nommé, en 2007, à la tête du New York City Opera pour la saison 2009-2010. Il n’abandonna ce poste qu’en novembre 2008, évoquant un budget insuffisant (le conseil de la ville devait attribuer 60 millions de dollars, mais n’en offrit que 36).

Le regard porté sur le passé est chargé de regrets. Regret d’avoir voulu mené deux directions, celle de l’Opéra national de Paris et celle du New York City Opera, de plein front : « j’aurais pu annuler mon contrat à Paris », dit-il au journaliste. « Je crois sincèrement que si j’en avais eu la chance, même avec un déficit pendant la première saison, ça aurait marché. J’en suis encore convaincu ».

Convaincu, Gerard Mortier l’était au point d’insister pour que certains engagements du City Opera soient tenus, même après son départ : c’est le cas pour The Perfect American de Philip Glass, donné en 2011, mais il emporta avec lui à Madrid Brokeback Mountain.

Gérard Mortier (à gauche), lors de la présentation de Brokebak Mountain à Madrid
Gérard Mortier (à gauche), lors de la présentation de Brokebak Mountain à Madrid

Aujourd’hui, Gérard Mortier est passé à Madrid du statut de directeur musical à celui de conseiller artistique, après avoir critiqué le choix de son successeur. Son pronostic est incertain, confiant au New York Times : « C’est un très mauvais cancer, mais il a été décelé très tôt, par hasard » (pendant un test sanguin de routine). « Je vais commencer un nouveau traitement à Moscou. Je fais tout ce que je peux (…) ».

Lire l’interview réalisée par Anthony Tommasini pour le New York Times

Sur le même thème