Festival d'Aix : Comment les jeunes chanteurs apprennent les mouvements sur scène

Mis à jour le mercredi 06 juillet 2016 à 12h49

Dans sa programmation, le festival d’Aix-en-Provence propose trois Master class, cours en plein air destinés aux jeunes chanteurs de l’Académie auxquels le public peut assister. Nous avons suivi celle sur le « mouvement » qui apprend aux chanteurs à mouvoir leurs corps sur scène.

Festival d'Aix : Comment les jeunes chanteurs apprennent les mouvements sur scène
Les participants se tenaient sur la scène ou autour du public pour suivre les exercices de leur formatrice Leah Hausman (en noir) ©A.deLaleu/RadioFrance

« *Vous avez pu le constater hier avec Pelléas et Melisande, les chanteurs d’opéra sont des athlètes * ». C’est avec cette phrase que la chorégraphe et metteuse en scène Leah Hausman démarre sa leçon en plein air, sur le corps et la maîtrise du mouvement. En basket et survêtement, juchée sur une petite scène, elle donne un cours aux treize élèves de l’Académie du festival (1), pour les aider à préparer leur prochaine représentation.

Dans le public, une centaine de personnes sont venues observer et comprendre comment les artistes travaillent leurs rôles. Et cela commence par « libérer son corps » explique Leah Hausman. Vêtus de tenues de sport, les jeunes chanteurs se mettent à courir dans la cour ensoleillée de la résidence Mozart. Ils sautent, lèvent les bras, s’échauffent « pour faire battre le cœur, et être conscient d’eux-même ».

Les étapes d'énergie

L’échauffement terminé, et les joues déjà rougies, les artistes regagnent la scène pour travailler ce que la chorégraphe appelle la « tension dramatique ». Pendant une vingtaine de minutes, ils effectuent plusieurs exercices, laissent tomber leur tête brusquement avant de la relever doucement, ou maitrisent leur force à l’aide de bâtons. « Ces mouvements, commente Leah Hausman, permettent à l’artiste d’incarner physiquement l’intention vocale, et insufflent de l’énergie à l’interprétation ».

La leçon se poursuit avec les « sept étapes d’énergie », les sept états physiques que l’on retrouve dans chaque rôle à l’opéra. Leah Hausman demande aux élèves de jouer successivement, et uniquement avec leur corps, la mollesse, la neutralité,* l’excitation, *le secret, l’autorité, la tension puis la victoire. Les artistes sont impressionnants dans cette interprétation muette, ou seule s’exprime la gestuelle. Le public rit, applaudit, et le cours devient un véritable spectacle à part entière.

Créer le sentiment

« *C’est à partir du mouvement que l’on crée le sentiment * ». C’est ce que souhaite démontrer la chorégraphe tout au long de sa leçon, et qui se confirme lors des dernières minutes de la Master Class. Deux élèves sont invités à porter un masque aux traits grossiers et doivent imaginer la gestuelle de leur personnage. L’un choisit un dictateur, l’autre un homme timide, et le résultat est assez saisissant.

Le public a face à lui deux véritables acteurs, qui chantent également très bien, comme va nous le rappeler Leah Hausman. Elle demande à la soprano suédoise* Cornelia Beskow* d’interpréter « Ah, che mi dice mai * » extrait de *Don Giovanni, en variant les « étapes d’énergie ». Chacune d’entre elles offre une vision différente du personnage de Donna Elvira. Le public est ravi, tout comme la professeur, qui en une heure a réussi à prouver l’importance du langage du corps dans le métier de chanteur, mais surtout du jeu « car faire du théâtre c’est avant tout s’amuser ».

(1) : L’Académie du festival est un lieu de formation d’interprétation qui accueille, sur sélection, de jeunes chanteurs du monde entier. Ici il s’agissait des jeunes de la résidence Mozart, venus travailler le répertoire du compositeur pendant la durée du festival.

* Sur le même thème *