Disparition de Gerard Mortier : les réactions

Suite à la disparition du directeur d'opéras Gerard Mortier, le monde de l'art lyrique et de la culture salue unanimement un visionnaire sans concession. Florilège d'hommages.

Disparition de Gerard Mortier : les réactions
Gerard Mortier affaibli par la maladie lors d'une conférence de presse en octobre 2013. (© MaxPPP)

Au lendemain de la nouvelle de la mort de Gerard Mortier à l'âge de 70 ans, les réactions du monde de la culture ont été nombreuses. L'ancien directeur de l'Opéra de Paris est décédé dans la nuit de samedi à dimanche des suites d'un cancer du pancréas. Il a mené la carrière de patron d'opéra la plus brillante et tumultueuse de ces trentes dernières années, défendant sans relâche la modernité de l'art lyrique et sa dimension théâtrale.

Sur France Musique, plusieurs personnalités l'ayant cotoyé lui ont rendu hommage. Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski qui a régulièrement collaboré avec Mortier à l'Opéra de Paris. Il se souvient de l'importance que le gantois plaçait dans l'aspect théâtral des opéras.

Warlikowski Mortier photo
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Warlikowski Mortier

Stéphane Lissner, qui prendra la tête de la maison parisienne cet été, a également rendu hommage au "défenseur d'un art lyrique résolument inscrit dans le XXe puis dans le XXIe siècle " ayant "combattu les conservatismes, les routines et les traditions dans ce qu'elles ont de plus rétrograde ".

Lissner Mortier photo
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Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l'Opéra de Paris depuis 1995, quittera elle aussi ses fonctions en octobre 2014 pour céder sa place à Benjamin Millepied. Elle a cotoyé Gerard Mortier pendant son mandat de 2004 à 2009. Elle se rappelle de sa détermination.

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Pour le metteur en scène suisse Luc Bondy, Mortier était "un grand innovateur. Il n'était pas consensuel du tout, il avait une grande personnalité, mais en même temps il réfléchissait beaucoup à la cohérence de ses programmations ",a ajouté celui qui dirige depuis 2012 le Théâtre de l'Odéon, à Paris.

Né à Gand le 25 novembre 1943, fils de boulanger, éduqué chez les jésuites, Gerard Mortier a d'abord été conseiller (1979-1981) à la direction de l'Opéra de Paris. Pendant onze ans à la tête du Théâtre royal de la Monnaie (1981-1992), il replace la maison bruxelloise sur l'échiquier européen avec des metteurs en scène inventifs (Luc Bondy, Herbert Wernicke...). "Si notre maison occupe aujourd'hui une place de premier rang dans le paysage lyrique européen, c'est dans une large mesure grâce à lui ", a réagi dimanche le théâtre bruxellois, évoquant "la perte d'un ami irremplaçable ".

Les succès de Gerard Mortier n'échappent pas au Festival de Salzbourg, qui l'enrôle (1992-2001) à l'issue du long règne du maestro autrichien Herbert von Karajan. Il proclame la naissance d'un "Nouveau Salzbourg" en s'en prenant à l'influence des maisons de disques et aux conservatismes locaux avec des productions radicales. L'expérience ne fut pas toujours simple mais elle a été "la plus enrichissante " de sa vie.

Après un intermède durant lequel il lance en Allemagne la novatrice RuhrTriennale (2002-2004), le Gantois prend les rênes de l'Opéra de Paris, capitale où l'on doit, selon lui, "lutter pour ouvrir les esprits ". L'accueil est parfois houleux. Pour Iphigénie, un spectateur crie: "Mortier au bûcher !". "J'ai mes détracteurs, j'ai mes hooligans (...) mais j'ai aussi un public très fidèle, d'aficionados ", assure l'intéressé en quittant Paris en 2009.

Dimanche, le Teatro Real a mis en berne les drapeaux ornant sa façade et lui a dédié la représentation d'Alceste, de Gluck ce dimanche. La Monnaie à Bruxelles va de son côté lui dédier la nouvelle création de Philippe Boesmans Au monde et ouvrira mardi un registre de condoléances. Faisant part de sa "grande tristesse ", l'Opéra de Paris lui dédiera la reprise de Tristan et Isolde donnée à l'Opéra Bastille à partir du 8 avril.

Les hommages ont également afflué au niveau politique. Le président français François Hollande a salué la mémoire d'un "grand directeur d'opéra, habité par la conviction que cet art était résolument contemporain " tandis que le Premier ministre belge Elio Di Rupo a évoqué la perte d'une "personnalité visionnaire et généreuse ".

En Espagne, le roi Juan Carlos et son épouse Sofia ont envoyé un message commun de condoléances à la famille de Gerard Mortier, soulignant son "caractère innovateur " et sa "contribution au renouveau de l'opéra ", a indiqué la Maison royale. Les funérailles "seront organisées dans la plus stricte intimité, comme il le souhaitait ", a fait savoir le Teatro Real.

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