Disparition d’un révolutionnaire de l’opéra, Gerard Mortier est mort

L’ancien directeur de l’Opéra de Paris est mort à l’âge de 70 ans des suites d’un cancer. En trente ans de carrière, il a révolutionné l'opéra en y apportant sa vision avant-gardiste et anti-conformiste.

Disparition d’un révolutionnaire de l’opéra, Gerard Mortier est mort
Gérard Mortier ne quitte pas le teatro real

Le monde de l’opéra vient de perdre l’une de ses personnalités les plus marquantes et innovatrices. Gerard Mortier est mort dans la nuit de samedi à dimanche d’un cancer foudroyant du pancréas déclaré il y a quelques mois. Directeur de l’Opéra de Paris de 2004 à 2009, il était à la tête du Teatro Real de Madrid jusqu'en septembre 2013 et devait pousuivre en tant que conseiller artistique jusqu’en 2016. Très affecté par la maladie, il avait reçu il y a une semaine le Mortier Award, une récompense créée en hommage à son action et qui met en valeur les professionnels de l'opéra pour leur prise de risque et leur innovation.

Passé par les plus grandes places d'Europe - le Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles (1981-1992), le Festival de Salzbourg (1992-2001) mais aussi l'Opéra de Paris jusqu'en 2009 avant de rejoindre le Teatro Real de Madrid - cette sommité a mené la carrière de patron d'opéra la plus brillante et tumultueuse de ces trois dernières décennies, défendant sans relâche la modernité de l'art lyrique et sa dimension théâtrale.

Dans un communiqué, l'Opéra de Paris fait part de sa "grande tristesse" en rappelant qu'il avait initié de nombreuses collaborations avec des metteurs en scène tels que Michael Haneke, Peter Sellars, Krzysztof Warlikowski ou encore Christoph Marthaler. Il avait également travaillé avec le plasticien Bill Viola pour la mise en scène de Tristan et Isolde, qui est d'ailleurs reprise à partir du 8 avril à Bastille et qui lui sera dédiée annonce l'Opéra de Paris.

Ce fils de boulanger, né à Gand le 25 novembre 1943, était un dirigeant brillant et à l'égo surdimensionné volontiers tourné vers des metteurs en scène avant-gardistes, ce qui lui a parfois valu des critiques, notamment à Paris. Connu pour sa franchise et son audace artistique, Mortier a remporté de grands succès à Madrid avec des opéras comme Cosi fan Tutte de Mozart, mis en scène début 2013 par le réalisateur autrichien Michael Haneke, ou A perfect American de l'Américain Philip Glass.

Visiblement affaibli, il avait tenu à être présent à la présentation de l'opéra Brokeback Mountain le 27 janvier dernier à Madrid, qu'il avait commandé en 2008 au compositeur américain Charles Wuorinen. Il avait à cette occasion revendiqué une "programmation politique ".
Le président du festival de Cannes Gilles Jacob a salué sur Twitter la mémoire d'un "grand directeur d'opéra anticonformiste et novateur ".
Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a de son côté fait part sur les réseaux sociaux de sa "tristesse après un tel parcours " en présentant ses "condoléances à ses proches ".

Lors d'une de ses dernières interview accordée au quotidien la Libre Belgique, Mortier avait expliqué sa vision de l'art dans la société. " Qualifier les artistes d’élitistes, c’est un sophisme. La tâche des hommes politiques devrait être de rapprocher le peuple des artistes, mais les populistes ne veulent pas le faire car ils préfèrent garder le peuple sous leur seule emprise. Ils ont d’autres projets que le bonheur du peuple. "

" Mon rôle est d’essayer de semer le doute dans les esprits ", avait conclu Gerard Mortier. Un rôle qui manquera au monde du spectacle vivant.

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