Dimitrij, l’opéra méconnu de Dvorák renaît aux Etat-Unis

Un rare opéra de Dvorák a été remis au goût du jour dans le nord de New York grâce à un musicologue et président d’université passionné par les œuvres oubliées.

Dimitrij, l’opéra méconnu de Dvorák renaît aux Etat-Unis
Leon Botstein musicologue et chef d'orchestre a redonné vie à un opéra méconnu de Dvorák , © Getty / Hiroyuki Ito

Lors de sa première à Prague, en 1882, le succès de Dimitrij avait consacré Dvorák. Mais le compositeur l'avait ensuite drastiquement modifié et, plus d'un siècle plus tard, cet opéra n'est presque jamais joué en dehors de sa République tchèque natale.

L'opéra a été joué pour la première fois aux Etats-Unis vendredi 29 juillet, au Bard College, au nord de New York, dont le président Leon Botstein est un chef d'orchestre qui défend les oeuvres méconnues. Il a été intrigué par la musique, faite d'harmonies finement développées, caractéristiques de Dvorák, avec une forte influence de l'opéra italien. « Le tout forme un travail étonnant, captivant. On pourrait même dire pertinent. Pourquoi donc cette (oeuvre) est-elle restée dans l'obscurité? », s'interroge Leon Botstein, dans un entretien à l'AFP.

Le musicologue de 70 ans critique volontiers les salles d'opéras, en particulier américaines, qu'il considère trop attachées à des oeuvres déjà très connues et trop soucieuses d'avoir des chanteurs de renom. Tout en soutenant les nouvelles créations, Leon Botstein est frappé par le nombre de pièces moins connues, par des compositeurs anciens, qui tombent dans l'oubli. La musique, dit-il, est devenue « une sorte de sport olympique passif »« les seules personnes dont nous nous souvenons sont les médaillés d'or et les médaillés d'or se souviennent seulement d'une victoire ».

Une intrigue très actuelle

Outre sa volonté de mettre au goût du jour des opéras oubliés, Leon Botstein a aussi été touché par l’histoire de Dimitrij. L’intrigue se situe en Russie, au début du XVIIe siècle, une période troublée de guerres et de famines, alors que le pays traverse un vide du pouvoir, avant l'arrivée des Romanov, qui deviendront la dernière dynastie monarchique russe.

Dans la scène d'ouverture, le personnage principal marche sur Moscou avec son armée polonaise et déclenche une bataille pour le contrôle de la Russie. Avec ses intrigues russes et son questionnement sur la légitimité du pouvoir, Dimitrij offre un parallèle évident avec les Etats-Unis de 2017, où la présidence de Donald Trump est secouée par les accusations de liens avec la Russie et les questions sur la crédibilité politique du milliardaire.

En réalité, l'opéra en dit sans doute davantage sur la Russie elle-même. La mise en scène du Bard College a partiellement situé Dimitrij à la fin des années 1980 et au début des années 1990, une autre période de troubles, entre la chute de l'Union soviétique et l'ascension de Vladimir Poutine.

Avec AFP