Décès de Luc Bondy, metteur en scène et directeur du théâtre de l'Odéon

Le grand metteur en scène Luc Bondy, directeur du théâtre de l'Odéon à Paris, est décédé à l'âge de 67 ans des suites d'une longue maladie.

Décès de Luc Bondy, metteur en scène et directeur du théâtre de l'Odéon
Luc Bondy, le 9 novembre 2013 à Vienne, Autriche © MaxPPP

France Musique rend hommage au grand metteur en scène :
Le Grand journal de l'opéra, dimanche 29 à 17h, interview avec la soprano Mireille Delunsch
Le dossier du jour de la matinale , lundi 30 à partir de 7h

Le metteur en scène Luc Bondy, habitué des plus grandes scènes européennes et directeur d'un des plus prestigieux théâtres français, le Théâtre de l'Odéon, est décédé samedi à Paris à l'âge de 67 ans, après avoir été confronté toute sa vie à la maladie. Luc Bondy était un pur produit de la Mitteleuropa dont il avait le raffinement et l'éclectisme.

​Né en 1948 à Zurich, fils d'intellectuels juifs d'origine allemande et austro-hongroise, élevé en Suisse et en France, il a débuté sa carrière en Allemagne, a dirigé la célèbre Schaubühne de Berlin et le Festival de Vienne pendant douze ans, avant de revenir à Paris il y a trois ans prendre la direction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe. Ce petit homme au regard vif ne se promenait jamais sans un livre, en français ou plus souvent encore en allemand. Parfait bilingue, il avouait ne plus savoir dans quelle langue il rêvait.

En 45 ans, Luc Bondy aura mis en scène plus de 60 pièces et 16 opéras sur toutes les grandes scènes d'Europe, adaptant aussi bien Gombrowicz, Botho Strauss, Shakespeare, Schnitzler et Tchekhov que Molière, Marivaux dont il se disait "addict" et l'auteure contemporaine Yasmina Reza.

Parmi ses mises en scène d’opéras en voici celles qui ont le plus marqué : Wozzeck de Bergen 1976 à Hambourg, Così fan tutte de Mozart à Bruxelles en 1986, Salomé de Straussà Salzbourg, Florence, Londres et Paris en 1992, Don Carlos de Verdi à Paris au Théâtre du Châtelet en 1996, Macbeth de Verdi à Edimbourg et à Vienne, Le Conte d’hiver de Philippe Boesmans à Bruxelles, Lyon et Paris, Le Tour d’écrou de Britten au Festival d’Aix-en-Provence en 2001, Hercules de Haendel au Festival d’Aix-en-Provence et à l’Opéra national de Paris en 2004 et Julie de Philippe Boesmans (création mondiale) à La Monnaie de Bruxelles et au Festival d’Aix-en- Provence en 2005.

Sur Twitter, la ministre de la Culture Fleur Pellerin s'est dite "bouleversée " de sa disparition, saluant "une intelligence acérée de la dramaturgie et de la scène ". Pour François Hollande, Luc Bondy "a incarné, par son histoire personnelle et son travail exceptionnel, l'Europe de la culture ". L'ex-ministre Jack Lang évoque un "merveilleux directeur d'acteurs (...) riche d'une érudition rare. "

"Je pensais Luc immortel ", a confié à l'AFP le scénographe Richard Peduzzi, auteur des décors de son Tartuffe créé à Vienne et remonté à Paris l'an dernier. "Je l'ai toujours connu avec des ennuis de santé ".

Répétitions depuis son lit

A 25 ans, un premier cancer le frappe. Il en aura plusieurs. Les ennuis de santé ponctueront toute sa vie: en 2009, il dirigera depuis un lit sur scène des répétitions à l'Opéra de Paris. "J'ai toujours fait comme si de rien n'était, j'ai vécu, je me suis amusé ", confiait-il.

Il parcourt à ses débuts l'Allemagne en montant Genet, Ionesco, Goethe, Fassbinder lui confie Liberté à Brême (1972) et la renommée internationale arrive en 1973, avec La mer d'Edward Bond à Munich. De 1974 à 1976, il travaille à Francfort puis Peter Stein l'appelle à la Schaubühne. Il commence alors à conjuguer théâtre et opéra, avec Lulu de Berg (1977) à Hambourg. Au total, il mettra en scène seize opéras, de Monteverdi à Benjamin Britten en passant par Verdi et surtout Mozart.

Luc Bondy renoue avec la France en 1984 grâce à Patrice Chéreau qui dirige alors le Théâtre des Amandiers de Nanterre: il y monte Terre étrangère d'Arthur Schnitzler, dont il tirera en 1988 l'un de ses trois films. En 2000 à Vienne, il monte Trois vies de Yasmina Reza, auteure qu'il retrouvera régulièrement. Puis prend en 2001 la direction du prestigieux Festival de Vienne qu'il gardera douze ans.

En 2012, il est nommé à la tête du Théâtre de l'Odéon, après une vive polémique liée à la non-reconduction de son prédécesseur Olivier Py, qui prendra dans la foulée la direction du Festival d'Avignon. Deux ans après sa nomination, il reconnaissait "prendre beaucoup de plaisir " à la direction de L'Odéon. Non content d'inviter les plus grands metteurs en scène européens (Ivo van Hove, Romeo Castellucci, Thomas Ostermeier, Peter Stein ...), il fait entrer à l'Odéon la jeune génération française, Jean Bellorini, Julien Gosselin, Thomas Jolly.

Ses propres mises en scène à l'Odéon sont des succès : Les fausses confidences avec Isabelle Huppert et Louis Garrel, Tartuffe avec Micha Lescot, également à l'affiche d'Ivanov avec Marina Hands.

Luc Bondy, lui-même marié à la comédienne Marie-Louise Bischofberger et père de deux jumeaux, était très aimé des acteurs, qu'il accompagnait avec finesse et chaleur. Il avait réussi à constituer autour de lui une petite "famille" de comédiens fidèles. Comme Micha Lescot qui disait de lui : "quoi qu'il me propose, j'ai envie d'y aller ".

Avec AFP

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