Comment se former au métier du costume ?

Parmi les petites mains qui s’affairent dans l’ombre pour qu’un opéra ou un ballet soit réussi, les costumiers ou costumières font un métier essentiel mais exigeant et très technique.

Comment se former au métier du costume ?
Dans l'atelier flou de l'Opéra de Paris, © C. Pele

Dans les dédales des coulisses du Palais Garnier, des costumes de toutes les formes et de toutes les couleurs sont accrochés un peu partout le long d’un couloir. On approche de l’atelier flou, une grande salle où opèrent les costumiers et costumières. Anne-Marie Legrand gère cette équipe, composée d’une dizaine de personnes, tout en participant pleinement aux activités liées au costume : « Mon métier c’est de faire les modèles à partir des dessins d’un décorateur. Je fais la mise en volume. Une fois que c’est fait, le décorateur valide (ou pas). Je transforme ce modèle en patrons papiers, qui vont ensuite partir dans l'atelier pour la coupe. Les tissus coupés sont répartis chez les costumières pour monter le costume et le préparer aux premiers essayages. »

Après toutes ces étapes, le costume va faire des allers et retours dans l’atelier pour différents réglages ou retouches, jusqu’à complète finition. Parmi les petites mains sous la responsabilité d’Anne-Marie Legrand, celles de Tulio Morais s’affairent sur une jupe pour l’école de danse. Le Brésilien travaille dans l’atelier depuis septembre, il est membre de l’Académie de l’Opéra de Paris, une formation qui lui permet d’apprendre ce métier très concrètement : « On me confie à chaque production une partie du costume. Je le reçois coupé, et je dois tout monter [coudre ndlr] jusqu’à la finition ».

Tulio Morais sur la production de La Chauve-Souris de Johann Strauss
Tulio Morais sur la production de La Chauve-Souris de Johann Strauss, © Elizabeth Carecchio

Un métier autant en atelier qu'en scène

Pour qu’on puisse dire qu’un costume est fini, Tulio Morais doit donc participer aux premières répétitions en costume afin de voir quels réglages il peut encore faire :  « Jusqu’à la première, les costumes continuent de revenir vers nous car sur scène, c’est la première fois que la costumière ou le metteur en scène voit l’ensemble. Il peut encore y avoir des changements et on doit s’adapter ».

Anne-Marie Legrand confirme : « Pour la danse par exemple, quand les ballerines se retrouvent en scène avec la musique, la chorégraphie, il faut s’assurer de leur ressenti : est-ce qu’elles sont bien dans leur costume ? On va aussi en salle pour observer le rendu visuel : vu de loin, est-ce que tout est bon ? Qu’est-ce qu’on peut encore affiner ? » 

L’académicien a travaillé récemment sur une production de l’opéra La Chauve-Souris de Johann Strauss, une expérience qui lui a permis d’apprendre sur les spécificités du costume adapté aux chanteurs et chanteuses : « Il faut qu'ils soient confortables pour chanter donc s'il y a des décorations comme dans La Chauve-Souris où il y avait des éléments brodés sur les épaules assez lourds et considérables, il faut réfléchir sur les structures pour que ça tienne sans que ça bloque la respiration ». 

Les costumes historiques : formation complète

Autant de détails auxquels il faut penser au-delà de l’aspect purement technique d’une création de costume. Mais les premières étapes, du patronnage à l’assemblage s’apprennent tout autant. A Paris, une formation de 6 mois proposée par le GRETA, permet aux adultes intéressés de réaliser un costume d’époque de toute pièce. 

Une salle leur est réservée dans le XIe arrondissement de Paris, au sein du lycée polyvalent Paul Poiret, spécialisé dans la mode. Dans Patricia Leroy Lacassagne, costumière et formatrice, accompagne ce jour-là une stagiaire sur la création d’un corset : « On a fait le choix d'un patron de structure historique qu'on est en train d'adapter et de préparer sur une silhouette ». La silhouette en question est un modèle vivant pour que les stagiaires ne perdent pas de temps à prêter leurs propres silhouettes aux camarades comme ce qui était fait auparavant. 

Cette formation permet une approche très spécifique du métier de costumier : celle historique. « On a des personnes qui font déjà ce métier mais se retrouvent un peu au pied du mur quand on leur demande de réaliser quelque chose à partir de modèles historiques », témoigne Patricia Leroy Lacassagne. Cette année, les stagiaires avaient le choix entre deux costumes d’époque : une robe du XVIe et une du XIXe siècle. « Elles choisissent les patrons, font le moulage de la toile avec des matières peu coûteuses pour permettre de se projeter de manière imaginaire sur les volumes. Et enfin, elles vont couper dans les matériaux définitifs, les préparer à l’essayage, cousent, et terminent avec les finitions avant livraison du costume devant un jury », poursuit la formatrice. 

Un vaste programme où toutes les étapes du métier sont abordées, jusqu’à travailler sur la dramaturgie du personnage pour faire les bons choix de tissus, par exemple, en fonction de ce que le costume peut dire de la classe sociale de la personne qui porte le costume ou sur ses intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises !