Comment aimer Wagner en 5 étapes ?

Richard Wagner est sans doute le compositeur le plus adulé et détesté qui n’ait jamais existé. Cette haine/amour concerne aussi sa musique, souvent crainte par une majorité de mélomanes, ou néophytes.

Comment aimer Wagner en 5 étapes ?
Le compositeur allemand Richard Wagner en 1868, © Getty / Mondadori Portfolio

Pourquoi tant de haine ? Richard Wagner est un personnage controversé dans l’histoire de la musique, par ses prises de position, son caractère, mais aussi par sa musique. Tantôt adorée, tantôt détestée, l’oeuvre du compositeur allemand n’est pas la plus simple à approcher. Tentons, en cinq étapes, d’approcher le mythe wagnérien et convertir les plus frileux. 

Étape n°1 : Ne pas commencer avec des oeuvres trop longues

Inutile de se farcir des heures de Wagner pour apprécier sa musique. A l’inverse, se risquer à aller voir un de ces chefs d’oeuvre lyriques comme la Tétralogie comme première approche pourrait produire un effet inverse et vous vacciner à vie du compositeur allemand. 

Même si ses opéras sont les œuvres les plus emblématiques de l’univers wagnérien, il ne faut surtout pas passer à côté de ses œuvres plus intimes, moins grandioses. Parmi ces pièces, les Lieder sont un bon moyen de se familiariser avec Wagner. Prenez votre chanteur ou chanteuse de cœur et écoutez-le (ou la) vous interpréter un Lied du compositeur allemand. Une voix familière vous aidera plus facilement à vous plonger dans cet univers qui ne vous dit rien. Et si vraiment ce n’est pas efficace, lisez les textes des Lieder avant d’écouter. Parfois les mots sont plus forts que la musique et nous transportent, comme ces lignes écrites par Mathilde Wesendonck et mises en musique par Wagner :

Dis, quels rêves merveilleux   
Tiennent mon âme prisonnière,   
Sans disparaître comme l’écume de la mer   
Dans un néant désolé ? 

Rêves, qui à chaque heure,   
Chaque jour, fleurissent plus beaux   
Et qui avec leur annonce du ciel,   
Traversent l’air heureux mon esprit ? 

Rêves, qui comme des rayons de gloire,   
Pénètrent l’âme,   
Pour y laisser une image éternelle :   
Oubli de tout, souvenir d’un seul. 

Rêves, qui comme le soleil du printemps   
Baise les fleurs qui sortent de la neige,   
Pour qu’avec un ravissement inimaginable   
Le nouveau jour puisse les accueillir, 

Pour qu’elles croissent et fleurissent,   
Répandent leur parfum, dans un rêve,   
Doucement se fanent sur ton sein,   
Puis s’enfoncent dans la tombe.

Étape n°2 : Écouter des extraits de ses opéras 

Franchir la porte d’une maison d’opéra est une étape. Franchir la porte d’une maison d’opéra pour écouter trois heures de Wagner en est une autre. Même si cela peut être un déclic, autant ne pas prendre de risque et écouter avant de se lancer. 

Commençons par le commencement : les préludes et ouvertures de Wagner. Jusqu’à Tannhaüser, Wagner compose des ouvertures d’opéra, dans la continuité de ses prédécesseurs. Le premier prélude wagnérien se trouve dans Tristan et Isolde. Le compositeur allemand souhaitait plus de liant entre le début de son oeuvre et le premier acte. Il expose donc les thèmes principaux, les Leitmotiv (mélodies associées aux personnages) et compose un prélude avant chaque acte. 

Ces courtes introductions permettent d’appréhender les couleurs de l’oeuvre, l’atmosphère de l’opéra et sont très accessibles comme le superbe prélude de Lohengrin :

Étape n°3 : Faire confiance aux passionnés

On les appelle les Wagnériens. Ils sont nombreux et donneraient cher pour aller voir sur scène les plus grandes oeuvres de leur compositeur fétiche. Passionnés, ils sont prêts à tout pour convaincre les plus hésitants. Si on ne les croise pas au coin de la rue, ils se manifestent librement, sur le web par exemple (réseaux sociaux, blogs…) ou de manière plus académique. 

Souvent, c’est un « choc wagnérien qui se produit » comme peuvent témoigner ces festivaliers en 1961 dans cette archive de l’Ina (à partir de 3’45) :

Livres, émissions, vidéos… De nombreux supports peuvent aussi aider à entrer dans l’oeuvre de Wagner comme la série Musicopolis de France Musique qui se ponge dans la vie de Richard Wagner à Bayreuth en 1876.

Étape n°4 : Passer par d’autres musiques

Plus en douceur, l’initiation par d’autres musiques peut s’avérer efficace pour approcher le mythe wagnérien. Son contemporain, Anton Bruckner, s’est inspiré de Wagner pour la composition de ses symphonies. Sa troisième lui est dédiée et sa première a été composée juste après sa découverte de Tannhäuser

Contemporain aussi, mais de presque 50 ans son cadet, Gustav Mahler s’est aussi beaucoup laissé influencer par Richard Wagner dont il admirait l’oeuvre. Comme pour Bruckner, l’accès le plus évident passe par l’écoute de ses symphonies où l’on retrouve les silences, la profondeur et la puissance wagnérienne. 

Étape n°5 : Distinguer l’homme de sa musique

La dernière étape mais pas des moindres... Antisémite, anarchiste, révolutionnaire, compositeur préféré d'Adolf Hitler, le portrait de Richard Wagner n’est pas tout rose. Faut-il alors dissocier l’homme de l’artiste ? Le débat, quasi philosophique, a été mené de nombreuses années et n’est toujours pas tranché. Sa musique, par exemple, est toujours boycottée en Israël. Mais parmi les étapes pour se convertir au wagnérisme, surpasser l’image du personnage permet de se concentrer sur l’essentiel, à savoir son oeuvre. 

De plus, il faut rappeler que le cas Wagner n’est pas isolé. S’il ne fallait diffuser que de la musique composée par des compositeurs irréprochables, le catalogue risque d’être bien pauvre. Distinguer l’oeuvre de l’artiste ne veut cependant pas oublier, pardonner ou occulter : les écrits de Wagner restent condamnables. 

Passer outre le mépris voire le dégoût que l'on peut avoir pour le personnage c'est ouvrir une porte infinie d'histoires, de sons, de légendes, de voix, de musiques, sans jamais la refermer.