Nouveau cap pour le festival des Chorégies d’Orange

Le plus ancien festival d’art lyrique de France, les Chorégies d’Orange, fête cette année son 150e anniversaire avec une programmation qui mise davantage sur de nouveaux rendez-vous, plus éloignées des grands classiques du répertoire.

Nouveau cap pour le festival des Chorégies d’Orange
La Traviata/ Chorégies Orange 2016, © Getty / Jean-Marc ZAORSKI

Après de sérieuses difficultés financières, les Chorégies d’Orange reviennent cet été plus sereinement, grâce notamment au soutien des collectivités (Région Paca, conseil départemental du Vaucluse et mairie d'Orange) qui se sont constituées en Société Publique Locale l’année dernière pour maintenir ce grand rendez-vous annuel autour de l’art lyrique.

Depuis 1971, les Chorégies d’Orange sont consacrées à l’art lyrique exclusivement ; programmant chaque année deux opéras et deux concerts. Avant cette date, on pouvait y voir du théâtre ou encore de la danse. L’arrivée de Jean-Louis Grinda à la tête du festival en 2017, a marqué un tournant dans la programmation. L’art lyrique y a toujours sa place, mais exit les grands classiques et place à des nouveautés comme le Guillaume Tell de Rossini qui n’y avait jamais été donné, et un Don Giovanni de Mozart, opéra présenté une unique fois aux Chorégies, en 1996. 

L’an passé déjà, on comptait deux productions jamais données dans le théâtre antique : Mefistofele d’Arrigo Boito et Le Barbier de Séville de Rossini. De quoi faire renouveler un peu le répertoire qui compte depuis 1968, cinq Rigoletto, neuf Aïda, six Nabucco ou encore six Carmen… 

Changement de tonalité

Pourquoi ce changement de tonalité ? Cyril Barthalois, administrateur du festival justifie ce nouveau cap : « Il y a différents enjeux : le renouvellement des publics qui est évident, avec la volonté d'attirer le nouveau public dans les festivals. Mais aussi l'affirmation d'une histoire, car le théâtre et la danse ont fait partie du passé des Chorégies et leur retour n'est que le reflet de pratiques et disciplines existantes auparavant. Et c'est aussi l'affirmation de la diversité de la création artistique française, les Chorégies sont un lieu de création. »

Le grand événement de cette année n’est pas lyrique (les deux productions d'opéra ne sont d'ailleurs pas captées), mais symphonique, avec la 8e symphonie de Mahler, dite Symphonie des Mille. Une soirée qui va rassembler un nombre colossal d’interprètes avec, pour la première fois dans l’histoire la réunion des deux orchestres de Radio France, de la maîtrise et du chœur de Radio France, ainsi que le chœur philharmonique de Munich. Cet ensemble se produira sous la baguette du chef finlandais Jukka-Pekka Saraste qui n’a encore jamais dirigé aux Chorégies mais se dit « impatient et excité » d’aller tester cette acoustique « originale et naturelle »

Et l'art lyrique dans tout ça ? 

Pour ne pas totalement mettre de côté l’art lyrique, il y aura une Nuit espagnole avec le ténor super star Placido Domingo, un gala avec Anna Netrebko et Yusif Eyvazov ainsi que deux autres récitals. Sans oublier l’émission Musiques en fête, devenue un incontournable pour France Télévisions : « On pensait n’en avoir qu'une et finalement, vu le succès de l'émission, on continue tous les ans ! », lance Pascale Dopouridis, directrice déléguée du pôle musique et danse de France Télévisions. 

Un enjeu pour la télévision, mais aussi pour les artistes qui vivent le temps d’une soirée un exercice particulier : « Il faut qu'ils soient très en forme sachant que les extraits des œuvres sont relativement courts. Pour eux, c’est un challenge, mais il y a une relation qui se construit avec le spectateur dans le théâtre qui est unique. D'ailleurs, souvent dans Musiques en fête, les gens reconnaissent les airs et chantent avec les artistes. Ce sont des codes nouveaux et très différents des théâtres où l’on n'applaudit pas et l’on essaye de se retenir jusqu'à la fin », poursuit la directrice. 

Enfin, plus audacieux encore, le DJ Jeff Mills, accompagné par l’Orchestre Régional Avignon-Provence, va donner un concert dans le théâtre antique. Autant de nouveautés assumées par le nouveau directeur Jean-Louis Grinda qui voulait marquer le coup de ces 150 ans avec « une programmation un petit peu atypique » selon les mots de Pascale Dopouridis. A voir si, sur le long terme, ce nouveau cap maintient en vie le festival car les Chorégies d'Orange sont autofinancées à hauteur de 80%, un modèle unique en France pour la musique classique.