Cher, l’opéra ?

L’opéra a longtemps eu la réputation d’être financièrement peu accessible, et donc moins populaire que le sport ou les autres genres musicaux. L’idée est activement combattue par de nombreuses maisons, mais où en est-on aujourd’hui ?

Cher, l’opéra ?
Le grand escalier du Palais Garnier (©Corbis)

“Tout le monde ne peut pas aller à l’opéra” la déclaration ne date pas d’hier, tantôt brandie pour dénoncer un art jugé élitiste, tantôt déconstruite pour prouver, au contraire, l’accessibilité de l’art lyrique. Récemment, un blog britannique a ravivé la question en comparant le prix des billets des productions lyriques avec les autres manifestations culturelles et sportives en Angleterre. Le résultat semble sans appel : l’opéra est (de loin) moins onéreux.

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Preuve à l’appui, il est possible d’écouter les Maîtres chanteurs de Nuremberg au festival de Glyndebourne en mai 2016 pour seulement 13 livres sterling (17,50 euros) alors qu’assister à la finale de la Coupe du monde de rugby coûtera au bas mot 150 livres sterling (204 euros). Du Grand prix de F1 au tournoi de Wimbledon, en passant par les comédies musicales et les concerts de Madonna, on compte plus d’une vingtaine d’évènements pour lesquels les premiers prix sont plus élevés qu’à l’opéra. Certes, si l’on renverse ce classement pour s’intéresser aux prix les plus élevés, les maisons d’opéras remontent nettement dans le classement, mais les prix les plus élevés (408 euros pour les mêmes Maîtres Chanteurs, 340 euros pour Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Royal Opera House) le sont moins que ceux de cette même finale de la Coupe du monde de rugby (974 euros) ou du Grand prix de Grande-Bretagne en F1 (557 euros). Et l’auteur de conclure que si ces manifestations sportives ne sont pas jugées “onéreuses ”, l’opéra n’a guère plus de raison de l’être. Conclusion rapidement portée par les mélomanes :

Et en France ?

En France, comme en Grande-Bretagne, les évènements sportifs “exceptionnels” sont plus onéreux : à la finale de la Coupe du monde de rugby répond la finale de l’Euro 2016 de football, et ses places de 85 à 895 euros. On trouve aussi quelques concerts de “stars” dont les prix n’ont clairement rien à envier à l’opéra : le portefeuille du fan d’Elton John s’allègera de 100 à 249 euros pour le voir à l’Olympia, et les billets peuvent atteindre 194 euros pour Madonna, 199 euros pour Paul Anka, et même 353 euros pour Manu Katche.

Pourtant, si l’on s’attarde sur les manifestations dont les prix dépassent les 150 euros, on remarque que les représentations d’art lyrique dominent. On remarque aussi, et surtout, l’absence des maisons d’art lyrique régionales : à l’exception de Bordeaux, qui propose des places à 105 euros en première catégorie, pas un seul opéra de région (Lyon, Lille, Opéra du Rhin, Marseille, etc.) ne dépasse la barre des 100 euros en première catégorie. Certains reposent même, comme l'Opéra de Dijon, sur des gammes de prix essentiellement à moins de 60 euros.

Tableau des manifestations culturelles et sportives proposant des places à plus de 150 euros en première catégorie
Tableau des manifestations culturelles et sportives proposant des places à plus de 150 euros en première catégorie

Plus justement, deux maisons franciliennes et deux festivals dominent le tableau : l’Opéra national de Paris et l’Opéra royal de Versailles d’une part, et le Festival d’Aix-en-Provence et les Chorégies d’Orange d’autre part. Certes, la plupart de ces institutions affichent leur accessibilité, avec des premiers prix de 5 euros pour l’Opéra national de Paris à 15 euros pour le Festival d’Aix-en-Provence. La maison parisienne propose aussi des représentations à 10 euros, réservées aux jeunes de moins de 28 ans. Mais les places aux catégories les plus accessibles financièrement pour tous sont minoritaires, comme en témoigne le plan de salle de Bastille : les places à moins de 70 euros (en haut) sont largement moins nombreuses que les places à plus de 150 euros (en bas). Un constat partagé dans la plupart des salles.

Plans de Bastille : en haut, les catégories 6, 7, et 8. En bas, les catégories Optima, 1, et 2
Plans de Bastille : en haut, les catégories 6, 7, et 8. En bas, les catégories Optima, 1, et 2

A opposer le prix des manifestations culturelles et sportives pour prouver l'accessibilité de l’opéra, on se heurte à un obstacle : l’absence de dénominateur commun. L’art lyrique n'a pas, ou plus, l’image du sésame inaccessible, et le prix d’accès aux stades de football fait aujourd'hui plus polémique, surtout en Angleterre.

En sport comme dans n’importe quel concert, il est important surtout de noter les écarts de prix : le prix des places en première catégorie à l’Opéra national de Paris est deux fois plus élevé qu’à l’Opéra de Lyon, un concert de Johnny Haliday est deux fois plus cher qu’un concert des Foo Fighters, un match du Paris Saint-Germain est deux fois plus onéreux qu’un match des Girondins de Bordeaux… Au spectateur, donc, de définir le prix qu’il peut mettre ou non pour sa passion.

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