De Rossini à Vivaldi, le parcours musical de Cecilia Bartoli

Certains artistes lyriques veulent tout chanter, d’autres se spécialisent, se consacrent à un répertoire particulier. Le cas de Cecilia Bartoli est mixte, et ce sont trois différentes esthétiques qui ont marqué sa carrière.

De Rossini à Vivaldi, le parcours musical de Cecilia Bartoli
Portrait de Cecilia Bartoli en 1994, © Getty / Reinke/ullstein

Cecilia Bartoli est l’une des plus importantes artistes lyriques de notre époque : interprète largement saluée par la critique, invitée régulière des grandes scènes internationales. Elle a par ailleurs réussi à se faire connaître au-delà de la seule sphère des connaisseurs et mélomanes. 

Elle est mezzo-soprano colorature ; c’est-à-dire que la Bartoli possède une voix aux graves puissants et colorés, mais qui est également capable d’agilité dans les aigus et les vocalises. Si cette tessiture vocale se prête parfaitement bien au répertoire du bel canto, la chanteuse ne s’est pourtant pas contentée de ce seul répertoire… 

Des grands opéras de Mozart à la redécouverte de partitions anciennes, la chanteuse a progressivement glissé du statut d’interprète populaire à celui de défricheuse, d’exploratrice musicale. 

Bartoli & Rossini 

« Rossini m’a accompagné toute ma vie », confiait-elle en mai 2018 au Crescendo Magazine. Et en effet, on peut dire que le compositeur italien lui a porté chance…

C’est en interprétant la célèbre cavatine rossinienne Una voce poco fa à l’occasion d’un concours organisé par la RAI (radio-télévision italienne) que Cecilia Bartoli fait pour la première fois parler d’elle, à l’âge de 20 ans. En 1987, elle fait alors ses débuts sur scène à l’Opéra de Rome, dans le rôle de Rosina (Le Barbier de Séville). 

La même année, c’est un autre air rossinien qu’elle interprète, et un nouveau temps fort dans sa carrière qui se dessine. Cecilia Bartoli est remarquée par le chef d’orchestre Daniel Barenboïm alors qu’elle chante un air de La Cenerentola (Nacqui all’affanno) à Paris, devant les caméras de France 2, à l’occasion d’une soirée hommage à Maria Callas

Près de trente ans plus tard, les talents rossiniens de Cecilia Bartoli font désormais référence. Angelina dans La Cenerentola, Rosina dans Le Barbier de Séville, Isabella dans l’Italienne à Alger… l’écriture vocale ornementée du maestro belcantiste se prête parfaitement bien au brillant de sa voix, à sa souplesse et son agilité vocale, ainsi qu’à son intuition théâtrale. 

« Rossini était un génie comme compositeur, mais aussi un grand professeur de chant. L’écriture rossinienne, c’est une écriture assez large, il faut avoir une voix toujours flexible pour arriver à chanter les airs rossiniens », confiait Cecilia Bartoli à Lionel Esparza, dans Les Grands Entretiens (2018). 

Bartoli & Mozart 

Si Rossini et le répertoire romantique italien sont indissociables de la carrière de Cecilia Bartoli, il est un autre compositeur favori et porte-bonheur pour la chanteuse : Wolfgang Amadeus Mozart

Son enfance à Rome est bercée par l’opéra italien. Ses parents, artistes lyriques tous les deux, chantent Verdi, Puccini.... Mais très vite, la jeune Cecilia va tendre l’oreille vers d’autres répertoires et découvrir, notamment son appétence pour les oeuvres de Mozart. 

A l’aube de sa carrière, c’est Daniel Barenboïm qui lui conseillera d’interpréter les grands rôles du répertoire mozartien. En 1888, elle incarne ainsi le page Chérubin dans Les Noces de Figaro puis, quelques années plus tard, consacre au maître viennois un album solo.

Après Rossini Arias (1989), Mozart Portraits (1994) marque ainsi le début de sa longue et fructueuse collaboration avec la maison de disques britannique Decca, un partenariat qui, selon la chanteuse, aura largement contribué au développement international de sa carrière.  

« L’écriture vocale de Mozart est très pure. Il faut être attentif à tout : l’intonation, la couleur… Je crois que c’est très difficile de chanter Mozart »,  disait Cecilia Bartoli à Lionel Esparza, dans Les Grands Entretiens (2018). 

Bartoli & Vivaldi 

Dans les années 1990, voilà la Bartoli consacrée : elle a notamment chanté sous la direction des plus grands chefs (Daniel Barenboïm, Herbert von Karajan, Ricardo Muti…) et fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York. La mezzo-soprano est au sommet de sa carrière mais ne s’interdit pas pour autant de prendre des risques, celui notamment de l’exploration musicale, de la redécouverte d’oeuvres oubliées.

En 1999, elle consacre l’un de ses enregistrements à la musique vocale d’Antonio Vivaldi ; un répertoire alors méconnu, moins valorisé que la musique instrumentale du même compositeur. Sur ce disque figurent des airs jamais enregistrés, et c’est un immense (et inattendu) succès pour la chanteuse et l’ensemble instrumental Il Giardino Armonico.

Près d’un million d’exemplaires du Vivaldi Album sont vendus, et le nom de Bartoli est désormais gage de garantie, d’expertise musicale, notamment aux yeux de sa maison de disques Decca qui lui autorisera par la suite de nouvelles prises de risques. 

S’en suivront ainsi d’autres projets de défrichages musicaux, parmi lesquels Sacrificium (2009), un album consacré aux grands airs baroques composés pour chanteurs castrats, largement salué par la critique, Opera Proibita (2005), qui regroupe des airs d’opéra de Haendel ou Scarlatti longtemps interdits par l'Église, ou encore Mission (2012), un disque qui permet à la chanteuse de remonter jusqu’aux prémisses de l’ère baroque.

Depuis, Cecilia Bartoli a rejoint la ligue des ambassadeurs de la musique ancienne, interprétant et enregistrant ses airs accompagnés par des instruments d’époque, et multipliant les collaborations avec d’autres explorateurs, tels que Nikolaus Harnoncourt, Diego Fasolis, ou Jean-Christophe Spinosi.