Bill Viola à l'Opéra Bastille - Tristan et Isolde de Wagner

Près de 10 ans après la création de cette production, Bill Viola est de retour à Paris pour Tristan et Isolde. Le plasticien américain évoque Gérard Mortier, son rapport à Wagner et sa rétrospective au Grand Palais.

Bill Viola à l'Opéra Bastille - Tristan et Isolde de Wagner
La rétrospective Bill Viola se tient actuellement au Grand Palais jusqu'au 21 juillet. (© Christopher Felver/CORBIS)

France Musique : Vous êtes de retour à Paris pour la reprise de Tristan et Isolde, le Grand Palais vous consacre une importante rétrospective. Comment vivez-vous cette intense actualité parisienne ?

Bill Viola : Ca a été complètement incroyable. Tristan est un opéra que je connais bien maintenant parce qu'il a été donné de nombreuses fois, mais cette rétrospective au Grand Palais est probablement l'un des plus beaux moments de ma vie! Et je le pense vraiment. J'ai tellement été submergé parce ce qui s'est passé, par les échanges et les retours des gens qui ont pu regarder mon travail. C'était phénoménal. Je me sens si heureux, vous savez. Quand vous avez travaillé si longuement et si durement toute votre vie, et que vous atteignez cette reconnaissance, où tout est réuni et tout arrive au même moment, c'est tout simplement phénoménal.

tristan viola 02 ok
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C'est Gérard Mortier, alors directeur de l'Opéra de Paris, qui avait fait appel à vous pour cette production. Est-ce étrange pour vous de revenir à Bastille seulement quelques temps après sa mort ?

Nous avons perdu Gérard, c'est vraiment tragique. Quand je suis arrivé à Bastille pour les répétitions, je me suis dit "Je sais que tu es là-haut et que tu nous regardes Gérard. Je peux sentir ta présence ". C'était un homme vraiment au-dessus du lot dans ce monde d'images et de musique. C'était le "maître". Il me manque énormément.

Lors de la création de vos vidéos pour Tristan et Isolde, comment avez-vous réussi à trouver votre place dans cette oeuvre monumentale de Wagner ?

Ca n'a pas été simple pour moi au début. J'ai commencé en essayant de suivre la musique de Wagner. Et Peter Sellars m'y a beaucoup aidé. Mais après un certain moment, j'ai dû m'arrêter et reculer parce que je suivais la musique de trop près. Et c'est ce que souhaitait Esa-Pekka Salonen (qui dirigeait lors de la création, ndlr). Il voulait quelque chose de très minuté. Wagner a créé un système complètement connecté. Pas seulement la partition mais aussi les rôles, les chanteurs, la mise en scène, etc. Chaque détail qui mit bout à bout forment un tout. L'infiniment petit devient l'infiniment grand au même moment. C'est absolument incroyable ce que Wagner a fait. Quand je me suis rendu compte de l'ampleur de l'oeuvre, j'ai presque craqué. J'ai dit à Peter Sellars et Gérard Mortier que je n'allais pas y arriver tellement c'était écrasant pour moi.

tristan viola 01
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Heureusement ma femme m'a aidé à me calmer, et je suis parti en vacances quelques temps avec seulement le livret de Tristan au cas où. Et là je me suis dit "Bien sûr! Ce que je fais dans mon art, c'est exactement la même chose". Depuis le début, je n'essaie pas de créer des images en moi, mais de trouver l'origine des choses, des gens, des situations. J'ai donc commencé à écrire ce que j'avais en tête sur un morceau de papier, et là c'est devenu très simple d'avancer. Je me suis plongé de plus en plus profondément dans le livret, et c'est de là que sont venues toutes ces images. J'ai mélangé des choses nouvelles à d'autres que je n'avais jamais terminées et c'est devenu très puissant.
Wagner n'était pas un compositeur que j'écoutais beaucoup. Sa musique ne m'intéressait pas plus que ça avant que je travaille dessus. Une fois tout ça connecté ensemble, c'était parfait.

Tristan et Isolde de Wagner, dirigé par Philippe Jordan, mis en scène par Peter Sellars et mis en vidéo par Bill Viola, du 8 avril au 4 mai à l'Opéra Bastille. Diffusion dans la Soirée Lyrique de Judith Chaîne le samedi 17 mai à 19h.