Alexia Cousin, dis, quand reviendras-tu ?

Alexia Cousin, ancienne soprano, a mis fin à sa carrière de chanteuse en 2005 après des premières années prometteuses. Dans un message sur Facebook, son ancien professeur de chant dévoile enfin quelques éléments pour tenter de comprendre cet arrêt brutal.

Alexia Cousin, dis, quand reviendras-tu ?
Alexia Cousin en 2000, soit 5 ans avant d'avoir mis un terme à sa carrière de chanteuse, © Maxppp / A.DeRoll

L'ancien professeur de chant d'Alexia Cousin est sorti de son silence le 20 novembre pour revenir sur la trop courte carrière de son élève dans un long message publié sur Facebook. Aujourd’hui la soprano a 37 ans et cela fait plus de 10 ans que l’on n’entend plus le son de sa voix. En 2005, elle arrêtait brutalement sa carrière.

J'ai pris la décision de mettre un terme à ma carrière artistique. C'est la passion et l'intégrité profonde avec lesquelles j'ai toujours chanté qui orientent aujourd'hui ma vie vers d'autres activités.

Ces quelques phrases publiées par son agent il y a 11 ans, restent les seules (et maigres) explications avancées par la chanteuse. C’était sans compter le témoignage de Daniel Delarue sorti il y a quelques jours. « Depuis onze ans, je me tais. Le temps a passé, vite, et il m’a permis de faire mon deuil, d’autant qu’il est peu courant de faire son deuil d’une personne qui est encore vivante », peut-on lire en introduction de son long message.

Un star système fatal

Évoquer Alexia Cousin ne passe jamais inaperçu parmi les mélomanes et amoureux de la voix. Certains professionnels avaient témoigné leur admiration pour la soprano après sa brutale décision, comme le chanteur Laurent Naouri : « Cette jeune femme de 19 ans à peine en savait au fond plus sur la musique que je n’en saurai jamais. On peut parler de miracle, pour une fois le mot n’est pas galvaudé ». Son retrait de la vie musicale à l’âge de 25 ans continue de soulever des questions cruciales : pourquoi a-t-elle arrêté ? La critique est-elle trop dure vis-à-vis des jeunes artistes ? A quel point le Star system peut-il être dangereux ?

Car cette jeune soprano possédait tous les atouts d’une brillante carrière. Une voix, un jeu théâtral, une personnalité hors norme, un discours sain et intelligent, un goût pour le travail et un amour de la musique et de la voix. « J’avais entre les mains la plus extraordinaire des élèves qu’il m’ait été donné de rencontrer durant toute ma carrière de professeur », raconte Daniel Delarue qui ne tarit pas d’éloges sur son ancienne élève qu’il compare à un « cadeau des Dieux ».

Le professeur de chant évoque les premiers pas de la chanteuse dans le monde professionnel, comme le prix du conservatoire où « les deux membres du jury présents déversèrent leur bile, ne pouvant faire autrement que lui donner ce premier prix, mais bien à contre cœur ». Puis le premier concours où Alexia Cousin ne reçoit que le deuxième prix : « Elle ressentit très fort dans le creux de son ventre, dans son corps, dans son âme, cette injustice », témoigne Daniel Delarue.

Critiques, rôles et début de carrière

Un sentiment vite consolé par le premier prix du concours Voix Nouvelles qu’Alexia Cousin remporte en 1998 et qui lance sa courte carrière. La soprano commence à se produire, incarner des rôles à l’opéra, donner des récitals et des concerts. Elle peut presque tout faire, tout chanter, et certains critiques ne tarderont pas à juger cette capacité à aborder aussi tôt certains rôles.

Sauf qu’Alexia Cousin a parfaitement conscience de son âge, de la fragilité d’une voix et ne se laissera jamais submerger par les propositions. Dans une interview donnée en 2002, elle répond à une question de Gérard Mannoni qui relève que des critiques lui reprochent d’interpréter des œuvres de Wagner trop jeune : « Quand j’aborde un répertoire, en l'occurrence les deux airs d’Elisabeth de Tannhäuser, j’estime pouvoir chanter le rôle entier. [...] C’est un rôle lyrique, dans une tessiture où ma voix sonne naturellement. On n’a pas nécessairement une voix légère parce qu’on débute ». Elle recevra des commentaires négatifs régulièrement, à côté d’autres, dithyrambiques.

Peut-être ces réactions extrêmes sont-elles à l’image de la jeune femme d’alors. Une chanteuse qui donnait tout sur scène, dans ses rôles et dans sa voix. « Je me laisse aller ! J’oublie la partition. Je chante et… c’est tout », confiait Alexia Cousin dans une interview à l’Express. « Je vis mon personnage. C’est l’énergie du public qui me fait fonctionner. Les spectateurs sont ma pile électrique ».

Huées à l’opéra

Les spectateurs seraient-ils aussi ceux qui l’ont poussée à arrêter ? Son ancien professeur souligne une anecdote survenue en 2004, à l’Opéra Bastille. Alexia Cousin se voit confier le rôle de Manon dans l’opéra de Massenet. Sa voix de soprano dramatique la tourne vers une interprétation profonde, une « torche brûlante en scène », selon les mots de Daniel Delarue. « Cette Manon emplissait tout l’espace, et sa caractérisation dramatique laissait pantois, tenait le spectateur en haleine », commente pour ConcertClassicEric Mahoudeau.

Mais le public hue plusieurs des représentations. « Prendre dans la figure, dans le ventre, ces huées, peu nombreuses mais bruyantes, cela tue en vous l’essence même de ce que vous êtes », lâche, dans son post, son ancien professeur de chant. « Cette jeune femme qui venait d’avoir 25 ans, qui était dans les premières années d’une carrière exceptionnelle, qui aurait dû devenir LA chanteuse du XXIème siècle se posait la question du “A quoi bon !” », continue Daniel Delarue.

Et le 3 mars 2005, Alexia Cousin se retire définitivement de la scène, arrête le chant. De sa courte carrière ne restent que peu d’enregistrements. « Je ne suis pas persuadée que mes interprétations soient indispensables », témoignait-t-elle dans une interview donnée à Libération en 2001, « et [je] n'aime pas la façon dont sont faits les disques aujourd'hui. Ils ne donnent qu'une image montée de toutes pièces de la voix d'un chanteur. J'essaie de rester fidèle à des valeurs de générosité et de sincérité ».

Restent également d’Alexia Cousin quelques vidéos, un air dans Iphigénie en Tauride de Gluck avec Minkowski et de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux qui réclament son retour... en vain ?