Afrique du Sud : l'Opéra du Cap accusé d'exploiter des chanteurs noirs

Plusieurs membres du choeur de l'Opéra du Cap en Afrique du Sud ont été licenciés pour avoir contesté leur contrat lors de la production de Cosi Fan Tutte de Mozart créée à Aix-en-Provence. Ils estiment être victimes de discrimination à cause de leur couleur de peau.

Afrique du Sud : l'Opéra du Cap accusé d'exploiter des chanteurs noirs
La mise en scène de Christophe Honoré a placé l'intrigue de Cosi fan Tutte dans l'Afrique du Nord coloniale occupée par les troupes fascistes italiennes.

Cette production de Cosi Fan Tutte signée Christophe Honoré lors du Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence avait déjà fait parler d'elle cet été. L'intrigue de l'opéra de Mozart avait été transférée par le réalisateur et metteur en scène dans l'Afrique du Nord coloniale, sur fond de racisme et de viols par les troupes fascistes italiennes. Un sujet polémique, mais qui avait été acclamé par la critique. Ces derniers jours, la production fait de nouveau parler d'elle pour des raisons bien plus sérieuses cette fois. Les membres du choeur de l'Opéra du Cap en Afrique du Sud estiment avoir été exploités par leur maison lyrique.

Pendant les 7 semaines de répétitions plus les représentations d'Aix-en-Provence et celles du festival d'Edimbourg, les 12 choristes de couleur noire ont été payés selon leur contrat de travail sud-africain, soit entre 370€ et 680€. Mais pendant leur séjour aixois, les chanteurs ont découvert les contrats signés par l'Opéra du Cap avec le Festival, sur lesquels figurent un montant de 3 640€ par personne pour trois semaines de travail. Une différence de salaire inexplicable pour les choristes qui accusent Michael Williams, le directeur de l'institution, de les avoir volontairement induits en erreur au moment de la signature de leur contrat.

Suite à la menace de grève des membres du choeur, les directions des festivals d'Edimbourg et d'Aix ont décidé de leur refaire signer des contrats individuels, outrepassant ceux déjà signés avec l'Opéra du Cap. Le festival d'Edimbourg leur a donné un cachet de 595€ par représentation plus 35€ de défraiement quotidien. Un traitement que l'Opéra du Cap a considéré comme du vol puisqu'ils percevaient toujours leur cachet sud-africain. Les 12 choristes ont alors été licenciés et auront affaire à la justice.

Une décision violente, estiment les chanteurs qui accusent à leur tour leur ancien supérieur d'exploitation en raison de leur couleur de peau. Une accusation que réfute Michael Williams, expliquant que les membres de l'Opéra du Cap ont toujours été payés avec leurs salaires sud-africain lors des tournées à l'étranger. Il explique l'écart des prix entre la contractualisation avec Aix-en-Provence et les salaires des choristes par la nécessité d'injecter de l'argent dans l'Opéra qui est continuellement déficitaire. Il insiste sur le fait que les choristes étaient au courant de cet arrangement avant de partir.

Le Festival d'Aix a fait part de son intention de continuer à faire appel aux mêmes choristes pour les futures dates de la production prévues à Lille en fin d'année puis en Corée du Sud l'année prochaine.

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