Affaire Plácido Domingo : plusieurs orchestres et opéras prennent leur distance

Au lendemain de la révélation de plusieurs accusations d'inconduite sexuelle visant Plácido Domingo, l'Opéra de Los Angeles a annoncé l'ouverture d'une enquête. L'Opéra de San Francisco et l'Orchestre de Philadelphie ont annoncé avoir annulé leur collaboration avec la superstar de l'opéra.

Affaire Plácido Domingo : plusieurs orchestres et opéras prennent leur distance
Neuf femmes accusent Placido Domingo d'inconduite sexuelle , © AFP / GEORG HOCHMUTH

Plácido Domingo, 78 ans, fait face à plusieurs accusations de harcèlement sexuel. C'est ce qu'a révélé l'agence américaine Associated Press ce mardi 12 août. Neuf femmes affirment avoir été sexuellement harcelées, à compter de la fin des années 1980, par le chanteur espagnol, considéré comme la plus grande star vivante de l'opéra. A la suite de ces fracassantes révélations, le milieu lyrique n'a pas tardé à réagir. 

L'Opéra de Los Angeles, dont Plácido Domingo occupe le poste de directeur général depuis 2003, a annoncé qu'il allait « engager un avocat pour enquêter sur les inquiétantes allégations » contre le chanteur. « Nous sommes déterminés à faire tout notre possible pour favoriser un environnement professionnel où tous nos employés et artistes se sentent également à l'aise, valorisés et respectés » a ajouté le porte-parole de l'institution dans un communiqué. 

D'autres institutions ont préféré annuler les représentations prévues avec Plácido Domingo. C'est le cas de l'Orchestre de Philadelphie, avec lequel le chanteur devait se produire pour le concert d'ouverture de sa saison, le 18 septembre prochain. L'orchestre a invoqué la nécessité de garantir « un environnement respectueux » pour l'orchestre, son personnel et le public. 

Idem pour l'Opéra de San Francisco où Plácido Domingo était attendu au début du mois d'octobre. De son côté, le Metropolitian Opera de New York (Met), qui doit accueillir la star en septembre, a indiqué qu'il attendrait les résultats de l'enquête de Los Angeles avant de « prendre des décisions définitives sur le futur de M. Domingo au Met ». 

En revanche, Helga Rabl-Stadler, la directrice du fameux festival de Salzbourg en Autriche, festival au cours duquel le chanteur doit se produire les 25 et 31 août, n'envisage pas d'annulation. « _Je connais Pl_ácido Domingo depuis plus de 25 ans et j'ai été impressionnée depuis le début par la façon très reconnaissante dont il traitait les employés du festival » a déclaré la directrice dans un communiqué. « Je trouverais obectivement injuste et irresponsable, sur le plan humain, de rendre des jugements définitifs dès maintenant » a-t-elle ajouté.

Présumé innocent dans son Espagne natale

En Espagne, où il est né en 1941, les révélations de harcèlement supposé, ont surtout suscité des appels au respect de la présomption d'innocence. Plusieurs représentants du milieu de l'opéra espagnol ont décrit l'artiste, marié depuis des décennies à Marta Domingo, comme « un homme à femmes », tout en assurant n'avoir jamais constaté d'actes de harcèlement de sa part.

L'Opéra de Valence, dans l'est du pays, a annoncé qu'il maintenait pour le moment la participation du chanteur aux quatre représentations de Nabucco de Verdi, prévues à partir du 2 décembre prochain. L'institution dit vouloir attendre que la justice rende « sa décision sur les faits pour agir en conséquence et prendre une mesure appropriée, préservant ainsi la présomption d'innocence ». L'Opéra de Valence précise n'avoir pas reçu de plainte ni eu connaissance « d'aucune sorte de harcèlement » à l'encontre de son propre personnel. 

Le quotidien de droite ABC a lui publié un éditorial en défense de Plácido Domingo, soulignant qu'une seule des neuf femmes qui l'accusent a donné son nom. « Il serait juste de respecter la présomption d'innocence » a insisté le journal. L'agent artistique Aldo Mariotti, proche de la défunte soprano espagnole Montserrat Caballé, a déclaré qu'il était « stupéfait ». Interrogé par l'AFP, il a déclaré : « Qu'il soit un grand séducteur, tout le monde le savait, mais je doute vraiment qu'il ait pu faire une chose pareille, il n'en avait aucun besoin. S'il allait dans la rue, les femmes s'agenouillaient devant lui, il pouvait "avoir" les plus jolies ».

Plusieurs chanteuses lyriques espagnoles ont également pris sa défense. La mezzo-soprano Maria Jose Suarez, qui a chanté plusieurs fois à ses côtés, a déclaré au micro de la radio Cadena Ser : « Ce que je vais dire ne pas plaire à beaucoup de femmes, mais j'ai vu de très nombreuses femmes lui courir après. Si ces dames qui l'accusent ont eu ces problèmes, ce n'est pas moi qui vais les contredire, mais je ne l'ai jamais vu, jamais. Ce que j'ai vu, c'est qu'il est aimable, que c'est un homme qui aime les femmes, comme moi j'aime les hommes, et ça ne pose pas de problème ».

La soprano Pilar Jurado, présidente de la Société espagnole des auteurs et éditeurs, a dépeint Plácido Domingo comme « un parfait gentleman ». « Je ne me suis jamais sentie harcelée de ma vie, ni obligée à faire quelque chose que je ne voulais pas » a-t-elle déclaré à l'agence espagnole Europa Press. « Je n'ai jamais eu le moindre indice de ce dont on accuse le "maestro" » a de son côté affirmé la soprano Davinia Rodriguez, citée par la journal La Razon. Ce quotidien de droite a en quelque sorte reversé l'accusation, en titrant son article : _MeToo harcèle Pl_ácido Domingo. Une référence au mouvement lancé en 2017 par les accusations d'agressions sexuelles contre le puissant producteur de cinéma américain Harvey Weinstein. 

Avec AFP