MAXXI Classique
Programmation musicale
Lundi 12 avril 2021
6 min

Herbie Hancock et le classique : déception et réconciliation

Joyeux anniversaire à Herbie Hancock ! Le pianiste et claviériste américain fête aujourd’hui ses 81 ans. Le roi du jazz funk et du jazz fusion est aussi un grand amateur de la musique de Mozart, Ravel, Bartok et Gershwin.

Herbie Hancock et le classique : déception et réconciliation
Portrait de Herbie Hancock , © Paul Bergen/Redferns

Le silence. Un silence aussi assourdissant que celui qu’on trouve dans You'll  know when you Get there extrait de l'album Mwandishi (1971). C’est ce que je pensais trouver en cherchant des notes classiques dans l’immense discographie de Herbie Hancock. Et puis j’ai lu Possibilities, l’autobiographie du musicien et dès le début du livre un nom apparaît. Celui de Mozart

Il faut imaginer un jeune garçon assis face à un grand piano à queue. Le jeune Herbie, onze ans en 1951 jette un regard à sa professeur de piano Miss Jordan. Depuis un an, il étudie le premier mouvement du Concerto pour piano n°18 de Mozart. S’il réussit le concours aujourd’hui, il aura la chance de se produire en public avec l’Orchestre Symphonique de Chicago. L’orchestre vient de finir son introduction, Herbie s’élance et c’était, confiera t’il bien des années plus tard, comme si le monde disparaissait autour de lui. 

Un mois plus tard, la famille Hancock reçoit une lettre annonçant que leur fils Herbert a gagné le concours et qu'il pourra jouer avec l’orchestre au Hall Symphony le Concerto n°26 de Mozart  en public ! La soirée est un triomphe, pourtant une ou deux semaines plus tard, la même formation joue le même concerto de Mozart avec la pianiste Myra Hess. Dans la salle, Herbie et sa professeur se demandent alors si quelqu’un n’a pas cherché à éclipser le succès du jeune pianiste afro-américain, à le décourager de faire carrière dans le classique.  "Pour un noir qui vivait dans les années 40 et 50 aux Etats-Unis, les petits gestes racistes faisaient partie du quotidien" déplore le jazzman dans son autobiographie. Comme Nina Simone, refusée un an plus tôt d’une prestigieuse école de musique de Philadelphie, Herbie Hancock s’éloigne du répertoire classique sans l’oublier totalement. 

Herbie Hancock jouera parfois des partitions peu jazzy comme un Mikrokosmos de Béla Bartók aux côtés du regretté Chick Corea en live en 1978. Après un concert au Village Vanguard, Karlheinz Stockhausen lui propose de jouer l'hymne américain au piano pour Hymnen et, en 1998, il consacre un album entier à celui qui a fait rentrer le jazz dans les salles de concert classique américaines : George Gerswhin.

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Dans ce disque intitulé Gerswhin’s World, Herbie Hancock voulait à tout prix rendre hommage à un autre compositeur souvent cité comme source d’inspiration des jazzmen : le français Maurice Ravel et les harmonies modales de son concerto en sol. Comme à ses onze ans, Herbie Hancock interprète un concerto avec orchestre et je ne peux m’empêcher d’entendre ses improvisations très libres et jazzy comme une réconciliation avec le classique…

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