MAXXI Classique
Programmation musicale
Lundi 7 juin 2021
3 min

Beethoven et les chants gaëliques oubliés

Max Dozolme nous parle ce matin d’un documentaire à découvrir sur arte.fr "Orain, Beethoven et le secret des chants écossais". Une enquête où l’on découvre comment le compositeur a peut-être été malgré lui l’instrument d’une forme de spoliation culturelle.

Beethoven et les chants gaëliques oubliés
Une croix celtique en Ecosse. , © Peter Thompson/Heritage Images/Getty Images

Eté 1803 à Vienne. Beethoven est au fait de sa gloire. Ses symphonies, sonates et quatuors lui assurent une renommée mondiale. C’est alors qu’il reçoit une lettre venue de la lointaine Edimbourg. Un éditeur écossais nommé George Thompson lui demande s’il accepterait d’écrire un cycle de six sonates sur des airs écossais. Depuis des années George Thompson commande à Joseph Haydn des transcriptions d’airs britanniques qu’il vend comme des petits pains à la bourgeoisie écossaise mais maintenant, c’est au maître allemand qu’il aimerait confier cette tâche. Beethoven accepte et demande à être payé rubis sur ongle ! Pendant onze ans il livre régulièrement des oeuvres de musique de chambre et des transcriptions d’airs écossais, anglais et irlandais à l’éditeur.

Entre 1809 et 1820 Beethoven livre un total de 179 chants irlandais, écossais et anglais à George Thompson. Parmi ces chants on trouve The Highland Watch. Une mélodie écossaise qui est en fait un poème gaëlique qui dit ceci : « Mille salut aux jeunes gens de la garde noire gaëlique. Ils sont entrés dans la ville hier soir, habiles viriles et séduisant. »

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Le documentaire Orain Beethoven et le secret des chants écossais est passionnant parce qu’il nous plonge au coeur d’une enquête, un jeu de piste musical à la recherche des airs originaux transcrits par Beethoven. A travers les voyages et les rencontres du musicologue Michael Klevenhaus, on découvre comment George Thompson a sciemment caché les origines gaëliques de certains chants à Beethoven en envoyant seulement des partitions sans paroles car il considérait sans doute que les textes originaux de cette minorité n’étaient pas intéressants. Pire, le musicologue émet l’hypothèse que cette dissimulation des paroles était peut-être une manière de faire disparaitre la culture et la langue des Gaëls, un peuple ostracisé depuis la fin du 18e siècle. 

Par exemple la mélodie The Maid of Isla extraite des 25 Chants écossais op.108 de Beethoven est une histoire d’amour et un description des rivages de l’île d’Islay située dans l’archipel des Hébrides. Mais le texte original de cette chanson gaëlique raconte en réalité la spoliation des terres des Gaëls sous la forme d’une chanson à boire qui dit ceci : « Balhdi Chailean a été pris la main dans le sac alors qu’il braconnait du saumon dans le lac ». 

Cette enquête passionnante est d’ailleurs l’occasion de poser la question suivante : Qu’aurait pensé Beethoven, lui le défenseur du peuple, de cette acculturation des Gaëls exercée par George Thompson ? Aurait-il accepté de travailler pour lui ? Rien n’est moins sûr… 

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