VIDEO - "Chaque flûte est adaptée à sa musique" - Annie Ploquin-Rignol

Courte, longue ou globulaire, à embouchure ou à conduit, la flûte est présente dans le monde entier et sous des formes très variées. Annie Ploquin-Rignol, flûtiste et collectionneuse, nous présente une petite partie du large spectre de cet instrument.

VIDEO - "Chaque flûte est adaptée à sa musique" - Annie Ploquin-Rignol
Une partie de la collection de flûtes d'Annie Ploquin-Rignol, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

A notre époque de mondialisation , je pense qu'il est important de garder l'identité et de se souvenir de chaque peuple. Annie Ploquin-Rignol

La flûte est un instrument très simple

Le fonctionnement est toujours le même, quelque soit l'instrument : le son est produit par un jet d'air qui vient se briser sur un biseau. Une simple bouteille suffit, on peut donc dire qu'on a tous au moins une flûte chez soit.

On distingue deux grandes catégories : les flûtes à conduit et les flûtes à embouchure libre.

Les flûtes à conduit

Ici, c'est la facture de l'instrument qui canalise l'air. On a toujours un orifice de souffle et une ouverture appelée "fenêtre" qui accueil le biseau. Pour produire un son, il suffit donc de souffler. Ensuite, évidemment, pour apprendre à moduler son souffle et à faire toutes les petites subtilités qui vont avec la musique de chaque flûte, c'est une autre histoire.

Les flûtes à embouchure libre

Là, l'air n'est pas conduit par la facture de l'instrument, c'est le flûtiste lui-même qui va façonner le jet d'air avec la puissance de son souffle et ses lèvres, pour lui donner la bonne direction et le bonne vitesse. Ce n'est donc pas le type de flûte le plus facile à jouer.

La plupart des flûtes sont faites de bois. Mais il en existe aussi en terre cuite, en porcelaine, en métal comme l'or, en os et même en pierre (on se demande comment les artisans pouvaient tailler avec autant de précision une matière aussi dure) !

Le Japon, le Pérou et la Roumanie sont des berceaux de la flûte

Le "shakuhachi" japonais

C'est une flûte à encoche taillée dans une épaisse tige de bambou, très vieille, qu'on cueillait au niveau de la racine. Cet instrument est lié à une branche du bouddhisme zen japonais, appelée "fuke-shū". Parce qu'il possède un répertoire très complexe, le shakuhachi demande des années d'études auprès d'un maître !

La "quena" inca

L'Amérique du Sud est un continent où l'on trouve de nombreuses flûtes (il y en aurait plus de 250 rien qu'en Bolivie). L'une d'entre elle est la quena. On la trouve dans toutes les régions qui formaient l'empire Inca. C'était un instrument sacré, lié aux cycles de la nature, aux récoltes et aux circonstances de la vie. La légende raconte que l'Inca suprême jouait même des mélodies sacrées sur sa quena.

La musique sud-américaine est principalement basée sur un système pentatonique, a cinq sons. Avec l'arrivée des Espagnols, cette dernière a changé pour s'adapter au système chromatique à sept sons que l'on connait. On a donc l'habitude d'entendre la quena avec des instruments à cordes comme la guitare, ou des percussions.

Le "caval" roumain

En Roumanie, on trouve au minimum 14 sortes de flûtes différentes, la plus connues étant la flûte caval. A ne pas confondre avec le "kaval" bulgare, c'est une flûte initialement jouée par les bergers dans leur montagne. Le caval est un simple tube dans lequel on est venu mettre un petit bouchon appelé "bloc", taillé pour laisser passer juste ce qu'il faut d'air, air qui vient ensuite se briser sur un biseau dans sa fenêtre. C'est donc une flûte à conduit avec une gamme très reconnaissable. La flûte caval ne possède quasiment aucune note dans le registre grave. Pour contourner le problème, le flûtiste recouvre une partie de la fenêtre avec sa lèvre inférieure, ce qui trouble le son et le rend très spécial.

On trouve aussi des flûtes partout dans le monde

  • La "gaita de amolador" est une petite flûte de pan portugaise. Utilisée auparavant par les commerçants pour annoncer leur arrivée dans les villages, chacun jouait une mélodie qui lui est propre pour s'annoncer.
  • La flûte "sepik", originaire de Papouasie-Nouvelle Guinée, est une flûte traversière spirituelle. Jouée lors de rites pour entrer en communication avec les ancêtres, les flûtes sepik vont toujours par deux, l'une représentant l'ancêtre masculin et l'autre l'ancêtre féminin.
  • La flûte "shinobue" japonaise est aussi une petite flûte traversière. Populaire, elle est surtout jouée lors de festivités.
  • La Native American Flute est aussi appelée "Siyotanka", cela signifie "Le bâton qui chante" en lakota (une langue Sioux). C'est une flûte à double chambre, : l'air sort par un premier biseau, puis est redirigé vers un deuxième trou par l'intermédiaire d'un petit totem, qui n'est donc pas que décoratif. Ce système produit un son très doux, très feutré. C'est pour cette raison que ces flûtes sont aussi appelée "flûtes d'amour".
  • De l'autre côté de l'Atlantique, on trouve la flûte peule, ou "tambin". Pendant qu'il joue, le flûtiste chante, crie et prononce des onomatopées dans son instrument. Tout comme le shakuhachi, la flûte peule requiert des années d'étude auprès d'un maître.

La flûte témoigne d'une richesse culturelle

La flûte "fujara", qui nous vient des bergers slovaques, est une des plus grandes flûtes qui existent. Elle est classé au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité par l'UNESCO. Chaque flûte est adaptée à la musique, à la culture et à la spiritualité de son pays. Je pense qu'il est nécessaire de s'immerger dans cette culture avant même de pouvoir appréhender la musique de ces instruments. Petit à petit, je compte me constituer une collection d'instruments plus authentiques. Mais même en vivant jusqu'à 100 ans, je n'aurais jamais terminé, tant le monde des flûtes est vaste. - Annie Ploquin-Rignol