Une reprise de Blackbird des Beatles en langue amérindienne attire l'attention sur la disparition des langues

Une adolescente amérindienne canadienne et ses camarades de classe ont été acclamés par le chanteur Paul McCartney pour leur reprise de la chanson "Blackbird" des Beatles dans leur langue traditionnelle, le Mi'kmaq. La chanson, réalisée le mois dernier, a été vue près de 600 000 fois.

Une reprise de Blackbird des Beatles en langue amérindienne attire l'attention sur la disparition des langues
Emma Stevens chantant Blackbird en Mi'kmaq

Une simple phrase de Paul McCartney et c'est le succès. Pas un succès commercial, pas même un succès personnel, mais une petite victoire pour une grande culture. Lorsque l'ex-Beatles Paul McCartney prend quelques secondes lors d'un de ses concerts pour déclarer : "vous savez quoi ? Il y a une version extraordinaire [de "Blackbird"] chantée par une Canadienne sur YouTube. Elle est chantée dans la langue de sa tribu amérindienne. It's pretty cool.", il attire tout à coup l'attention mondiale sur le problème de la disparition du patrimoine immatériel des langues autochtones.

La tribu amérindienne dont il parle est celle des Micmacs (ou Mi'kmaq), peuple faisant partie des algonquiens, sur la côte nord-est d'Amérique. Et la Canadienne, c'est Emma Stevens, 16 ans, élève dans le secondaire à l'Allison Bernard Memorial High School à Eskasoni en Nouvelle-Ecosse au Canada.

La "cover" [reprise] de cette chanson a été réalisée le mois dernier avec l'aide du professeur de musique de l'établissement Carter Chiasson, et la traduction a été assurée par Katani Julian, professeur de micmac, et Albert Stevens, le père d'Emma. Le processus de traduction a été ardu, parce que les mots anglais n'ont pas tous d'équivalents en micmac. "Nous devons traduire les concepts, et non les mots en particulier. J'ai donc dû réfléchir au message poétique transmis caché entres les lignes des paroles de Paul McCartney et à son intention, aux sentiments qu'il voulait exprimer. Cette chanson ressemble beaucoup aux conseils que nous recevons de nos aînés lorsque nous nous sentons abattus et déprimés." (Katani Julian)
Cf. "Take these broken wings and learn to fly" ("Prends ces ailes brisées et apprends à voler.").

"Blackbird", écrite et enregistrée en 1968 par Paul McCartney, avait été composée en hommage au mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. "Il y a des liens entre le mouvements des droits civiques et nous, estime Katani Julian. Dans une certaine mesure, notre peuple a été opprimé au Canada par la loi sur les Indiens, le gouvernement fédéral, le dossier des pensionnats et les tentatives d'assimilation. Cette chanson aussi frappe une corde sensible dans mon coeur." (source : Radio Canada)

Plus de 70 langues indigènes sont toujours parlées par 260.000 personnes au Canada, sur une population totale d'1,6 million d'autochtones, selon le gouvernement fédéral. Et selon l'UNESCO, les trois quarts de ces langues sont considérées comme étant en danger de disparition. "Nous espérons que cet enregistrement sensibilise à l'importance de préserver les langues et les cultures indigènes", a indiqué à l'AFP son professeur de musique, Carter Chiasson, qui a organisé l'enregistrement.

Le rapport final d'une commission d'enquête publique sur les meurtres et disparitions de femmes autochtones a recommandé lundi au gouvernement de reconnaître les langues autochtones comme langues officielles au Canada, à l'instar du français et de l'anglais.

Voici les paroles en micmac de "Blackbird"

Pu'tliskiej – Kime'sk 

Pu'tliskiej wapinintoq
Kina'masi telayja'timk
tel pitawsin
eskimatimu'sipnek nike' mnja'sin 

Pu'tliskiej wapinintoq
Ewlapin nike' nmiteke
tel pkitawsin
eskimatimu'sipnek nike' seya'sin 

Pu'tliskiej…layja'si
ta'n wasatek poqnitpa'qiktuk 

Pu'tliskiej…layja'si
ta'n wasatek poqnitpa'qiktuk 

Pu'tliskiej wapinintoq
Kina'masi telayja'timk
tel pitawsin 

eskimatimu'sipnek nike' mnja'sin
eskimatimu'sipnek nike' mnja'sin
eskimatimu'sipnek nike' mnja'sin

Boo-dull-ees-kee-edge wobbin-in-toq
Kee-na-ma-see dell-I-jaw-dimk
dell-bit-ow-sin
ess-gum-mud-dum-oo-sup-neg nike' mn-jaw-sin 

Boo-dull-ees-kee-edge wobbin-in-toq
ew-la-bin nike' num-mid-deh-geh
dell-bit-ow-sin
ess-gum-mud-dum-oo-sup-neg say-ya-sin 

Boo-dull-ees-kee-edge, lie-jaw-see
don wassa-deg poq-nit-ba'q-ik-tuk 

Boo-dull-ees-kee-edge, lie-jaw-see
don wassa-deg poq-nit-ba'q-ik-tuk 

Boo-dull-ees-kee-edge wobbin-in-toq
Kee-na-ma-see dell-I-jaw-dimk
dell-bit-ow-sin 

ess-gum-mud-dum-oo-sup-neg nike' mn-jaw-sin
ess-gum-mud-dum-oo-sup-neg nike' mn-jaw-sin
ess-gum-mud-dum-oo-sup-neg nike' mn-jaw-sin

Sources : AFP et Radio Canada