Le qanoun, comment ça marche ? Avec Christine Zayed

La compositrice, joueuse de qanoun et chanteuse Christine Zayed nous présente un instrument ancestral du Moyen-Orient. À travers son histoire, ses répertoires et ses modes de jeu, elle nous fait découvrir le qanoun en images et en musique. Démonstration vidéo.

Le qanoun, comment ça marche ? Avec Christine Zayed
Les leviers de modulation du qanoun, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

Mon qanoun, c'est vraiment quelqu'un pour moi, il a même un nom : Bilal. Quand je suis en colère, quand je suis contente, quand je suis euphorique, il m'aide. C'est ma boîte magique ! Christine Zayed

France Musique : Quelle est l'histoire du qanoun ?

Grecques, assyriennes... les origines du kanoun sont indéterminées. Deux hypothèses sont avancées.

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Christine Zayed : "Qanoun" (en arabe : قاﻧﻮﻥ) veut dire "la loi". C'est l'instrument principal de l'ensemble de musique orientale. Selon la première hypothèse, il existe un instrument-mère dont descend le qanoun. Ce dernier daterait du 9e siècle avant J.-C. La seconde théorie veut que le qanoun ait été inventé par le philosophe Al-Fârâbî, sous la dynastie des Abbassides (750-1258 après J.-C. ndlr).

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Pourquoi avez-vous choisi de jouer du qanoun ?

En fait, j'ai commencé par le violon classique, lorsque j'étais petite. Mais à chaque fois que j'entendais le qanoun, dans une chanson par exemple, tout devenait très lumineux ! C'est un instrument fascinant, avec une vaste palette de couleur.

Comment c'est fait un qanoun ?

C'est un instrument à cordes pincées. Le qanoun possède 78 cordes tendues entre des chevilles (en arabe : المفاتيح), qui permettent de les accorder, et un chevalet (الجسر). Ce dernier est simplement posé "à cheval" sur quatre membranes en peau de poisson (الجلد), qui servent à amplifier la vibration des cordes. Le tout repose sur une caisse de résonance (الصندوق) qui restitue le son de l'instrument à travers des ouïes (الشمسة). Le kanounji (le joueur de qanoun) peut altérer la note produite par chaque corde au moyen de leviers de modulation (عُرَب). L'instrument s'accorde à l'aide d'une grosse clé (المفتاح).

Comment se joue le qanoun ?

Sur chaque main, le kanounji place un plectre entre une bague et son index. Pour jouer, il faut ensuite pincer les trois cordes, qui forment chaque note, en même temps. La main droite s'occupe des mélodies, des accords et des arpèges. La main gauche fait la même chose, mais doit en plus manier les leviers de modulation.

Est-ce donc un instrument difficile ?

Le musicien doit être "multi-tâches", car chaque main peut faire deux choses différentes en même temps. Le contrôle des muscles des index, la modulation des notes à l'aide des leviers, tout ça n'est pas facile. Les effets sonores, comme le trémolo, peuvent demander un certain temps d'apprentissage. Mais, comme tout autre instrument, il faut travailler pour y arriver !

Comment improviser avec le qanoun ?

En musique arabe et orientale, le musicien improvise à partir de "maqâms" (مقام). Ce sont des motifs musicaux de quelques notes, eux-mêmes divisés en sous-parties, ou "jins" (جنس).

Christine Zayed : C'est comme un chemin, mais ce n'est pas comme en jazz, où l'on est contrôlé par des grilles d'accords. Par exemple, je choisis de faire une improvisation à partir du mâqam appelé "Rast" (راست). J’introduis le premier jins du maqâm, que je complète avec des ornements (عفقات). Deuxième partie, j'enchaîne avec le second jins et c'est là que je commence à moduler les sonorités, en changeant de tonalité par exemple. Troisième partie, je change d'octave. Et dernière partie, la résolution, qui est un retour au point de départ.