David Krakauer par Alex Dutilh

David Krakauer par Alex Dutilh
David Krakauer et Alex Dutilh © Emmanuelle Lacaze

David Krakauer

1995 : « Klezmer, NY » Un album emblématique, signé David Krakauer. C'est celui qui inaugure la collection Radical Jewish Culture du label Tzadik de John Zorn. Exit la nostalgie. Celui qui avait été le magnifique clarinettiste des Klezmatics bascule toute une culture musicale dans la prospective en ouvrant la porte de tous les possibles. En choisissant comme nom de groupe Klezmer Madness, David Krakauer ne mâche pas ses mots. La jubilation sera au rendez-vous.

Tout un mouvement jusque-là souterrain va émerger : celui des jazzmen new-yorkais d'avant-garde qui éprouvaient la nécessité de concilier leurs racines juives avec leur goût de l'improvisation. Le supplément d'âme à leur modernité. Après la Knitting Factory, ils investiront le Tonic (où David Krakauer programmera plusieurs années des brunches klezmer le dimanche midi) et aujourd’hui The Stone. La bande son de l’East Village…

Depuis, le mouvement a pris des allures de lame de fond. David Krakauer, lui, a creusé un sillon en ouvrant son Klezmer Madness à l’électronique et au slam avec Socalled ou au funk avec « Abraham Inc. » en compagnie de Fred Wesley. Et il a ouvert d’autres front sur le cinéma (son nouveau projet « The Big Picture ») ou la création (avec le quatuor de saxophones Habanera), sans jamais perdre de vue le répertoire classique de ses débuts, qu’il s’agisse d’Olivier Messiaen, de Brahms, Debussy, Steve Reich ou Osvaldo Golijov.

À 59 ans (il est né en 1956), David Krakauer était début janvier sur la scène du Winter Jazz Festival à New York pour un clarinet summit initié par le jazzman David Murray en compagnie de Hamiet Bluiett et de Don Byron. Histoire de confirmer que la puissance d’expression de Sidney Bechet lui importe autant que l’héritage de Dave Tarras et Naftule Brandwein, les deux manuments historiques de la clarinette klezmer.

" Mon groupe Klezmer Madness, expliquait déjà David Krakauer en 1999, c'est clairement l'héritage de pionniers comme Dave Tarras dans la première moitié du siècle. La base, c'est le trio clarinette, accordéon, batterie. Mon premier disque était dans ce format. Depuis, j'ai rajouté une contrebasse et une guitare électrique. Parce que j'ai envie d'exacerber la puissance rythmique qui se dégage de cette musique. Mais fondamentalement, pour bien la jouer, il est capital d'en connaître le style sur le bout des doigts… Il s'agit moins d'exploser le genre que d'illustrer un art traditionnel avec la capacité d'invention du jazz : garder l'inflexion yiddish mais pas la chloroformer dans un musée. Plutôt lui faire faire deux pas en avant sur le boulevard du jazz. "

Pour la Journée Spéciale Klezmer sur France Musique, il a organisé un festin de musique avec ses amis venus du classique (le Quatuor Ellipse, issu des rangs de l’Orchestre National de France), du contemporain (le Quatuor Habanera), de la scène alternative toulousaine (Anakronic Elektro Orchestra), du rock (Catherine Ringer) et du jazz (Henri Texier, Bojan Z, Vincent Peirani et Manu Codjia). On peut danser sur les tables !

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