Stanley Kubrick, cinéaste au service de la musique

Entre Stanley Kubrick et la musique, c'est une histoire d'amour. Le cinéaste américain était l'un des rares à utiliser la musique classique comme élément à part entière de ses films.

Stanley Kubrick, cinéaste au service de la musique
Le réalisateur Stanley Kubrick sur le tournage du film « 2001, l'Odyssée de l'Espace », © Getty

Le Trio pour piano et cordes n°2 de Schubert pour souligner le coup de foudre de Redmond Barry pour Lady Lyndon, les premiers hommes faisant la découverte de l'outil sur Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss dans le prologue de 2001, l'Odyssée de l'espace ou la guillerette ouverture de La Pie Voleuse de Rossini pour accompagner une terrible scène de viol dans Orange Mécanique... Stanley Kubrick aimait tellement la musique classique qu'il a réussi à l'incruster visuellement dans nos mémoires. 

Kubrick et la passion de la musique

Didier de Cottignies, actuel délégué général de l'Orchestre national de France, a très bien connu Stanley Kubrick. Installé à Londres pour ses études, il rencontre la fille du réalisateur et devient un familier de la maison. 

« J'avais le même professeur de piano que sa fille. C'était une famille où la musique avait beaucoup d'importance. Il y avait régulièrement des petits concerts organisés. Stanley était curieux de tout, il était toujours au premier rang lorsqu'il y avait des concerts de fin d'année, il filmait tout. Peu de temps après, j'ai commencé à travailler chez Decca et je suis devenu peu à peu l'un de ses fournisseurs de réponses à toutes ses questions musicales » explique Didier de Cottignies. 

Lorsque Kubrick préparait un film, il compilait tout ce qui pouvait avoir un lien avec son histoire. La musique n'y échappait pas. A partir de 2001, il choisissait les morceaux au moment de la finalisation du script, bien en amont du montage. Le réalisateur aimait tellement la musique qu'il refusait de la tronquer et la laissait toujours rythmer les scènes. 

« On peut le voir par exemple avec le début d'Eyes Wide Shut et la Suite pour orchestre de jazz n°2 de Chostakovitch. Je lui avais offert le disque que nous venions d'enregistrer chez Decca avec Riccardo Chailly et le Concertgebouw. Il m'a appelé deux jours plus tard en me disant : " C'est absolument génial ! La manière qu'a Chostakovitch de reprendre le style américain avec cette pointe d'ironie ". Il a eu un véritable coup de coeur et il a laissé la musique telle quelle dans le film » explique Didier de Cottignies. 

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Un avant et un après Kubrick

Pour Antoine Pecqueur, musicien, journaliste et auteur du livre Les écrans sonores de Stanley Kubrick, il y a clairement un avant et un après Kubrick concernant l'utilisation de la musique au cinéma. « Par exemple dans Barry Lyndon, les hymnes militaires correspondent exactement au XVIIIe siècle décrit dans le film. En même temps, il se permet d'utiliser le trio de Schubert, qui a été composé au XIXe et est donc anachronique ». Kubrick déclara plus tard dans une interview qu'il n'avait pas réussi à trouver une musique du XVIIIe qui puisse « évoquer un thème d'amour ».

« Le choix des oeuvres musicales est toujours pleine de sens chez Kubrick, analyse Antoine Pecqueur. Quand il utilise le Requiem de Mozart ou du Ligeti, cela va avoir un sens dans la combinaison avec l'image, comme on le voit très rarement au cinéma. Dans le fil narratif, dans la compréhension psychologique des personnages, c'est un atout indéniable que joue la musique ». 

Le déclic de l'utilisation de la musique classique dans ses films se fera au moment de la conception de 2001, l'Odyssée de l'espace. La MGM l'avait obligé à s'associer avec un compositeur pour créer une bande originale. Mais lors des deux années de production, en attendant la partition, Kubrick avait décidé de mettre des titres de musique classique temporaires. Mais le jour où Alex North livra sa partition, écrite en seulement 15 jours sous la pression du réalisateur, Kubrick décida que les œuvres classiques collaient bien mieux. 

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« À moins que vous ne vouliez de la musique pop, il est vain d'employer quelqu'un qui n'est pas l'égal d'un Mozart, d'un Beethoven ou d'un Strauss pour écrire une musique orchestrale » avait d'ailleurs déclaré Stanley Kubrick lors d'un entretien avec Michel Ciment. 

A l'origine, il souhaitait d'ailleurs utiliser un extrait de la troisième symphonie de Mahler pour la scène d'introduction de 2001. Mais pour la fête de Noël 1967, il reçut en cadeau de la part de son beau-frère, un enregistrement d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. C'est une véritable révélation pour Kubrick qui décide immédiatement d'acquérir les droits. « Il s'agissait d'une version enregistrée par Karajan et l'Orchestre philharmonique de Vienne. Problème, Karajan n'a pas voulu que Kubrick utilise son disque ! Il faut dire que le réalisateur n'était pas encore très connu à l'époque » raconte Didier de Cottignies. 

« A cette époque, il ne devait exister que trois enregistrements différents de Zarathoustra. Kubrick s'est donc dirigé vers celle enregistrée par Karl Böhm avec le Philharmonique de Berlin. Il a payé les droits. Mais des années plus tard, il m'a avoué que lors du montage, au dernier moment, il a décidé d'utiliser tout de même la version de Karajan, sans rien dire à personne ! Il se disait que personne ne le remarquerait, ce qui a été le cas » se souvient de Cottignies. 

En plus de son immense talent de cinéaste, Kubrick aura également permis de donner une seconde vie à de nombreux morceaux de musique classique. A tel point qu’il est parfois devenu impossible de ne pas avoir des images du film en tête lorsqu’on les écoute. C’est justement ce qu’on pourra vérifier ce samedi et dimanche avec les concerts Kubrick à la Maison de la radio.