Sergio Leone et la musique de film, d’Ennio Morricone à Chostakovitch

"Le Bon, la Brute et le Truand", "Et pour quelques dollars de plus", "Il était une fois dans l’ouest"… les films de Sergio Leone sont aussi légendaires que leurs musiques gravées dans nos mémoires.

Sergio Leone et la musique de film, d’Ennio Morricone à Chostakovitch
Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone

Au panthéon des musiques de films, une place de choix est réservée aux productions de Sergio Leone. Le cinéaste italien, disparu le 30 avril 1989, est à l’honneur de la Cinémathèque française dans une exposition Il était une fois Sergio Leone qui revient sur ses collaborations avec Ennio Morricone mais aussi, plus largement, sur son rapport à la musique. Admirateur de Chostakovitch, le réalisateur du mythique Le Bon, la Brute, et le Truand, eut ainsi pour dernier projet un film centré sur le compositeur russe et sa 7e symphonie, Leningrad.       

Sergio Leone et l’invention du « bruit de l’ouest »

Si les musiques de la « trilogie du dollar » (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, et enfin Le Bon, la Brute, et le Truand) ont rendu le couple Sergio Leone - Ennio Morricone légendaire, on ne peut limiter la portée sonore de ces films à leur seule musique. Commissaire de l’exposition et grand spécialiste du réalisateur italien, Gian Luca Farinelli souligne l’importance du silence et des bruitages dans ses réalisations : « le silence lui permet de transformer le temps. Jusqu’à Sergio Leone, le cinéma sert à raconter rapidement une histoire, mais Leone, très souvent dans ses films, s’arrête de raconter quelque chose, grâce au silence ». 

Et avec le silence vient le bruit. Des scènes de plusieurs minutes sans musique, rythmées par le son des bottes, des pistolets… Après chaque film, Sergio Leone effectue un deuxième tournage sonore. Pour enregistrer les doublures voix, tout d’abord, mais aussi pour le bruitage : « c’était un travail artisanal… décrit Gian Luca Farinelli, avec une petite valise qui contient tout : des fourchettes, des éléments en métal, des éléments en bois… c’est du rien, de l’artisanat, c’est l’art qui se fait ». C’est avec son bruiteur que Sergio Leone va ainsi « inventer le bruit de l’ouest » qui marque ses films presqu'au même titre que la musique de Morricone…       

S’il est vrai que j’ai créé un nouveau type de westen en inventant des personnages picaresques et des situations épiques, c’est la musique d’Ennio Morricone qui les a fait parler ( Sergio Leone )

Il était une fois Ennio Morricone 

« Si on entend quelques secondes de musique de Morricone, immédiatement on voit les images. Et au contraire, si on regarde seulement une photo de Sergio Leone, immédiatement cette image nous renvoie à la musique ». Pour Gian Luca Farinelli, la relation entre les deux figures du western spaghetti est unique. Camarades de classe, comme ils l’ont découvert bien plus tard, Ennio Morricone et Sergio Leone seront également de grands camarades de films : pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965), le Bon, la Brute et le Truand (1966), Il était une fois dans l’Ouest (1968), Il était une fois la Révolution (1971), Mon nom est personne (1973), Un génie, deux associés, une cloche (1975) et enfin Il était une fois en Amérique (1984), soit 8 des 11 films réalisés par Sergio Leone.

Le duo ainsi formé réalise à chaque fois un spectacle total, image et son. Mais si le résultat est d’une telle qualité, c’est aussi parce que la musique inspire les personnages de Leone, comme l’explique le commissaire de l’exposition : « _A partir d’Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone dirige ses acteurs à travers la musique. Morricone écrit la musique avant le tournage, et Sergio leone fait écouter la musique aux acteurs pour les faire entrer dans le personnage, dans la poésie, dans tout ce qu’on ne peut pas dire aux acteurs_ ».  

Si Sergio Leone ne reçut aucun prix de son vivant - à peine fut-il nommé au Festival de Cannes en 1984 pour Il était une fois en Amérique - Ennio Morricone eut plus de succès avec ses musiques, lauréates au Nastro d’argento (Pour une poignée de dollars et Il était une fois en Amérique), du British Academy Film Awards (II était une fois en Amérique) et d’un Grammy Hall of Fame pour la musique du film Le Bon, la Brute et le Truand, rendu en 2009. 

Chostakovitch et Leningrad

Indissociable de Sergio Leone, la figure d’Ennio Morricone ne doit pas effacer les autres influences du réalisateur, et ses amours musicales. Et parmi celles-ci, Dmitri Chostakovitch. Qui de plus éloigné de Clint Eastwood en poncho et cigarillo que le compositeur soviétique ? Et pourtant. En 1969, le réalisateur, qui vient juste de terminer Il était une fois dans l’Ouest, découvre l’ouvrage de Harrison Evans Salisbury Les 900 jours, le siège de Leningrad. Il souhaite en faire un film, mais doit attendre le réchauffement des relations entre URSS et Etats-Unis pour que le projet prenne forme. 

Au fondement du film : Chostakovitch et sa 7e symphonie. « L’idée de Leningrad lui venait de Chostakovitch, souligne Gian Luca Farinelli, de son amour pour Chostakovitch. Quand Leone raconte ce film, il raconte aussi la musique de Chostakovitch ». Leningrad devait en effet commencer par un plan sur les mains du compositeur sur un piano, jouant quelques notes de la 7e Symphonie, dédiée à la ville de Leningrad : « la musique est répétitive, écrit Sergio Leone, elle commence avec trois instruments, puis cinq, puis dix, puis vingt, puis cent… etmon ouverture sera faite de cette musique ». 

De Leningrad, on ne connaîtra finalement que la note rédigée par Sergio Leone. Deux jours après avoir signé le contrat qui lance la conception du film, le réalisateur s’éteint d’une crise cardiaque, à l’âge de 60 ans.    

Il était une fois Sergio Leone Du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019 à la Cinémathèque française
En partenariat avec France Musique