Quand les bandes originales de jeux vidéos se font une place sur le marché de la musique de films

Soumis à de nombreuses difficultés tant économiques que sociales, le métier de compositeur de musique de films est en perte de vitesse. Une paupérisation du métier qui laisse place à une utilisation bien singulière de la musique classique dans un univers totalement virtuel : celui des jeux vidéos.

Quand les bandes originales de jeux vidéos se font une place sur le marché de la musique de films
visuel orchestre jeux vidéos

Alors que le prolifique compositeur Alexandre Desplat vient de remporter un oscar pour la bande originale du Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, la période prospère des musiques de films semble de plus en plus menacée. Une époque florissante qui avait éclose dans les années 60 et 70, et durant laquelle plusieurs compositeurs ont émergé et permis à la musique de films d'évoluer de manière considérable.
Longtemps épargnée par la crise du marché de la musique la musique, de film et représentait pour de nombreux compositeurs un gage de prestige ainsi qu'un espoir de revenus confortables. Il n’en est plus rien.

Soumis aujourd’hui à de nombreuses contraintes, l’univers des bandes originales de films peine à conserver la place reine qui lui avait été allouée ces dernières années. Entre délocalisations, concurrence accrue et baisse des budgets, la situation paraît bloquée économiquement.

« C’est devenu une habitude, un réflexe, un fait auquel beaucoup se résignent: les enregistrements de musique pour l’image, tous supports confondus, se font en très grande majorité dans d’autres pays qu’en France, principalement –mais pas seulement- dans l’Est de l’Europe » souligne le manifeste initié par l’Union des Compositeurs de Musiques de Films (UCMF) « Aujourd’hui, des milliers d’emplois ont été détruits dans la production et la post-production musicale dans notre pays ».

La concurrence de plus en plus exacerbée entre les compositeurs et leur capacité à contourner les coûts de la musique symphonique, grâce à leur maîtrise de technologies aux prix plus abordables (comme le home studio-studio d’enregistrement amateur) ont accentué une position de faiblesse face aux producteurs qui, depuis, ne cessent de réduire les budgets attribués à la musique.

Généralement, la musique de film représente 2% du budget total de la production d’un film américain. En France, la situation est différente : entre 0,3 et 0,4 % du budget d'un film est alloué à la musique originale, selon l'Union des Compositeurs de Musique de Films. Précisons que ces chiffres ne concernent pas les salaires des compositeurs, mais bien le budget qui leur est attribué pour la production, qu’ils doivent désormais souvent gérer et assumer seul. Une situation qui pousse à la désertification des studios français qui justifie le nombre de compositeurs contraints d’aller enregistrer à l’étranger. A Londres notamment (qui allie qualité des musiciens et faibles charges sociales) et plus encore en Macédoine, en Bulgarie ou en République tchèque.

Ajoutons à cela, un certain dédain manifeste des producteurs qui vient décrédibiliser la musique de film. Ces derniers réduisant bien souvent leur vision des bandes originales à une fonction purement illustrative ou utilitaire. La pratique de l’underscoring (désignant une bande originale placée en second plan de bruitages ou de dialogues), confirmerait cette vision purement utilitariste de la musique à l’image.
Pour le compositeur et chef d’orchestre russe Igor Stravinski, la musique représentait le « papier peint » du film. Une terminologie signifiant que cette dernière devait se contenter de supporter l'image et l'histoire, sans prendre le pas dessus.

De nombreux compositeurs s’orientent vers la musique à l'image, désignant par extension la musique attribuée aux séries, aux publicités ou encore aux jeux vidéos.

Sur ce marché fragile, l’utilisation des jeux vidéos a fait réapparaître la musique classique touchant ainsi une nouvelle génération de jeunes auditeurs. Dans les années 1970, la musique de jeu vidéo fait ses débuts avec une réputation de sous-musique. Aujourd’hui, alors que la qualité des bandes originales de jeux vidéos se rapproche lentement de celle des musiques de films, ces dernières sont commercialisées et jouées en concert, notamment au Japon. Elles répondent à la demande d’un public qui, il n’y a pas si longtemps, enregistrait lui-même depuis sa télévision les musiques de ses jeux vidéos préférés afin de les réécouter à loisir.

Au même titre que les musiques de films, les bandes originales de jeux vidéos ont leurs aficionados, toujours en quête des meilleurs arrangements de leurs thèmes favoris. A ce titre, les concerts symphoniques de musiques de jeux se développent de plus en plus et de nombreux compositeurs tels que Nobuo Uematsu ou Kōji Kondō s’y sont fait un nom. Une tendance qui se développe également en France.
Après le « Video Games Live » présenté en novembre 2014 au Palais des Congrès de Paris, plusieurs spectacles sont à prévoir dans le pays. Des représentations qui permettront au public de redécouvrir en version symphonique les bandes originales de leurs jeux vidéos préférés (Zelda, Super Mario, Final Fantasy…). Un concert, le « Press Start-Symphony of games » est également prévu le 11 avril 2015 dans la salle de la Mutualité à Paris. Réunissant un orchestre symphonique de plus de 60 musiciens sur scène, le concert tous les plus grands thèmes du jeu vidéo japonais.

La musique des plus grands compositeurs (Brahms, Malher, Wagner…) est réutilisée sur l’autel du virtuel afin d’apporter davantage d’intensité au caractère sensationnel et émotionnel du jeu vidéo. La musique est "l'expression de l'inexprimable ", et cette dernière apporte au jeu une dimension qui ne peut exister sans elle.

Grand vainqueur de cette « expression » musicale : Beethoven. L’esprit du grand compositeur refait surface dans nombre de jeux vidéos, et en devient le compositeur d’accompagnement numéro un.

La musique classique introduite au service du jeu vidéo : symphonie de l’imposture musicale ou moyen d’initier et de captiver involontairement les plus jeunes au classique ?

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