Polémique autour du concert du Nouvel An de la Staatskapelle de Dresde

Le concert du Nouvel An de la Staatskapelle de Dresde célèbre les 100 ans du studio de cinéma allemand UFA. Au programme : des airs tirés de films des années 1930 et 1940. Mais l'un des ces films est considéré comme de la propagande nazie.

Polémique autour du concert du Nouvel An de la Staatskapelle de Dresde
Christian Thielemann dirigeant la Staatskapelle de Dresde en 2013, © Getty / Hiroyuki Ito / Contributeur

Certaines œuvres programmées au concert du Nouvel An de l'orchestre allemand font débat. Au départ, il s'agissait de commémorer le centième anniversaire du studio allemand UFA, qui a produit de nombreux films entre les années 1920 et 1940. Parmi ces productions, certaines sont considérées comme des chefs-d'oeuvre, la plus célèbre étant L'ange bleu, avec Emil Jannings et Marlène Dietrich, en 1930.

Christian Thielemann, chef principal de la Staatskapelle, propose un programme composé des airs de ces films. L'ange bleu - dans lequel Marlène Dietrich chante le célèbre Ich bin von Kopf bis Fuss auf Liebe eingestellt - fait partie des œuvres retenues, ainsi que le Le congrès s'amuse et Les aventures fantastiques du baron de Münchhausen.

Le film Un grand amour, réalisé par Rolf Hansen en 1942, fait aussi partie de la programmation. Or, bien que ce film ne soit pas le fruit d'une commande politique, il est considéré comme propagandiste nazi, notamment parce qu'il place les SS au centre de l'intrigue et en donne une image positive, explique le journal allemand Die Welt. La projection du film a d'ailleurs été interdite après la guerre. Ce début de polémique met la chaîne de télévision ZDF, qui diffuse le concert, dans une position délicate.

« Parfois, je ne savais même pas qui était le compositeur »

Dans une interview accordée à Die Zeit, Christian Thielemann, chef d'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, affirme que les airs n'ont été retenus que pour leur qualité musicale. « Parfois, je ne savais même pas qui était le compositeur », explique t-il. Pour la ZDF, ce concert peut faire office « d'examen critique du passé ». Thielemann cite l'exemple du chef d'orchestre Franz Grothe. « Il a occupé des postes importants » sous le IIIème Reich, mais il était un « compositeur talentueux ».

Le cas du film Un grand amour est « complexe », puisque la musique est signée Michael Jary, que les Nazis ont empêché de sortir du pays. Quant aux paroles, elles sont l'œuvre de Bruno Balz, parolier homosexuel plusieurs fois emprisonné. L'actuel chef de la Staatskapelle de Dresde rejette toute volonté de provocation : « je ne peux pas faire un concert sur la UFA en occultant ceux qui se sont compromis. Sinon, autant ne pas faire ce concert », estime t-il. Aucune modification n'est prévue à la programmation qui sera présentée les 30 et 31 décembre.