"La musique de film en France" par Jérôme Rossi - Sélection Prix France Musique des Muses

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses, Jérome Rossi dirige un ouvrage sur "La musique de film en France, courants spécificités et évolutions" publié chez Symétrie. Présentation en entretien avec l’auteur.

"La musique de film en France" par Jérôme Rossi - Sélection Prix France Musique des Muses
Couverture du livre "La musique de film en France" par Jérôme Rossi, © Symétrie

Quelques mots sur Jérôme Rossi

Maître de Conférences à l’Université de Nantes, Jérôme Rossi est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à la musique post-romantique – particulièrement la musique anglaise de la première moitié du XXe siècle – et aux liens qui unissent musique et cinéma. Son activité de compositeur l’a amené à écrire de la musique de films pour de nombreux courts-métrages et une quarantaine de documentaires.

La musique de film en France

La musique de film en France, courants spécificités et évolutions retrace l’histoire de la musique de film en France pour en dégager les spécificités, l’originalité et les tendances. C’est un livre collectif coordonnée par Jérome Rossi qui suit l’évolution de la musique de film en France selon un parcours chronologique depuis les années 1930 mais avec de nombreuses entrées, focalisées sur un film, un réalisateur ou un compositeur. Cette étude se conclut par une série d’entretiens et de témoignages.

Trois questions à Jérôme Rossi

  • Quelle place occupe ce livre dans votre carrière ?

La musique de film en France est le second ouvrage que je consacre aux musiques de films ; le premier était un livre co-édité avec Cécile Carayol sur les musiques de séries télévisées (livre paru en 2015 aux Presses Universitaires de Rennes). La musique de film en France est le fruit d’un colloque qui s’est tenu en 2009 à la Sorbonne et qui reposait sur l’idée qu’il existe – ou a existé – une tradition française dans la musique de film. Un important travail éditorial pour enrichir et homogénéiser les contenus a été entrepris, un travail dans lequel l’éditrice Hjördis Thebault et le directeur de collection Nicolas Donin ont pris une part active.

Cela fait une quinzaine d’années que je publie régulièrement des articles sur l’oeuvre de compositeurs français de musique de film (Charles Koechlin, Henri Tomasi, Daniel-Lesur, Francis Poulenc, Alexis Roland-Manuel, Jacques Ibert, Henri Dutilleux, Georges Delerue, Philippe Boesmans, Eric Demarsan) et il m’était apparu important de faire exister un travail qui permettent de mettre ces figures en perspective. Pour ce livre, j’ai plus particulièrement travaillé en ce qui me concerne sur les chansons de film : et quel plus beau corpus choisir que les films de Claude Lelouch et de Francis Lai qui, en une quarantaine d’œuvres en collaboration, ont expérimenté absolument toutes les manières d’intégrer la chanson au récit filmique !

  • Que pensez-vous apporter aux lecteurs à travers votre ouvrage ?

Sur le sujet de la “musique française de film”, il n’existait guère que les ouvrages de François Porcile et d’Alain Lacombe (et, dans une moindre mesure, ceux de Georges Hacquart ou d’Henri Colpi, plus anciens), tout à fait excellents et fourmillant d’informations, mais dont les recherches demandaient à être poursuivies et développées par une nouvelle génération de musicologues, mettant notamment plus l’accent sur les questions de langage musical. A travers la quinzaine d’articles et les interviews de quelques compositeurs clés, on peut tracer quelques lignes de force de la “musique française de film” qui, par-delà des évolutions liées tant à l’esthétique des films qu’aux progrès de la technologie, parviennent à donner une unité à un gigantesque corpus. Parmi celles-ci, on peut citer – en gardant à l’esprit qu’il demeure bien entendu de nombreuses exceptions – le goût de l’expérimentation, la préférence pour des petits effectifs instrumentaux, la constitution de binômes créatifs réalisateur/compositeur sur une longue période, la recherche d’une certaine discrétion musicale, le rejet d’une musique trop effusive et sentimentale, la permanence de la chanson (française) de film, etc.

Le but d’un tel livre collectif est aussi de proposer des approches différentes et complémentaires de la présence musicale dans le film, contribuant ainsi à l’affirmation d’une branche de la musicologie que l’on pourrait appeler la “ciné-musicologie”. Si les film music studies constituent une discipline importante dans les pays anglo-saxons, ce phénomène reste assez marginal dans nos universités. Pour ma part, je tiens beaucoup à l’idée d’une approche analytique rigoureuse de la musique de film, utilisant tous les supports et ne se limitant pas au seul objet audiovisuel (correspondance entre les créateurs, traces de la musique dans le scénario, partition manuscrite lorsqu’elle existe, enregistrements, traces de manipulations en postproduction).

  • Quels sont vos projets futurs ?

J’ai plusieurs livres collectifs en préparation, un sur la musique classique et le cinéma (avec Stephan Etcharry), un autre sur les binômes réalisateurs/compositeurs (avec Cécile Carayol). J’ai également commencé un projet axé sur une histoire de l’analyse des musiques de film, assortie de propositions personnelles. Je n’exclue pas non plus de revenir un jour à la musique post-romantique, mon premier thème de recherche qui avait abouti à une biographie sur le compositeur anglais Frederick Delius (Prix des Muses de la Biographie en 2011). Je pense en particulier à des compositeurs relativement méconnus en France comme Jacques Ibert ou Arnold Bax.

Propos recueillis par Anabelle Machou dans le cadre d'un projet de tutorat.