Festival de Cannes 2017 : découvrir Pedro Almodóvar en musique

Flamenco, musique sénégalaise ou Petite messe solennelle de Rossini… Il y en a pour tous les goûts dans les films de Pedro Almodóvar, président du Festival de Cannes 2017.

Festival de Cannes 2017 : découvrir Pedro Almodóvar en musique
Pedro Almodóvar sur le tournage de "La piel que habito", en 2010., © AFP / MIGUEL RIOPA

Le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar préside la 70e édition du Festival de Cannes. Cinéaste de réputation internationale, régulièrement invité du festival, il est aussi une icône nationale de la Movida, ce mouvement culturel espagnol ayant exprimé la libération des mœurs dans les années 1980, après la dictature franquiste.

Les films d’Almodóvar font partie de ces oeuvres cinématographiques immédiatement identifiables. On reconnaît un humour sans tabou et des premiers rôles donnés à ceux que la société ne veut habituellement pas voir.

Plurielles et surprenantes, les musiques des films d’Almodóvar sont à l’image des histoires qu’il met en scène, accompagnant parfaitement chaque scénario, mais pouvant aussi bien s’écouter et s’apprécier sans images…

Almodóvar et Iglesias, un duo de choc

Sergio Leone et Ennio Morricone, Steven Spielberg et John Williams, Federico Fellini et Nino Rota… Nombreuses collaborations entre réalisateurs et compositeurs sont aujourd’hui mythiques. Dans le cas de Pedro Almodóvar, c’est avec Alberto Iglesias que la magie opère.

Alberto Iglesias est un compositeur de musique de films né en 1955, dans la ville de San Sebastián, en Espagne. Formé au piano, à la guitare et au contrepoint avant de s’intéresser à la composition et à l’électro-acoustique, Iglesias s’adapte aux univers de chaque film, renouvelant à chaque fois ses inspirations.

Et pour cause, Almodóvar et Iglesias partagent un même idéal : celui de la nouveauté. Échapper aux standards et aux traditions afin de toujours innover. Depuis leur rencontre en 1995 et leur première collaboration pour le film La fleur de mon secret, les deux artistes ne se quittent plus.

Des musiques espagnoles

Les films de Pedro Almodóvar nous emmènent au coeur de l’Espagne : ses femmes, ses familles, ses classes populaires, ses marginaux. Presque tous ont été tournés à Madrid, et quand le réalisateur quitte la capitale espagnole, c’est pour poser sa caméra à Barcelone (Tout sur ma mère, 1999) ou en Castille-la-Manche (La fleur de mon secret en1995 et Volver en 2006).

Cet attachement à ses terres d’origine s’exprime également à travers ses choix musicaux : Danse espagnole n°5 du compositeur espagnol Enrique Granados dans Kika, air de La Rosa Del Azafrán (une zarzuela du début du XXe siècle) dans Volver.

Volver, dans lequel on peut également entendre un chant flamenco, celui de l’andalouse Estrella Morente, pour doubler le jeu de Penélope Cruz.

Reprises et réappropriations

Almodovar dérange, émeut et amuse. Il s’autorise tout (ou presque) y compris dans le choix de sa bande son, passant dans un même film de la pop au répertoire classique.

Exemple avec le très controversé La Mauvaise Éducation - le film aborde le sujet de la pédophilie - sorti en 2004. On peut aussi bien y entendre une réinterprétation enfantine de Moon River, originellement chantée par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, une reprise sensuelle de Quizás, Quizás, Quizás, célèbre boléro cubain, ou encore le Kyrie Eleison de la Petite messe solennelle de Gioacchino Rossini.

Des choix surprenants, mais rarement anodins. Dans Tout sur ma mère, ce sont d’abord les compositions inquiétantes et sombres d’Alberto Iglesias qui illustrent les images d’une mère perdant son fils. Puis, tout à coup, résonne Tajabone d’Ismaël Lô, au moment où cette mère choisit de ne pas succomber au désespoir, partant à la recherche du père de son enfant disparu.

La guitare accompagne d’abord l’image d’un long tunnel, puis l’harmonica et la voix d’Ismaël Lô résonnent sur les premières images de Barcelone : une vue du ciel, la Sagrada Familia, et finalement le terrain vague où se prostituent des femmes transsexuelles. Et le Tajabone que chante Ismaël Lô est en fait le thème d’une fête traditionnelle sénégalaise, un carnaval joyeux au cours duquel les filles se déguisent en garçons, et les garçons en filles.

Voix de femmes

Les films d’Almodóvar racontent pour la plupart des histoires de femmes : mères, filles, sœurs, amantes… incarnées à l’écran par des visages réguliers : Carmen Maura, Victoria Abril, Penélope Cruz… Des actrices fidèles au réalisateur, et des voix féminines pour accompagner leur jeu et se révéler au grand public : Luz Casal dans Talons Aiguilles, Estrella Morente dans Volver, Chavela Vargas dans Kika, Concha Buika dans La piel que habito.

Pedro Almodóvar aime les voix chaudes et graves : chaudes comme l’amour inconditionnel éprouvé par ses personnages pour ceux qui leur sont proches, et graves comme les situations dramatiques qu’ils doivent affronter.

Et pour poursuivre dans l'univers de Pedro Almodóvar, retrouvez le portrait musical du réalisateur par Olivier Le Borgne.