Comment la musique de 2001 L’Odyssée de l’espace est devenue mythique

En 1968, le chef-d’oeuvre « 2001, L’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick sort sur grand écran. 50 ans après, si on retient l’audace du projet et le génie de son réalisateur, la bande originale est aussi devenue mythique.

Comment la musique de 2001 L’Odyssée de l’espace est devenue mythique
Comment la musique de 2001 L’Odyssée de l’espace est devenue mythique - image du film, © Getty

Pourquoi associe-t-on l’image d’un soleil avec le début d’Ainsi parlait Zaratoushtra de Richard Strauss ? La réponse tient en deux mots : Stanley Kubrick. Le réalisateur utilise la musique du compositeur allemand au début de son film 2001, L’odyssée de l’espace. Une séquence devenue mythique grâce à ce chef d’oeuvre cinématographique. 

Pour fêter les 50 ans de la sortie de ce film, le festival de Cannes l’a présenté, samedi 12 mai 2018, en 70mm, c’est à dire dans ses conditions d’origine.

Un demi-siècle après la découverte de cet ovni du cinéma, un élément ressort encore dans toutes les bouches, critiques, spectateurs, professionnels du cinéma : la musique. Dans 2001, L’odyssée de l’espace, la première ligne de dialogue intervient à la 25e minute. Stanley Kubrick utilise la bande-son comme appui, inspiration, et oeuvre d’art à part entière. 

L’histoire de cette musique de film est tout aussi singulière, et les œuvres que l’on entend n’auraient peut-être jamais dû être utilisées. Fruit du hasard ou sélection consciencieuse, découvrez comment la musique de 2001, L’odyssée de l’espace a été choisie. 

Mahler, Ligeti et Strauss

Au commencement était Mahler. La symphonie n°3 en ré mineur de Gustav Mahler. Au début du tournage, le réalisateur choisit cette oeuvre comme musique principale pour son film. Mais il change d’avis. Ce ne sera ni la première, ni la dernière fois. Stanley Kubrick ressent le besoin de travailler avec la musique. Toute sa filmographie regorge de scènes cultes embellies, accentuées par une utilisation toujours juste de la bonne oeuvre. 

Par exemple avec le Trio pour piano et cordes n°2 de Schubert dans Bary Lyndon :

Ou Musica Ricercata II de Ligeti dans Eyes wide shut : 

Razzia chez le disquaire 

Pour 2001, L’odyssée de l’espace, une fois les premiers rushs en main, Stanley Kubrick les illustre avec de la musique classique avant de les présenter à la société de production. Pour choisir les extraits, il demande, une semaine avant la présentation, à Tony Frewin, jeune assistant de 19 ans, d’aller acheter toute la musique classique qu’il trouve en ville, en lui donnant une belle somme d’argent. 

Une fois les vinyles achetés, il écoute le début des œuvres et fait son petit marché. Ce seront donc Richard Strauss, Aram Khatchatourian et Johann Strauss II . Pour le choix de la musique de Gyorgy Ligeti, le réalisateur peut remercier sa femme, Christiane Kubrick, et l’épouse du responsable des effets spéciaux, Charleen Pederson. Les deux travaillaient sur le plateau (elles réalisaient des sculptures d'extra-terrestres) en écoutant la radio britannique BBC (le tournage s'est déroulé en Angleterre). A ce moment-là, une oeuvre de Ligeti est diffusée. A l’époque (nous sommes en 1967) ce compositeur est méconnu. 

Stanley Kubrick se démène pour retrouver son nom et choisit d’utiliser à six reprises ses œuvres : Atmospheres pour l’introduction du film, un extrait de son Requiem, Lux Aeterna, Jupiter and beyond et Adventures. Toutes des pièces composées dans les années 60, donc contemporaines à la réalisation du film. 

Satisfait, Stanley Kubrick présente les rushs de son film à la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), la société de production. La réponse ne se fait pas attendre : pour un film d’une telle envergure (et d’un tel budget : 10 millions de dollars), il fallait une bande originale. Sous la pression des producteurs, le réalisateur appelle donc un ancien collaborateur, Alex North, avec qui il avait travaillé sur Spartacus

Une proposition en or pour le compositeur américain. Mais il comprend vite qu’il n’aura pas carte blanche. Stanley Kubrick garde en tête les œuvres de Strauss et Ligeti et demande au compositeur d’imaginer une bande originale inspirée de ces musiques. En deux semaines, Alex North écrit une partition qui sera enregistrée dans la foulée dans des conditions difficiles. Paralysé par la pression d’un tel exercice, le compositeur se retrouve à l’hôpital et se fait transporter en chaise roulante jusqu’au studio de répétition pour suivre l’avancée de son travail. 

La musique est prête, la partition est bonne, mais Stanley Kubrick décide tout simplement de ne pas en utiliser une seule note. Un choix que le compositeur Alex North découvrira sur grand écran pour la première de 2001, L’odyssée de l’espace. Cette bande originale est longtemps restée dans l’oubli avant une récente réédition, et il est désormais possible de l’écouter en ligne

L'histoire de cette musique de film montre à quel point Stanley Kubrick avait une idée arrêtée de ce qu'il voulait entendre. La popularité du film a transformé ces œuvres, du déjà très connu Beau danube bleu de Johann Strauss, à Lux Aeterna en passant par Ainsi Parlait Zarathoustra, en 'tubes' de la musique dite classique.