10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Ennio Morricone

Inspiré par les grandes œuvres du répertoire classique, trompettiste de formation et personnage au caractère bien trempé… Voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Ennio Morricone.

10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Ennio Morricone
Le compositeur, chef d'orchestre et producteur Ennio Morricone, à Berlin, en décembre 2013., © AFP / Thomas Bartilla / Geisler-Fotopres

Quand bien même vous ne connaîtriez pas son nom, Ennio Morricone, vous avez déjà et forcément entendu l’un de ses thèmes musicaux : celui joué à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest, par les violons de Chi Mai, ou les cris de coyote dans Le Bon, la Brute et le Truand.

Or c’est là un grand regret pour ce prolifique compositeur : que l’on résume son oeuvre (près de 500 musiques de films) à sa collaboration avec le réalisateur Sergio Leone. Car tous deux ont signé six westerns devenus mythiques, mais qui ne représentent en fait qu’une infime partie de l’ensemble des compositions de Morricone.

Respectons donc la volonté du Maestro et tentons de le présenter en 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas et qui ne font (presque) pas référence aux épopées de Sergio Leone !

Trompettiste

Lorsque l'on pense aux années de formation d’un grand compositeur de musique orchestrale, on l’imagine plutôt faire ses armes au piano ou au violon, mais pas vraiment à la trompette. C’est pourtant le cas d’Ennio Morricone, trompettiste de formation, comme son père l’était de métier.

A l’âge de 14 ans, il intègre la prestigieuse Académie de musique Sainte-Cécile, à Rome. Puis il demande à rejoindre la classe de composition, ce qui n’est pas sans créer la surprise de ses professeurs car, au sein de cette école de musique classique « c'était presque scandaleux qu’un étudiant en classe de trompette veuille étudier la composition », explique le musicologue Sergio Miceli dans un documentaire réalisé pour la chaîne BBC2 en 1995.

Pendant et après ses années de conservatoire, Ennio Morricone joue de la trompette dans les cabarets de Rome pour gagner un peu d'argent et nourrir sa famille.
Pendant et après ses années de conservatoire, Ennio Morricone joue de la trompette dans les cabarets de Rome pour gagner un peu d'argent et nourrir sa famille.

Ennio, Dan ou Leo

Grâce à un ami de son père qui travaille pour la RAI (télévision italienne), Ennio Morricone fait des arrangements musicaux pour le petit écran. Puis, de fil en aiguille, il se taille une petite mais solide réputation et commence à composer pour le cinéma.

Sous les pseudonymes de Dan Savio ou Leo Nichols, il signe alors ses premières bandes originales. Lui qui aspire à la grande musique, a-t-il honte d’écrire pour les salles obscures ? Non, répond-il à la journaliste Sue Adler en 1984, dans un entretien pour le magazine Cinema Papers : « Les producteursvoulaient que les films aient l’air d’avoir été produits aux Etats-Unis. Et mon nom ne sonnait pas vraiment américain... »

Extrait du générique d'ouverture du film 'Pour une Poignée de Dollars' (1964), dans lequel la musique est signée 'Leo Nichols' et non Ennio Morricone.
Extrait du générique d'ouverture du film 'Pour une Poignée de Dollars' (1964), dans lequel la musique est signée 'Leo Nichols' et non Ennio Morricone.

Quand la guitare électrique et les sifflets rejoignent l’orchestre

Les compositions de Morricone sont singulières car elles sont aussi bien inspirées par les grandes œuvres du répertoire classique que par les bruits simples et bruts de la vie quotidienne. Se mêlent ainsi dans ses œuvres : guitare électrique, flûte de pan, sifflet, cloche et imitations de bruits d’animaux, le tout accompagné par un traditionnel orchestre symphonique.

Ennio Morricone utilise les nouveaux procédés de la musique expérimentale au service du cinéma. Avant même d’œuvrer pour le grand écran, il s'intéresse à ces procédés de composition, ces innovations musicales. Dans les années 1960, donc au début de sa carrière, il rejoint la Nuova Consonanza, une association qui promeut la musique contemporaine à Rome.

Musica assoluta

Sans pour autant mépriser la composition au service du 7e Art, Ennio Morricone a « toujours gardé la nostalgie de la musique classique » (L’Express, 18 mars 1999). Et le compositeur ne manque pas une occasion de citer ses références musicales : Monteverdi, Bach, Stravinsky, Berio, Boulez

Il n’a d’ailleurs jamais mis de côté ce qu’il appelle la musique absolue (musica assoluta), composant plusieurs œuvres de concert, parmi lesquelles : un concerto n°1 pour orchestre en 1957, un concerto n°3 pour guitare et marimba en 1991, ou encore une Messe pour le pape François en 2015.

Pastiches classiques

« Même si je suis conscient qu’il existe un fossé énorme entre le public qui va au concert et celui qui va au cinéma, ces clins d’oeil [au répertoire classique] sont une manière de rapprocher ces deux mondes… » (L’Express, 18 mars 1999)

L’influence de la ‘grande musique’ est omniprésente dans l’oeuvre de Morricone, et le compositeur s’en amuse. Il reprend et arrange des oeuvres classiques dans ses musiques de films : la célèbre Chevauchée des Walkyries de Wagner pour les hordes de Mon nom est personne (1973) ou le Prélude BWV 543 de Bach dans le thème principal du Clan des siciliens (1969).

Chef d’orchestre exclusif

Ennio Morricone est aussi chef d’orchestre : en studio d’enregistrement comme sur scène, il dirige choristes et instrumentistes, pour des concerts parfois grandioses. En septembre 2017, par exemple, à l’AccorHotels Arena de Paris, près de 170 musiciens obéissaient à sa baguette.

Pourtant, il le reconnaît lui-même : « Je ne suis pas un vrai chef d’orchestre, je ne dirige pas la musique d’autres compositeurs », (AFP, juillet 2017). En effet, Morricone ne monte sur l’estrade que pour ses propres compositions, à la différence d’autres maîtres de la bande originale tels que John Williams qui dirige aussi bien les musiques des films Star Wars qu’une symphonie de Haydn ou Mendelssohn.

Ennio Morricone en concert au Palais Omnisport de Paris Bercy, le 4 février 2014.
Ennio Morricone en concert au Palais Omnisport de Paris Bercy, le 4 février 2014., © AFP / David Wolff-Patrick

Premier oscar à 87 ans

La carrière d’Ennio Morricone débute dans les années 1960 et ses musiques de films sont très tôt saluées par le public comme par la critique, mais ce n’est qu’en 2016, après plus de cinquante ans de carrière, que le compositeur reçoit enfin son premier Oscar de la meilleure musique de film.

Morricone avait déjà été nominé quatre fois en vue de la même récompense, avait reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2007, mais n’avait jamais vu l’une de ses musiques officiellement consacrée par l’exigeante communauté hollywoodienne. C’est donc chose faite avec la bande originale des Huit Salopards de Quentin Tarantino, réalisateur à qui Morricone ne manque pas de rendre hommage à la fin de son discours de remerciement, faisant remarquer qu’il « n’y a pas de grande musique de film, sans grand film pour l’inspirer. »

Ennio Morricone dans la salle de presse de la 88e cérémonie des Oscars, à Los Angeles, le 28 février 2016.
Ennio Morricone dans la salle de presse de la 88e cérémonie des Oscars, à Los Angeles, le 28 février 2016., © AFP / Robyn Beck

Un peu de pop

« Je ne connais le nom d’aucun musicien de musique pop », confiait Morricone en mai 2016 à la journaliste Katie Forster pour le quotidien britannique The Guardian. « La musique pop est formatée, elle est faite pour plaire au plus grand nombre. »

S'il se montre plutôt distant vis-à-vis des musiques populaires, le Maestro s'y est pourtant déjà essayé. En 1966, par exemple, il compose Se Telefonando pour l'italienne Mina - chanson qui sera d'ailleurs reprise par François Hardy sous le nom de Je changerai d’avis. Dans un autre genre, en 1974, Morricone dirige et produit un disque en collaboration avec la française Mireille Mathieu.

A l’école avec Sergio Leone

On avait promis de ne pas (ou de peu) en parler, mais difficile d’évoquer Morricone sans mentionner le réalisateur italien Sergio Leone. Car bien que le compositeur se fâche d'être sans cesse ramener à ce sujet, force est de reconnaître que « ce sont les succès de ses musiques de westernsqui lui ont permis d’acquérir la liberté de composition dont il a bénéficié par la suite » (Christopher Frayling, biographe de Morricone, BBC2, 1995).

Leone et Morricone, ce sont des films et des musiques hissés au rang des plus grands classiques du cinéma (Le Bon, la Brute et le Truand, 1968, Il était une fois dans l’ouest, 1969, ou encore Il était une fois l’Amérique, 1984). Ce sont aussi deux amis, deux enfants du quartier de Trastevere, à Rome, où ils se croisent pour la première fois en 1937 entre les murs de la même école primaire, sans pour autant se revoir avant de former leur duo mythique.

Le réalisateur italien Sergio Leone (1929 - 1989), ici au Venice Film Festival en 1998.
Le réalisateur italien Sergio Leone (1929 - 1989), ici au Venice Film Festival en 1998. , © Getty / Marcello Mencarini / Leemage

Pas commode ?

Tout journaliste ayant décroché un entretien avec Ennio Morricone pourra en témoigner : l’homme n’est pas particulièrement simple à aborder, ni à interviewer. Il faut dire que la liste des recommandations transmises par son agent est longue. Appelez-le Maestro (et non Signore Morricone, trop formel, ou encore moins Ennio, trop familier). Évitez de faire référence aux films de Leone (trop réducteur) et, si vraiment vous y tenez, n’employez surtout pas l’expression western spaghetti (péjorative). Ne demandez pas non plus à Morricone de se mettre au piano, car il est un compositeur, pas un interprète !