VIDEO - Philip Glass, du minimalisme au maximalisme

Opéra, théâtre, cinéma, publicité... La musique du compositeur Philip Glass est partout. Si le mélange des genres est désormais sa marque de fabrique, il est pertinent de revenir sur le moment où l'un des fondateurs du minimalisme est devenu « maximaliste » avec l'opéra « Einstein on the beach ».

VIDEO - Philip Glass, du minimalisme au maximalisme
Philip Glass, l'un des fondateurs du courant minimaliste, © Radio France / Leon Morris

Philip Glass, le maximaliste ? 

Né en 1937, Philip Glass étudie la flûte avant de se mettre au piano à l’âge de quinze ans. Très tôt, il se prédestine à la composition et met tout en oeuvre pour avoir une connaissance et une technique musicale à la hauteur de ses ambitions. 

Des influences majeures

Après une formation à l’Université de Chicago puis à la Juilliard School, il part étudier à Paris auprès de Nadia Boulanger en 1964. A l’instar de nombreux musiciens américains (Leonard Bernstein, Virgil Thomson, Aaron Copland…), il parfait ainsi sa technique auprès de la grande pédagogue de la musique. 

« Elle m’a donné deux choses : la confiance pour écrire une musique novatrice et (…) elle m’a fait comprendre que le style n’existe pas sans technique ».

En 1967, c’est en assistant Ravi Shankar pour la bande originale du film « Chappaqua » qu’il découvre la musique indienne. Ses observations, bien qu’un peu faussées, lui inspireront l’usage de processus additifs dans sa musique : « Je pensais écouter une musique construite de manière additive (..) elle est construite de manière cyclique, expliquera Glass. Et cela s’est avéré très utile, parce que la méprise, l’usage d’un processus additif, est en fait devenu la méthode avec laquelle j’ai commencé à écrire de la musique ».

A Paris, celui qui se définit comme « un compositeur de théâtre » s’initie aux différents courants scéniques : Jean-Louis Barrault, Bertolt Brecht, Jean Genet, Jerzy Grotowski...

«  C’est à Paris que j’ai compris ce que pouvait être le théâtre contemporain » - Philip Glass

Les débuts du minimalisme

De retour aux Etats-Unis, Philip Glass se consacre à la composition tout en multipliant les petits boulots. Il côtoie Steve Reich qui fait notamment partie des débuts du « Philip Glass Ensemble », il héberge Moondog, le Viking de la 6th avenue. Avec Terry Riley, ils sont les fondateurs du minimalisme, courant musical basé sur la répétition. 

« La structure et le contenu sont identiques et c’est là l’idée maîtresse du minimalisme » - Philip Glass

De 1971 à 1974, il compose  « Music in Twelve Parts », œuvre majeure de la musique minimaliste. Daniel Caux, musicologue et producteur radio décrit ses pièces comme « hypnotiques, répétitives, austères, écrites dans un langage tonal ».

Le choc « Einstein on the Beach »

L’art minimaliste de Philip Glass rencontre la mise en scène maximaliste de Bob Wilson. Cet opéra d’une durée de cinq heures, que l’on découvre au Festival d’Avignon le 25 juillet 1976, est un véritable « acte de naissance public », comme le souligne Daniel Caux : « La musique de Philip Glass a complètement changé. Effectivement, elle est répétitive et minimaliste mais avec une invention, avec un renouvellement des formes ». Sa musique, avant-gardiste, est « très proche des musiques électroniques d’aujourd’hui », précise Bob Wilson. 

Le metteur en scène et Philip Glass partagent la même appréhension du temps. La conception du temps occidentale est remise en cause et met en scène la théorie de la relativité où la perception du temps est un élément fondamental.

Dans « Einstein on the Beach », les formes classiques de narration n’existent pas, des tableaux exposant les théories d’Einstein se succèdent. Pour le milieu de l’opéra, peu connaisseur du théâtre expérimental, c’est un véritable choc. 

« Beaucoup de secteurs de l’art dans le monde et en France, dans la danse [sont] redevables à ce spectacle. » - Daniel Caux

Par la suite, Philip Glass multiplie les incursions dans divers genres : opéras (il en écrit plus d'une vingtaine), bandes originales de films (« The Hours », « Mishima », « Kundun »…), musique classique (il compose 11 symphonies). Il collabore avec des musiciens pop (Suzanne Vega, Aphex Twin…) et écrit des symphonies inspirées de David Bowie, Brian Eno, Allen Ginsberg, Leonard Cohen… 

« Je mourrai avant d’avoir écrit toute ma musique » - Philip Glass