VIDEO : La caisse claire, comment ça marche ? Emmanuel Curt

Descendante du tambour militaire et élément central de la batterie, on rencontre aussi la caisse claire dans la musique symphonique. Emmanuel Curt, percussionniste à l'Orchestre National de France, nous fait découvrir la couleur et le timbre de cet instrument.

VIDEO : La caisse claire, comment ça marche ? Emmanuel Curt
Emmanuel Curt joue "Rebonds B" de Iannis Xenakis, © Radio France

France Musique : C'est quoi, les percussions ?

Emmanuel Curt : C'est un monde paradisiaque fait de timbres, de couleurs et de rythmes. Il est composé d'une multitude d'instruments : c'est une vraie caverne d'Ali Baba orchestrale. La difficulté des percussions vient justement de cette multiplicité qui demande une capacité d'adaptation. Autrement, je ne pense pas que les percussions soient plus ou moins difficiles qu'un autre instrument.

France Musique : C'est quoi, une caisse claire ?

Emmanuel Curt : Tout d'abord, il faut savoir que c'est un membranophone : elle est composée d'une peau, sur laquelle on tape avec des baguettes, des balais, les mains, etc. Cette peau est tendue sur une caisse de résonance qui va amplifier la vibration produite pour donner un son. Autre particularité de la caisse claire : elle est munie d'un timbre qui va ajouter une couleur supplémentaire à l'instrument, cette fameuse couleur « claire ». Grâce à un déclencheur, on peut jouer avec ou sans ce timbre, selon les souhaits du compositeur.

France Musique : Quelle est l'histoire de la caisse claire ?

Emmanuel Curt : L'évolution de la « facture instrumentale » des percussions et particulièrement celle des tambours, est incroyable. L'ancêtre de la caisse claire est le tambour militaire et l'instrument actuel apparaît à la fin du 19ème siècle dans la musique symphonique. Aujourd'hui, elle s'impose comme l'élément central de la batterie.

France Musique : Une caisse claire, comment ça marche ?

Emmanuel Curt : On va tout simplement frapper la peau de la caisse claire : le son résulte de la vibration de cette peau et de la résonance de la caisse. On peut aussi utiliser des balais : ce sont des petites baguettes composées d'un manche et d'un faisceau de brins métalliques qu'on retrouve surtout dans le jazz. En frottant la peau, elle permettent d'obtenir un mode de jeu beaucoup plus souple et chaleureux.

France Musique : La caisse claire produit-elle des sons... inattendus ?

Emmanuel Curt : On peut jouer avec le timbre, en manipulant le déclencheur. On peut aussi jouer avec les doigts. On peut faire ce que l'on appelle des « rimshots » : cette technique de jeu consiste à frapper le bord de la caisse en même temps que la peau, le son produit est alors plus sec. Enfin, on peut jouer uniquement sur le bord métallique de la caisse, pour imiter le bruit des claquettes ou des castagnettes.

France Musique : Quel est le rôle de la caisse claire ?

Emmanuel Curt : Il est essentiellement rythmique. On retrouve la caisse claire dans les symphonies de Chostakovitch, dans le Boléro de Ravel, toujours en accompagnement. Il n'existe pas de solos de caisse claire à proprement parler. Dans une batterie, la caisse claire est l'élément central : c'est elle qui va faire ce que l'on appelle « l'afterbeat », le 2ème et le 4ème temps dans les mesures binaires.

France Musique : Quels styles peut-on jouer à la caisse claire ?

Emmanuel Curt : Au 19ème siècle, quand les armées donnaient l'assaut, il y avait toujours des musiciens en première ligne et particulièrement des tambours (une partie de la chair à canon, c'était malheureusement nous). On peut donc jouer des marches militaires, mais aussi toutes sortes de pièces contemporaines ou le fameux Boléro.

France Musique : Que vous apporte la caisse claire ?

Emmanuel Curt : Un plaisir un petit peu tribal de jouer de cet instrument.