VIDEO - Arandel : « Il y a un Bach pour tout le monde »

Avec l'album InBach, l'artiste lyonnais électro Arandel réinvente la musique de Bach sur des instruments baroques du Musée de la musique à Paris.

VIDEO - Arandel : « Il y a un Bach pour tout le monde »
Le musicien électro Arandel, © Julien Mignot

Après s'être inspiré de l'oeuvre minimaliste In C de Terry Riley avec son album In D paru en 2011, Arandel a décidé de s'attaquer au compositeur des compositeurs : Jean-Sébastien Bach. L'artiste, qui se décrit comme « musicien électronique autodidacte », vient de sortir son dernier album InBach, un opus où il réorchestre plus ou moins librement des œuvres du cantor de Leipzig. La particularité du projet ? Le mélange d'instruments acoustiques anciens - une quinzaine, tous issus de la collection du Musée de la musique à Paris - et de synthétiseurs analogiques. 

Ce projet prend racine lorsque la Philharmonie de Paris lui a commandé un ensemble live et DJ-set dans le cadre du Bach Marathon en mars 2018. « Ce qui m'intéressait dans ce projet, c'était d'aller regarder ce qui faisait que la musique de Bach était toujours pertinente à travers toutes les transmutations qu'elle a pu connaître au cours du XXe siècle, depuis Wendy Carlos en 1968 avec le fameux album Switched-On-Bach », explique Arandel. Pour l'artiste lyonnais, la musique de Bach a quelque chose d'intemporel, tout le monde en a déjà écouté au moins une fois dans sa vie, volontairement ou non : « je remarque juste qu'il y a un Bach pour tout le monde ».

Le musicien électro a débarqué au Musée de la musique avec un studio mobile. Impossible de faire sortir les instruments de l'institution qui a des politiques de conservations strictes. De plus, seuls les professionnels des instruments en question sont habilités à les manipuler. Arandel a donc dû faire jouer la musique de Bach par des musiciens spécialistes du clavecin ou de l'orgue. 

« Nous n'avons pas eu deux instruments avec le même diapason et certains ne tenaient même pas l'accord ! Je suis arrivé au musée avec des maquettes [...], mais évidemment, un orgue de 1791 dans son état de conservation actuel, avec son timbre particulier et unique, ne va jamais sonner tel qu'on peut l'imaginer » poursuit Arandel.

De retour dans son studio lyonnais, Arandel a pu travailler chaque œuvre indépendamment, sans se laisser impressionner par la figure de Bach et sans pour autant avoir l'impression de commettre un sacrilège : « De par mon autodidaxie, je n'ai pas de rapport au sacré avec Bach. Ce qui ne veut pas dire que je l'ai fait sans respect, au contraire. J'ai bien gardé à l'esprit l'intention de la pièce telle que je la comprenais. J'avais cette approche très naïve, comme un enfant à qui on donne une boîte de couleur et qui a envie d'essayer de dessiner, sans se poser la question de ce qui se fait et ne se fait pas ». Chaque morceau a reçu un traitement spécifique, certains nécessitant plus d'acoustique, d'autres plus d'électronique, pour au final arriver à un délicat équilibre entre analogique et numérique. 

Sur cet album le musicien endosse donc le rôle du « ré-orchestrateur » et moins celui du compositeur, la majorité des morceaux ayant été joués tels que Bach les a écrits : « C'est plutôt la ligne que j'ai suivi sur l'ensemble de l'album, à quelques exceptions près [...], comme certains traitements de réverbérations, de spatialisation, quelques nappes sonores, etc. [...] J'ai vraiment fait du paysage ». 

Pour InBach, le musicien électro s'est entouré de différents artistes, comme les pianistes Vanessa Wagner et Wilhem Latchoumia, l'auteure compositrice et interprète Barbara Carlotti ou encore la violoniste Petra Haden, fille de Charlie Haden. Arandel compte poursuivre l'exploration de la musique baroque, véritable « coffre à jouet » à ses yeux : « Il y a quelque chose de fascinant et de naturel dans cette écriture ».