VIDEO - En tête à tête avec John Adams

Lors de son dernier passage en France, le compositeur et chef d'orchestre nous a accordé un entretien dans lequel il revient sur l'ensemble de sa carrière, évoque ses influences, ses opéras et ses compositions musicales, et partage sa perception de la société et de son évolution.

VIDEO - En tête à tête avec John Adams
John Adams, © Riccardo Musacchio

30 minutes avec le compositeur et chef d'orchestre John Adams

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Rendre la musique accessible, une priorité

Pour John Adams, la question de l'accessibilité de la musique est primordiale. Cela a été sa ligne directrice à ses débuts mais aussi tout au long de sa carrière, avec des œuvres comme  Short Ride in a Fast Machine. « Mon modèle a toujours été un artiste comme Charles Dickens, Tolstoï, ou d'ailleurs Wagner ou Verdi : je pense qu'il est possible de parler à un large public, pas à tout le monde, mais à un public large, intelligent et informé, et pourtant dire quelque chose qui est à la fois accessible et profondément significatif. » précise le compositeur américain. 

Cette accessibilité se retrouve autant dans la forme que dans le fond. En abordant des thématiques comme la bombe nucléaire avec Dr Atomic, l'opposition entre capitalisme et communisme avec Nixon in China ou le terrorisme avec The Death of Klinghoffer, il place sa musique au centre du monde actuel et ses opéras s'avèrent être de véritables « miroirs de la société ».

Toutefois, l'opéra n'a plus la même portée qu'à l'époque de Verdi ou Wagner et John Adams invite à l'humilité : « Nous qui travaillons dans l'opéra, nous devons être très humbles car il y a tellement d'autres formes très populaires. Il y a le cinéma, la télévision et maintenant il y a internet. ». Parallèlement, il propose que chaque nouvel opéra ait pour objectif de stimuler les spectateurs :  « Je pense que les gens qui s’intéressent à l'opéra, qui s’intéressent à la musique, qui s’intéressent à la poésie et aux pensées profondes, veulent vraiment une expérience lyrique qui les bousculent à tous les niveaux. »

Des influences plurielles et hétérogènes

Si l'actualité et le monde actuel sont sources d'inspiration pour le compositeur et chef d'orchestre américain, il n'hésite pas à puiser dans la mythologie, l'histoire antique ou les grands classiques pour élaborer ses projets musicaux. Ainsi, il travaille actuellement sur un opéra à partir de l'œuvre de Shakespeare, Antoine et Cléopâtre. 

John Adams constate que les compositeurs, à ses débuts, s'intéressaient principalement à la forme et au style, alors qu'à l'heure actuelle, c'est le message social qui prime. Ce changement de perception permet une ouverture de la musiques et des arts aux minorités : « Il y a un énorme mouvement vers l'expansion de la diversité dans les arts, non seulement dans le fait de commander des œuvres à des personnes de couleur ou des femmes, et tout autre minorité, mais de trouver des thèmes, que ce soit par la littérature, le théâtre ou la musique, qui expriment les aspirations les plus profondes de personnes qui ont, depuis la nuit des temps, été opprimées. Je suis donc très fier de ce mouvement aux États-Unis. »

Au delà du minimalisme

« Ce qui m’amuse toujours lorsque je viens en France, c’est que les gens sont toujours accrochés à l’idée que je suis 'un minimaliste' ! ». 

S'il reconnaît que l'on peut retrouver une touche minimaliste dans certaines de ces œuvres, John Adams estime que ses compositions se sont affranchies de ce style musical : « Pour moi, j'ai toujours eu l’envie de bouger et j'ai toujours ressenti que le minimalisme était un peu trop rigide. Je voulais trouver un moyen de l'étendre pour que mon style soit plus dramatique, plus capable de choc, de surprise. Et je peux aussi écrire de la musique lente, car s’il y a bien une chose qu'un minimaliste ne peut pas faire, c'est écrire des adagios ! ».

Au commencement était le Verbe

Short ride in a fast machine, I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky... La créativité et l'originalité des titres d'œuvres de John Adams exercent un pouvoir de fascination qui transcende la musique. 

D'une part, cela lui permet de se détacher de l'héritage pesant et intimidant de la musique classique, qui consiste à numéroter des formes musicales : « vous ne voulez pas écrire une 9e Symphonie parce que quelqu'un d'autre l'a déjà fait, et plutôt pas mal ! ». Et d'autre part, l'écrit peut inspirer la musique : « Dans le cas de mon nouveau concerto pour piano, j'ai trouvé l'expression « 'Must the Devil Have all the Good Tunes' dans un article de magazine. [...] Je savais que je voulais écrire ce concerto, et qu'il aurait cette saveur un quelque peu « diabolique », parce que je l'ai écrit pour un pianiste virtuose et glamour.Cela me semblait être un titre qui attendait un morceau. »

De Debussy à Stravinsky

A l'opposé de compositeurs comme John Cage, l'auteur de Shaker Loops revendique son éducation musicale, Mahler, Debussy mais aussi Stravinsky. 

Claude Debussy, qui était au programme de son concert à la Maison de la radio avec l'Orchestre philharmonique de Radio France en février 2020 avec Le Livre de Baudelaire, est son compositeur favori : « La subtilité de son expression, les sonorités et les couleurs, et pour sa façon de parler en tant qu’être humain à travers sa musique, ça a été un vade-mecum tout au long de ma vie. »

Similairement, il souligne l'influence d'Igor Stravinsky sur sa musique : « Vous l'aimez parce qu'il est un si grand compositeur et vous le détestez parce qu'il semble avoir déjà pensé à tout et nous a laissé que le reste de ses miettes. Il n'y a pas un compositeur vivant qui n’a pas été influencé par un certain nombre d’œuvres de Stravinsky. »