VIDEO - Comment Merce Cunningham a révolutionné la danse

A l'occasion des 100 ans de la naissance de Merce Cunningham, il est essentiel de se replonger dans l'œuvre visionnaire du chorégraphe. En dissociant la danse de la musique, en faisant intervenir le hasard et en insérant les gestes du quotidien dans ses chorégraphies, il a réinventé la danse.

VIDEO - Comment Merce Cunningham a révolutionné la danse
Merce Cunningham a offert un nouvel espace-temps à la danse, © Getty / Jack Mitchell

La révolution Merce Cunningham

Après une formation à la Cornish School, Merce Cunningham rejoint la compagnie de Martha Graham, fondatrice de la danse moderne. Il s'émancipe en 1953 pour fonder sa propre compagnie, la Merce Cunningham Dance Company. Auteur de plus de 180 pièces, il a  révolutionné la danse.

En dissociant musique et chorégraphie

Merce Cunningham rencontre John Cage à la Cornish School de Seattle, où ce dernier accompagne au piano les danseurs. Très vite, le compositeur lui propose une collaboration avec le principe suivant : chacun travaille son art de son côté, avec une contrainte de durée. C'est uniquement lors de la première représentation que les danseurs découvrent la musique. 

La danse EST la musique - Merce Cunningham

On retrouvera ce procédé de dissociation des deux arts dans toute l'œuvre du chorégraphe, au-delà de sa collaboration avec son compagnon John Cage, qui aura duré cinquante ans. Merce Cunningham travaillera avec d'autres compositeurs comme David Tudor, Takehisa Kosugi, Morton Feldman...

En utilisant le hasard pour créer

A l'instar de John Cage avec la musique, Merce Cunningham s'appuie sur le hasard au moment de la création. Il utilise notamment le Yi-King, le plus ancien livre chinois, manuel des arts divinatoires. Il prépare en amont des "phrases", séries de mouvement, et tire au sort pour savoir dans quel ordre agencer ces séries de mouvements, le nombre de danseurs, les emplacements sur scène...  

Dans son livre d'entretiens avec Jacqueline Lesschaeve « Le danseur et la danse », le chorégraphe décrit la méthode utilisée pour le ballet «Torse ». Il conçoit 64 phrases dansées, chacune composée d'un nombre de mouvements différent : la première phrase comprend un mouvement, la deuxième deux, la troisième trois et ainsi de suite... Chaque mouvement correspond à un changement de poids de corps. En parallèle, il divise la scène en 64 carrés. Il associe ces éléments aux 64 hexagrammes qui constituent le Yi-king pour en déterminer l'ordre et l'emplacement. Enfin, il joue aux dés le nombre de danseurs devant exécuter ces mouvements. Cela génère une chorégraphie très mathématique, dénuée de trame narrative et cela vaut à Merce Cunningham le surnom d'« Einstein de la danse ». Les spectateurs ont l'impression que soixante danseurs sont mobilisés alors qu'en fait il n'y en a que dix. 

L'arrivée de l'informatique l'incite à pousser plus loin l'utilisation du hasard : il fait développer un logiciel dans lequel il enregistre les mouvements créés. Le logiciel génère alors de manière aléatoire les suites de mouvements.

Avec l'ordinateur et avec les opérations de hasard, il est possible de trouver des choses auxquelles on n'aurait jamais pensé sans cela - Merce Cunningham

Tout geste du quotidien est danse

Merce Cunningham s'inspire des gestes de tous les jours pour ses chorégraphies. Il dépouille la danse de sa trame narrative, l'important étant le mouvement. Comme le souligne le chorégraphe Jean-Claude Galotta, « Il n'y a pas de sous mouvement, tout peut devenir quelque chose et finalement ça donne une grande liberté ».
Ainsi, si le mécanisme de la marche est le même pour tout le monde, tout un chacun a une démarche différente, c'est l'expression. 

Le mouvement est langage

Dans mes ballets, il n'y a pas à comprendre, le but est de vous stimuler, vous public, à voir avec plus d'acuité, à écouter avec plus d'attention, à penser plus intensément - Merce Cunningham

Selon Bonnie Bird, professeur de danse du chorégraphe, son apport majeur se situe du côté du langage : « Ce que Merce a fait, c'est de nous obliger à examiner le langage dans sa forme la plus pure ».

Enfin, Merce Cunningham nous rappelle que la révolution dans la danse s'inscrit dans l'instant présent : « Si vous changez votre esprit, alors tout est possible » .