Une oeuvre d'Ethel Smyth enregistrée pour la première fois depuis 1931

Près de 90 ans après sa création, The Prison, oeuvre de la compositrice et suffragette britannique Ethel Smyth a été enregistrée pour la première fois. Elle vient de sortir sur le label Chandos.

Une oeuvre d'Ethel Smyth enregistrée pour la première fois depuis 1931
Ethel Smyth en 1943, © Getty / Kurt Hutton / Intermittent

La discographie d'Ethel Smyth paraît bien mince par rapport au nombre de ses compositions : près de 100 œuvres, aussi variées que des opéras, de la musique de chambre, des pièces vocales... Le label britannique Chandos, qui a déjà édité d'autres œuvres d'Ethel Smyth, vient sortir sa dernière composition : The Prison, un dialogue entre un prisonnier et son âme. C'est la première fois qu'elle est enregistrée, depuis sa création en 1931, 13 ans avant la mort de la compositrice.

L'occasion de remettre un coup de projecteur sur la production musicale d'Ethel Smyth, première femme à étudier à l'école de musique de Leipzig, première également à avoir été jouée au Met... « Je la connaissais surtout comme personnage historique, mais moins comme compositrice », avoue James Blachly au New York Times. A la tête de l'Experimental Orchestra and Chorus, c'est lui qui a dirigé l'enregistrement de The Prison. Le style de Smyth étant très peu connu, le chef d'orchestre établit des comparaisons pour décrire l'ambiance de la composition. Pour lui, le début de The Prison possède des accents assez « wagnériens », « c'est riche, il fait sombre », explique James Blachly. Une inspiration qui lui vient sûrement de sa formation à Leipzig.

Compositrice et suffragette

La vie d'Ethel Smyth est marqué par son engagement dans le mouvement des suffragettes, militantes britanniques qui réclamaient le droit de vote au début du XXe siècle. La compositrice y adhère à partir de 1910, alors qu'elle a déjà plusieurs œuvres à son actif. Elle compose The march of the women, qui devient l'un des hymnes des suffragettes. En 1912, elle est emprisonnée pour deux mois après avoir cassé un carreau de la résidence d'un secrétaire d'État. Depuis sa cellule, elle dirige le chant des femmes qui se trouvent dans la cour de la prison, avec une brosse à dents en guise de baguette. C'est l'une des anecdotes les plus célèbres, rapportée par le chef d'orchestre Thomas Beecham. Elle a dû se souvenir de cette expérience carcérale en composant The Prison.

Ses œuvres sont jouées de son vivant et elle connaît un certaine célébrité dès la fin du XIXe siècle. Mais pour la reconnaissance, elle doit attendre la soixantaine. En 1922, elle est adoubée Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique. En 1926, elle reçoit le titre de docteur honoris causa de l’université d'Oxford. James Blachly, à la baguette pour l'enregistrement de The Prison s'est renseigné sur la vie de la compositrice : ses rencontres avec JohannesBrahms, à qui elle adresse anonymement des œuvres, l'amitié qui la lie à Henry Bennett Brewster, qui a écrit les livrets de ses opéras... « Sa vie mériterait un long métrage », conclut le chef d'orchestre.