Un livre pour mettre en lumière les compositrices d'aujourd'hui

Le Centre de documentation de la musique contemporaine (CDMC) et les éditions MF ont co-édité le livre « Compositrices, l’égalité en actes », source précieuse d’informations sur les créatrices du XXIe siècle et sur leur manque de visibilité aujourd’hui.

Un livre pour mettre en lumière les compositrices d'aujourd'hui
Compositrices, l'égalité en actes est sorti en librairie le 12 février 2019., © Getty / Arman Zhenikeyev/Fuse

Elles sont environ 10% en France mais ne représentent que 4% des œuvres programmées dans les salles de concerts (chiffres SACD). Face à ce constat, le Centre de documentation de la musique contemporaine (CDMC) et les éditions MF ont publié le livre Compositrices, l’égalité en actes, paru le 12 février 2019. A travers les portraits de 53 compositrices actuelles et des textes de réflexion sur le manque de visibilité des créatrices, l'ouvrage collaboratif, achevé en quelques mois seulement, dresse un panorama de la création féminine.

« Un des aspects de notre centre est de mener un travail de veille sur l’activité musicale, repérer les créateurs et les créatrices et les intégrer à un catalogue », explique Laure Marcel-Berlioz, directrice du CDMC. « Nous est donc venue l'intuition que nous étions bien placées pour parler des compositrices ». 

Le centre a fait le choix des 53 compositrices selon des critères bien précis : « nous avons décidé de nous limiter au territoire français donc nous avons listé toutes les créations musicales qui ont lieu en France. L'autre critère est temporel : être jouées depuis le XXIe siècle », précise Laure Marcel-Berlioz. Le résultat révèle une certaine diversité dans les esthétiques et les âges : la plus jeune, Camille Pépin, est née en 1990, la plus âgée, Betsy Jolas, en 1926. 

Qu'un acte significatif aussi soigneusement préparé soit fait en direction des compositrices représente un véritable tournant

Parmi les compositrices présentes dans le livre, Suzanne Giraud se dit très enthousiaste à l’idée de cette publication : « Qu'un acte significatif aussi soigneusement préparé soit fait en direction des compositrices représente un véritable tournant car les compositrices jusqu'à présent sont malheureusement trop peu visibles », commente-t-elle. « On les présente toujours un peu dans le cadre du cahier des charges du 8 mars [journée internationale des droits des femmes ndlr] avec le prétexte de montrer une compositrice comme on montre une bête curieuse. Il serait temps que leur présence devienne naturelle parmi tous les créateurs. »

Aux origines de la discrimination

La première partie du livre est d’ailleurs consacrée à expliquer les mécanismes qui font que la place des compositrices n’est pas « naturelle » dans les programmations actuelles. L'ouvrage s'intéresse également à la base de ce manque de visibilité : c'est-à-dire dès les classes de composition où « il y a très peu de femmes » selon Laure Marcel-Berlioz. « La situation n'évolue presque pas donc cela nous semblait urgent d’en parler ». Outre les portraits, le livre contient 14 textes sur des sujets aussi différents que l’histoire du mot compositrice, les créatrices par rapport au jeune public, un portrait de cheffe d’orchestre ou un chapitre sur les Sutartinés une tradition vocale féminine en Lituanie, etc.

« Florence Launay a écrit un article au sujet de ses recherches sur les compositrices au XIXe siècle. Elle y décrit une floraison de compositrices et d'activités à cette époque et elle analyse la raison de la disparition de ces femmes dans l'histoire de la musique. Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, ces noms de compositrices étaient connus, et progressivement, avec un autre modèle musicologique, on a réécrit l'histoire de la musique sans les femmes », raconte Laure Marcel-Berlioz. 

Autre sujet abordé dans un chapitre : l'électroacoustique au féminin, selon travail mené par la musicologue Michèle Tosi. « C’était un monde nouveau qui s'ouvrait aux compositrices, sans avoir le poids de 1000 ans d'histoire qui pesait sur leurs épaules. Elles ont senti qu'elles pouvaient marquer leur territoire sur cette terra incognita » poursuit Laure Marcel-Berlioz. Cette liberté a permis à de nombreuses créatrices de se faire un chemin grâce à l’écoute directe de leur travail, sans avoir besoin de convaincre un ou des musiciens d'interpréter la musique. Avec l’électroacoustique, l’autonomie des femmes leur a permis de devenir parfois des pionnières en la matière. 

Au-delà des lumières sur le manque de visibilité des compositrices et les portraits, ce livre est perçu par Laure Marcel-Berlioz comme un début : « autour de ce livre il y aura des actions, des colloques, des rencontres, des journées avec les professionnels, etc. Nous sommes optimistes », s’enthousiasme la directrice du CDMC qui effectue sa dernière année à la tête du centre.