Quelle est la meilleure version de Tabula Rasa d'Arvo Pärt ?

Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé élisent la version de référence de "Tabula Rasa" d'Arvo Pärt.

Quelle est la meilleure version de Tabula Rasa d'Arvo Pärt ?
Arvo Pärt, © Mait Jüriado Pärt

(Ré)écouter l'émission La Tribune des critiques de disques du 26 mars 2017.

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Compte rendu

C’est une version très euphonique de Tabula Rasa que livrent Tasmin Little et Richard Studt, belle et positive, à la manière d’un concerto grosso. Hélas il lui manque les tensions et les questionnements indispensables.

Après le concerto grosso, le concerto pour soliste ! Avec des qualités instrumentales exceptionnelles, Gil Shaham se lance dans une interprétation brillante et virtuose. Mais Tabula Rasa n’est pas cette partition romantique et ostentatoire, et le violoniste, bien pressé et même guilleret, fait une erreur d’appréciation : la musique de Pärt est vidée de son sens.

Il y a une quête, un voyage dans la version angoissante d’Angèle Dubeau et de son ensemble. Mais aussi des duretés et des acidités qui vont de pair avec un trop plein sonore. L’ascèse et la spiritualité exigées par Tabula Rasa réclament un espace et un jeu de résonances qui tournent court, c’est dommage.

Créateur, dédicataire de l’œuvre et grand défenseur de la musique de Pärt, Gidon Kremer a souvent remis Tabula Rasa sur le métier. Mais dans son second enregistrement, il ne retrouve pas la force et l’évidence du geste initial. Pourtant le style est parfaitement intégré par Kremer et les siens, qui privilégient la clarté et une lenteur infinie dans le second mouvement, comme un défi à l’éternité.

Jean-Jacques Kantorow et la Tapiola Sinfonietta préfèrent la musique pure à l’expression, les fondus aux lignes brisées, l’harmonie au cri. Les mouvements perpétuels de Tabula Rasa ont ici quelque chose d’immatériel, voire d’apollinien. C’est superbement réalisé (et enregistré), et ce lyrisme éperdu distille un brouillard mélancolique tenace. Une autre façon d’entendre la musique d’Arvo Pärt.

Quarante ans après l’enregistrement, la version historique de Tabula Rasa n’a pas pris une ride. Mieux : elle perce d’emblée et comme aucune autre ses mystères et sa spiritualité, dans une atmosphère tendue. Les notes répétées sont des fantômes ; violons, orchestre et piano préparé disent la douleur d’une musique résonnant tel un requiem, avec son inimitable style « tintinnabuli » et des silences à la limite de l’insoutenable.

Palmarès

N°1
Version B

Gidon Kremer, Tatjana Grindenko, Alfred Schnittke, Orchestre de chambre de Lithuanie, dir. Saulius Sondeckis (ECM, 1977)

Tabula Rasa par l'Orchestre de chambre de Lithuanie
Tabula Rasa par l'Orchestre de chambre de Lithuanie, © CD ECM

N°2
Version D

Jan Söderblom, Tero Latvala, Jouko Laivuori, Tapiola Sinfonietta, dir. Jean-Jacques Kantorow (Bis, 1996)

Tabula Rasa par le Tapiola Sinfonietta
Tabula Rasa par le Tapiola Sinfonietta, © CD Bis

N°3
Version F

Gidon Kremer, Tatjana Grindenko, Reinut Tepp, Kremerata Baltica, dir. Eri Klas (Nonesuch, 1998)

Tabula Rasa par le Kremerata Baltica
Tabula Rasa par le Kremerata Baltica, © CD Nonesuch

N°4
Version E

Angèle Dubeau, Josiane Breault, Marie-Eve Scarfone, La Pietà (Analekta, 2009)

Tabula Rasa par l'ensemble La Pietà
Tabula Rasa par l'ensemble La Pietà, © CD Analekta

N°5
Version C

Adele Antony, Gil Shaham, Erik Risberg, Orchestre Symphonique de Göteborg, dir. Neeme Järvi (DG, 1997)

Tabula Rasa par l'Orchestre Symphonique de Göteborg
Tabula Rasa par l'Orchestre Symphonique de Göteborg, © CD DG

N°6
Version A

Tasmin Little, Richard Studt, Robert Aldwinckle, Bournemouth Sinfonietta (EMI, 1993)

Tabula Rasa par le Bournemouth Sinfonietta
Tabula Rasa par le Bournemouth Sinfonietta, © CD EMI Classics